‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 51 sur 122 · Sappey, Traité cVanatoniie descriptive, t. iv, p · texte numérisé non relu

Sappey, Traité cVanatoniie descriptive, t. iv, p

'2. Le larynx demeure en possession de tous ses moyens jusqu'au jour où un commencement d'ossification des cartilages vient marquer le point de départ de la troisième et dernière phase de son évolution. Cette altération, indice certain de vieillissement, qui chez l'homme ap-paraît le plus souvent vers la quarantaine, ne se produirait régulièrement chez la femme, au dire de Sappey, que trente ans plus tard, vers la soixante-dixième année. « L'ossification, dit le D^ Castex, apparaît avv bord inférieur du cartilage thyroïde, puis envahit ses bords postérieurs et se montre sur les autres cartilages. — Entre cinquante et soixante ans, les articulations des diverses pièces cartilagineuses s'enraidissent la voix devient cassée et chevrotante. Ce déclin de la voix se reconnaît d'abord à la diminution de l'intensité. On a moins de souffle, car les poumons sont devenus emphysémateux plus ou moins. Le médiun> qui se perd, devient voilé et chevrotant. L'aigu et le grave faisant encore bonne contenance, les chanteurs en usent et en abusent en poussant sur cette partie de leur voix. 5 Hygiène de la voix, p. 102-103.

24i l'art de la phonation

Si l'élément vibrant de l'appareil vocal est presque réfractaire à la maladie, il est en revanche assez sensible à la fatigue. La voix est un instrument aussi délicatement que solidement construit ; autant il est difficile de le briser, autant il est facile d'en déranger la délicate harmonie. Un effort violent ne saurait le détruire, une simple maladresse peut le fausser. Soyons prudents.

Généralement en parlant on emploie et on fatigue les cordes vocales beaucoup plus que les autres organes qui doivent participer à la formation des mots. On insiste sur les voyelles, on articule à peine les consonnes. « Tout l'effort repose donc sur les cordes. Tant que la voix est bonne et qu'on ne lui demande pas trop de travail, cela peut aller, mais dès qu'elle a souffert et qu'on lui impose des fatigues professionnelles, on en voit apparaître les conséquences. Elle perd sa force, sa sonorité ; son métal disparaît.

« Il y a trois genres de mauvaise émission : 1" les cordes se rapprochent trop fortement, les constricteurs ont une action exagérée. Les cordes vocales, constituées dans leur majeure partie par un muscle puissant, se contractent trop, elles deviennent rigides et ne peuvent être mises en vibration que par une forte pression de l'air expiré ; la parole ordinaire est alors voilée, sourde, rude, et la voix n'a de métal que dans la conversation à haute voix et dans le chant fort ; le son brutal, martelé, incisif, offense péniblement l'oreille; on sent qu'il y a une constriction dans le larynx.

({ 2° Le larynx s'abaisse trop. Il en résulte une voix sourde et caverneuse, voix de ventre ; elle sort des profondeurs du cou.

« 3" Le larynx s'élève trop, et en même temps la racine de la langue appuie sur l'épiglotte. Aucune lettre, aucun son ne se produit sans un effort, sans que le larynx ne soit poussé par la tension spasmodique de ses muscles et la près-

sion de la langue. Il en résulte que le son ne se développe pas librement dans l'organe et qu'il ne peut en sortir ; c'est la voix dégorge, ou voix de cravate i ».

177. Conseils pratiques. — Une hygiène persévérante et rationnelle, c'est tout ce que demande l'entretien intelligent de la voix. Nous recommandons au lecteur de prendre très au sérieux les conseils suivants :

Ne jamais essayer d'émettre un son sans avoir la poitrine bien remplie d'air, et ne jamais le faire sans un parfait contrôle.

Tenir bien le souffle en inspirant et ne commencer à expirer qu'en commençant à parler ou à chanter, c'est-à-dire, juste au moment où l'on doit mettre les ligaments en vibration.

Ne jamais faire usage de la voix lorsqu'on est averti par un fonctionnement défectueux, que l'organe ou la santé générale sont atteints.

Eviter autant que possible de parler ou de chanter en plein air, surtout si le temps est froid et humide.

Veiller à la bonne aération de la pièce où on doit se faire entendre. Rien n'use la voix comme un air vicié, chargé de fumée de tabac ou de poussière.

