‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 58 sur 122 · Garnault, p · texte numérisé non relu

Garnault, p

sans se lasser le précédent exercice, et, au besoin, ajouter le suivant :

Prononcer d'abord vigoureusement la syllabe « beupp », puis murmurer en chuchotant la diphtongue « eu » ; et chanter enfin immédiatement après l'exclamation (( ah ! » Heupp eu, eu, eu ah !

parlé miirmurô chanté

Durant l'exécution de ces exercices, destinés avant tout à renforcer les muscles dilatateurs et constricteurs de la glotte, respirer après chaque note doucement et sans effort ; l'exécutant ne doit s'en apercevoir que par un léger mouvement du diaphragme.

Lorsque l'exercice peut être chanté en fa, que nous supposons être de la dominante de la voix parlée, monter et descendre la gamme, demi-ton par demi-ton, mais en restant dans les limites des sons les plus faciles à émettre pour notre voix.

194. Tiens, voilà un chien ! — Cette phrase banale peut fournir un parfait exercice d'intonation. Représentez-vous vivement les circonstances diverses qu'on va seulement indiquer, et débarrassez-vous de tout ton convenu.

Le chien est pour vous un animal quelconque. Ni répugnance ni sympathie. En voici un qui passe, inattendu, indifférent : <( Tiens, voilà un chien ! » c'est étonnant, où vat-il?

Le chien vous répugne. Un premier se montre: « Tiens, voilà un chien ! » Est-ce ennuyeux ?

Un second s'approche : « Tiens ! encore un chien 1 » sont-ils assommants !

Un troisième vous frôle : (( Un chien ! ;j oh ! l'impertinent ! oh ! la sale bête !

Un quatrième, horrible galeux, vous lèche la main : * Pouah ! un chien ! » Veux-tu t'en aller ! quelle horreur !

270 l'art de la rnoxATiON

Un cinquième, furieux, fond sur vous à l'improviste : » Un chien ! Un chien ! » au secours ! au secours !

Il n'est question que d'un chien enragé, qui rôde menaçant, terrible ; (f Le chien, le chien l j) sauvons-nous, le voilà, vite, vite, vite !

L'animal « fidèle » vous inspire au contraire une sympa-" thie irrésistible. — En pleine campagne ; « Tiens, un petit chien ! )> oh ! le joli toutou ! Est-il gentil ! viens, mon petit, viens, viens.

Au jardin d'acclimatation : « Oh ! les beaux chiens l » les bonnes bêtes ! sont-ils gros ! sont-ils forts !

Sur le bord de la rivière : a Oh ! un chien ! » sont-ils cruels de jeter à l'eau celte pauvre bète ! a Pauvre chien l n Ils lui ont coupé la queue et les oreilles !

195. Simple constatation. — A en juger parle petit nombre de ceux qui y réussissent complètement, deux exercices de parole : la lecture d'un morceau littéraire et le débit d'un sermon solennel, doivent présenter des difficultés particulières d'intonation. R.ien n'est plus fréquent que d'entendre lecteurs et prédicateurs, ou débuter sur un ton guindé, emphatique et faux, ou, s'ils ont eu le mérite de débuter sur un ton simple et juste, se hâter, pour ainsi dire, d'en sortir, pour se lancer à la poursuite de je ne sais quelles intonations solennelles et boursouflées, — victimes plus ou moins inconscientes de ce préjugé ridicule, que pour être à la hauteur de certains sujets il faut cesser de marcher sur la terre, et que le seul moyen d'arriver à la distinction est de renier la nature.

Etrange illusion ! Leur ton devient faux, grotesque, odieux dans la mesure même où il cesse d'être naturel. Il n'y a de vrai et de beau, en diction, que la nature.

Un moyen sûr de se poser dès le début dans la nature, c'est, pour le prédicateur, de commencer par quelques avis

familiers, et pour le lecteur, de traduire tout d'abord silencieusement en termes simples et usuels les expressions plus nobles du morceau qu'il veut déclamer. Le moyen de n'être pas naturel quand on prévient son auditoire qu'il y aura tel jour, un service pour telle personne, ou qu'il y a promesse de mariage entre monsieur un tel et mademoiselle une telle? — Le moyen de détonner en lisant, quand on a pris la précaution de chercher, dans le langage même de la nature, celui de la conversation familière, l'équivalent ou l'interprétation de toutes les expressions littéraires du morceau à interpréter?

« Lorsqu'on éprouve, dit M. Ricquier, quelque difficulté pour trouver une inflexion, il faut traduire la phrase que l'on veut dire par des expressions plus simples, plus vulgaires ; puis noter l'inflexion et la porter ensuite sur la phrase telle que l'auteur l'a écrite i.

Il suffira le plus souvent, pour découvrir infailliblement l'intonation juste, de commenter avec bonhomie le fragment qu'on veut lire. M. Pdcquier va nous en fournir la preuve dans un exemple.

Le renard et le buste.

Les grands pour la plupart sont marques de théâtre:

Leur apparence impose au vulgaire idolâtre.

L'âne n'en sait juger que parce qu'il en voit;

Le renard au contraire, a fond les examine,

Les tourne de tous sens ; et quand il s'aperçoit

Que leur fait n'est que bonne mine,

Il leur applique un mot qu'un busle de héros

Lui fit dire à propos C'était un buste creux et plus grand que nature.

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