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24 LA SCIENCE DE l'ARTICULATION
vivement les lèvres comme pour siffler, mais en les tenarrt encore bien fermées sans aucune ouverture. Répétez cet exercice un certain nombre de fois.
Les trois exercices précédents sont destinés à mettre en jeu plusieurs groupes de muscles qui, dans la vie ordinaire, ne sont appelés à fonctionner que dans des limites très res^ treintes. On constatera qu'ils permettront à l'élève, au moins en ce qui concerne l'action de la mâchoire inférieure et des lèvres, de modifier rapidement la forme de la bouche, suivant les exigences d'une bonne phonation, et d'arriver par ce moyen insensiblement à une articulation claire et distincte.
La méthode du docteur Brown a du bon. Elle suffit à surmonter les difficultés ordinaires ; suivie avec persévérance, elle redresse, assouplit, fortifie et discipline toutes les parties mobiles du tube vocal.
l'2. Les cailloux de Démosthéne. — Démosthène poursuivait un but identique lorsque, la bouche remplie de cailloux de rivière, il s'efforçait de prononcer, en plein air,ses immortelles harangues. Sa méthode était primitive; on en connaît les résultats. « Quant aux défaults corporels qu'il avait de nature, Démétrius le Plialérien escrit avoir entendu de luy mesme estant desjà vieil, qu'il y remédia par telz moyens : Premièrement quant au vice de sa langue qui estait grasse et qui ne pouvoitpas prononcer toutes syllabes distinctement, il le corrigea en mettant dedans sa bouche de petits cailloux que l'on treuve sur les grèves des rivières, et prononçant ainsi la bouche pleine quelques oraisons qu'il sçavoit par cueur: et quant à sa voix qui estait petite et faibie, il la renforça à courir contremont des cousteaux qui estoiént droits et roides, en prononçant quant et quant à la grosse haleine quelques harengues ou quelques vers qu'il sçavoit par cueur : etse dit qu'il avoit en sa maison un grand mirouer, devant lequel se tenant debout sur ses pieds, il s'exercitoit
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€t s'apprenoit à prononcer ses oraisons. Auquel propos on racompte qu'il s'addressa un jour à lui quelqu'un, qui le pria de prendre sa cause en main pour la plaider, luy comptant comme un autre l'avoit battu, et que Démosthènes lui dit: « Voire mais de tout ce que tu me dis, il n'en est rien : car l'autre ne te battit oncques ». A donc le complaignant renforcea la voix et commencea à crier plus hault : Comment : «il ne m'a pas battu ? — Si a vraiement, respondit lors Démosthènes : car je recognois maintenant la voix d'un homme qui a véritablement esté battu. » Tant il estimait que le ton de la voix, l'accent et le geste de prononcer en une sorte ou en une autre, avoient de force pour faire croire ou décroire ce que l'on dit K »
13. Boules d'articulation. — La gymnastique du docteur est plus civilisée, et plus savante ; celle de Démosthène est plus simple, mais non moins efficace. Il est même des cas où le recours à cette dernière est indispensable, les exercices du docteur anglais ne suffisant pas à vaincre certaines résistances. Le procédé cher au célèbre orateur athénien est encore en grand honneur auprès des orateurs profanes ; il est même d'un usage fréquent dans les gymnases de la parole, combien dépoétisé toutefois et dépouillé de la poétique grandeur de l'exemple primitif! Plus de Démo.sthène, plus de cailloux, plus de grand air, plus de philippiques ; mais un parleur du commun, s'exerçant à prononcer correctement, la bouche remplie de deux boules en caoutchouc ou en gutta- percha, quelques tirades classiques, dans le silence banal d'une salle publique ou d'un cabinet de travail ! Ce n'est plus très poétique, nous en
1. Plutarque, Les vies des hommes illustres, traduction Amyot, Déntost/iènes, xvi. Comment il se corrigea du double défaut de bégaiement et de courte haleine, t. Vlli, p. 20-21.
convenons ; mais c'est très pratique et très fructueux. Faites-en l'expérience.
Procurez- vous des boules d'articulation. Il en faut au moins deux. En caoutchouc elles sontplus douces, eton court moins de risque d'endolorir les gencives. En gutta-percha elles sont plus fermes et n'ont pas d'odeur. Les dimensions ordinaires sont celles d'une noix de moyenne grosseur. On les introduit successivement à droite et à gauche entre les joues et la mâchoire. Gela fait, on ferme d'abord les lèvres pendant quelque temps, puis on s'efforce de prononcer distinctement quelques phrases. Après quelques courtes séances d'entraînement il sera bon de s'appliquer à lire tout haut quelques morceaux présentant des difficultés particulières d'articulation.
