‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 59 sur 122 · Leciuve expressive, p · texte numérisé non relu

Leciuve expressive, p

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Le renard en louant l'effort de la scupture : ft Belle tète, dit-il, mais de cervelle point. » Combien de grands seigneurs sont bustes en ce point !

Voici maintenant le commentaire.

— « Dans cette fable, dit M. Ricquier, que La Fontaine a imitée d'Esope et de Phèdre, l'auteur veut prouver qu'il ne faut pas se fier aux apparences, et qu'il est bon d'examiner à fond les personnes et les choses avant de leur prodiguer l'admiration. Il faut que la voix du renard soit malicieuse et fine.

Il faut convenir que Les grands, non pas tous, mais, pour la plupart, sont masques de théâtre. Ils ont de beaux dehors et par suite, leur apparence impose au vulgaire idolâtre. Tenez, par exemple, l'âne n'en sait juger que parce qu'il en voit : oui, mais tous ne sont pas si bêtes ; le renard, au contraire, à fond les examine, il veut se rendre compte, les tourne de tout sens ; et quand il s'aperçoit, après un examen approfondi, que le fait n'est que bonne mine, et pas autre chose. Alors, il leur applique un mot bien juste, bien exact, et qu'un buste de héros lui fit dire fort à propos, il faut en convenir. Voilà ce que c'était : C'était un buste creux, et plus grand que nature. Le renard appréciant le mérite du statuaire et en louant l'effort de la sculpture : Oh ! j'en conviens, « Belle tête, dit-il, oui sans doute, mais de cervelle point. C'est triste à dire, mais hélas ! combien de grands seigneurs sont bustes en ce point ! »

Le nez de Cyrano.

— C'est Cyrano qui se moque lui-même de son nez, pour donner à un sot une leçon d'esprit:

On pourrait dire... oh ! Dieu ! bien des choses en somme. En variant le ton ; par exemple, tenez : Agressif: « Moi, monsieur, si j'avais un tel nez, Il faudrait sur le champ que je me l'amputasse ! » Amical : a Mais il doit tremper dans votre tasse ; Pour boire faites-vous fabriquer un hanap ! » Descriptif: «C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap ; Que dis-je un cap? un roc? c'est une péninsule ! » Gracieux : « De quoi sert cette oblongue capsule, D'écritoire, monsieur, ou de boite à ciseaux ! » Gracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux Que, paternellement, vous vous préoccupâtes Détendre ce perchoir à leurs petites pattes? » Truculent : « Cà, monsieur, lorsque vous pétunez, La vapeur du tabac vous sort-elle du nez, Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ?... » Prévenant : «Gardez-vous, votre tète entraînée Par- ce poids, de toucher en avant sur le sol ! » Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! n Pédant: « L'animal, seul, monsieur qu'Aristopliane Appelle Hippocampelephantocamelos Dut avoir sur le front tant de chair sur tant d'os ! » Cavalier : « Quoi, l'ami, ce croc est à la mode? Pour pendre son chapeau, c'est vraiment très commode ! » Emphatique : «Aucun vent ne peut, nez magistral, T'enrhumer tout entier, excepté le mistral ! » Dramatique : « C'est la mer Rouge quand il saigne ! » Admirable : « Pour un parfumeur quelle enseigne ! » Lyrique : « Est-ce une conque, étes-vous un triton ? » Naïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? » Respectueux : « Soutirez, monsieur, qu'on vous salue. C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue ! » Campagnard : « Hé, hardi ! C'est-y un nez? Nanain,

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C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain ! » Militaire : « Pointez contre cavalerie ! » Pratique : «Voulez-vous le mettre en loterie? Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! » Enlin, parodiant Pyrame en un sanglot : ce Le voilà donc, ce nez qui, des traits de son maître A détruit l'harmonie ! Jl en rougit, le traître ! » Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit, Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit » i.

Edmond Rostand.

Ce n'est pas la peine, M. Seguin.

M. Seguin s'apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais il ne savait pas ce que c'était... Un matin, comme il achevait de la traire, la chèvre se retourna et lui dit dans son patois :

— Ecoutez, monsieur Seguin, je me languis chez vous, laissez-moi aller dans la montagne.

— Ah ! mon Dieu ! ... Elle aussi ! cria M. Seguin stupéfait, et du coup il laissa tomber son écuelle ; puis, s'asseyant dans l'herbe à côté de sa chèvre :

— Comment, Blanquette, tu veux me quitter ! Et Blanquette répondit:

— Oui, monsieur Seguin,

— Est-ce que l'herbe te manque ici ?

— Oh ! non ! monsieur Seguin.

— Tu es peut-être attachée de trop court ; veux-tu que j'allonge la corde ?

— Ce n'est pas la peine, monsieur Seguin.

— Alors, qu'est-ce qu'il te faut I qu'est-ce que tu veux?

— Je veux aller dans la montagne, monsieur Seguin.

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