S'abstenir même de causer toutes les fois qu'un bruit environnant obligerait, pour se faire entendre, à surmener son organe. Cette précaution s'impose particulièrement en voiture et en chemin de fer.

Se tenir tranquille et silencieux, évitant avec soin de bavarder et de rire, entre deux discours ou durant les entr'actes.

Veiller dans chaque séance à ne pas surmener sa voix et s'arrêter autant que possible avant d'avoir ressenti la fatigue.

1. Cari. Michel de Cologne. Du Iraitenienl des maladies de la gorge et du larynx.

246 l'art de la phonation

Ne pas trop multiplier dans le discours les mouvements pathétiques, et se défendre de hisser les morceaux qui «xigent un grand déploiement de force, pour donner une note à efTet dans un finale. Il est très rare que la seconde exécution d'un morceau redemandé vaille la première.

Prendre bien garde, après avoir parlé ou chanté, à ne pas exposer sa gorge aux impressions intérieures et extérieures de l'air froid.

Se protéger enfin, en tout temps, même quand on n'a fait aucun usage de la voix, contre les passages brusques de l'air chaud à l'air froid.

178. Des cache-nez. — Doit-on se couvrir le cou, et l'emploi du cache-nez est-il salutaire?

En règle générale, il est préférable de garder le cou découvert; c'est le moyen assuré d'éviter la plupart des refroidissements; n'hésitez pas à prendre ou à reprendre la salutaire habitude de laisser la partie antérieure surtout largement exposée au contact de l'air. Accoutumez-vous sans retard à braver hai'diment les injures des saisons ; les plus délicats peuvent impunément, pour peu qu'ils s'eniraînent, subir, sur le cou découvert, toutes les rigueurs de la température. Pour ceux qui dès l'enfance auraient pris î'habitude que nous recommandons, toutes ces rigueurs, y compris les plus extrêmes, seraient sans prise et sans danger.

Il est pourtant des cas oi^i quelques précautions s'imposent. Ainsi les personnes très délicates et très sensibles, lorsqu'elles passent brusquement d'une atmosphère chaude dans une atmosphèi-e froide, surtout lorsqu'elles vien- «ent de parler ou de chanter, feront sagement de protéger avec soin surtout la nuque. La région antérieure du cou où ia circulation est plus active est moins exposée au refroidis- ^ment. « C'est donc la région postérieure que l'artiste de-

vra soigneusement couvrir, à l'aide de foulards, ou en reievant le col de son vêtement ; en avant, au contraire, il n'est aucunement besoin d'une protection aussi hermétique » 1.

179. De l'alimentation du.parleur. — Prendre une nourriture mixte — animale et végétale — manger assez longtemps avant d'entrer en scène, manger peu, ne pas fumer et ne pas boire d'alcool, tels sont, de l'avis du D'' Dumont, les premiers principes d'hygiène auxquels doivent se conformer très scrupuleusement tous ceux dont la profession exige un fonctionnement régulier, normal, de la respiration, du larynx et de la voix.

Boire peu pendant les repas,etne rien boire entre les repas, c'est la bonne règle pour tous. « Le thé, le café, la soupe, que d'ordinaire on prend chauds, doivent être pris tièdes, par le chanteur. Les boissons froides ont une action locale utile pour la gorge»-. On évitera cependant de boire glacé.

Pour constater la déplorable influence de l'abus des alcools sur la voix, il suffit d'avoir une seule fois entendu un ivrogne.

L'alcool pris avec excès entretient dans le pharynx et le larynx une congestion pernicieuse qui expose aux enroue-

1. Gouguenheim et Lermoyez, p. 186. « Certaines personnes, dit le D' Dumont, au lieu de se servir d'un cache-nez pour ménager leur gorge contre le froid auquel elles sont susceptibles, se servent de leur mouchoir quelles portent devant leur bouche. C'e.st là un procédé très mauvais, car si par malheur on vient à oublier ou bien si le bras fatigué on enlève le mouchoir, on est sur d'être brusquement pris de quelque chose. Aussitôt qu'on aura une inflammation de ce côté, du larynx surtout, outre la sudation, le bain russe ou la douche de vapeur pour ramener la chaleur à la surface, on ne devra pas oublier que le repos complet de l'organe est indispensable. Le larynx fatigué par l'exercice ou par une inflammation quelconque a besoin de repos sans quoi la voix risque de rester à jamais voilée. » p. 2G4.

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