14. Autre recette. — Si vous n'avez pas de boules d'articulation servez-vous d'un simple bouchon de bouteille. C'est le conseil que donne à ses lecteurs le docteur Cari Michel de Cologne. Voici sa recette.
« On prend le bouchon d'une bouteille, on le partage suivant sa longueur, on en fait tomber le tiers, et l'on place le reste entre les incisives ; puis on lit un quart d'heure ou une demi-heure à demi-voix. De cette façon pour être intelligible on est forcé de mouvoir les lèvres et la langue, d'une façon très énergique... On sent alors en parlant que le larynx est délivré du poids qu'il supporte d'ordinaire; la voix placée dans la gorge vient en avant, de telle sorte que le son frappe la voûte palatine dans la région des incisives, et non, comme auparavant, le voile du palais ».
Quel que soit le procédé qu'on adopte, qu'on ait recours aux boules ouqu'onse serve d'un bouchon, l'essentiel est de varier les exercices en les multipliant. Un choix de morceaux peut rendre de réels services. Les lire, et les relire, lentement, en insistant sur chaque mot, détachant même
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nettement chaque syllalie, tantôt à haute voix, tantôt à voix basse, en silence pour ainsi dire, ne faisant entendre que les bruits caractéristiques des consonnes. Cette seconde manière de dire, en chuchotant, a même sur la première, qui est chantante, le double avantage d'économiser du souffle et de fixer uniquement l'attention sur la prononciation des consonnes, d'être par conséquent un pur exercice d'articulation.
15. Articulation silencieuse. — • Même sans le secours des boules, l'effort que nous pouvons faire pour prononcer silencieusement les consonnes constitue un exercice excellent. Les maîtres les plus habiles le recommandent et la nature elle-même l'indique à chacun de nous. Lisez plutôt : « Peu de personnes, écrit M. Legouvé, naissent avec une articulation complètement bonne. Chez les uns elle est dure, chez les autres elle est n^iOlle, chez ceux-là elle est soui'de. Le travail, un travail assidu et méthodique, peut corriger ces défauts et le peut seul. Par quel moyen? En voici un fort ingénieux, que tout le monde peut mettre en pratique, et qui est le résultat d'une observation. Vous avez un secret important à confier à un ami, mais vous craignez d'être entendu, la porte de la chambre où vous êtes se trouvant ouverte et quelqu'un étant dans la chambre voisine. Vous approcherez-vous de votre ami et lui parlerezvous à l'oreille?
{( Non. Vous ne l'osez pas, de peur d'être surpris dans cette position qui vous trahirait. Qu'allez-vous donc faire? Le voici : Je cite les paroles textuelles du maître des maîtres, de M. Régnier. Vous vous mettez en face de votre ami, et là, en employant le moins de son possible, en parlant tout bas, vous chargez l'articulation de porter vos paroles à ses yeux en même temps qu'à son oreille, car il vous regarde parler autant qu'il vous écoute parler ; l'articulation a alors double besogne ; elle fait l'office du son lui-même, et dans
ce but, elle est forcée de dessiner nettement les mots, et d'appuyer fortement sur chaque syllabe pour la faire entrer dans l'esprit de votre auditeur.
« Eh bien, voilà le moyen infaillible de corriger toutes les défaillances et toutes les duretés de l'articulation. Soumettez-vous pendant quelques mois à cet exercice, et une pareille gymnastique aura si bien assoupli et fortifié vos muscles articulateurs, qu'ils répondront par leur élasticité à tous les mouvements de la pensée et à toutes les difficultés de la diction » ^ !
16. Respiration biiccale-nasale-abdomiuale. — Signalons '-en terminant à la curiosité du lecteur un exercice de gymnastique pulmonaire dont son inventeur attend et annonce merveilles, même et surtout peut-être pour l'entretien et l'entraînement des organes articulateurs. Il faut l'entendre : « Vous comm.encez, dit-il, par allonger les lèvres sous le nez, le bout de la langue doit se trouver entre les lèvres sans les dépasser, on doit téter l'air, comme l'enfant tette le lait (l'air est le premier lait de la vie) ; en même temps qu'elles se détachent, inspirez l'air profondément sous forme de U grave, c'est-à-dire que l'air inspiré doit rendre le son de U. Pendant cette opération l'abdomen doit se dilater progressivement (suivant le mouvement de l'exercice), jusqu'à la fin de l'inspiration de la voyelle U. — Après avoir inspiré l'air sous forme de U, vous refermez les lèvres tout en les maintenant toujours dans la même position ; vous expirez par le nez en rétractant graduellement l'abdomen jusqu'à la dernière limite de contraction musculaire abdominale. — On doit inspirer VU grave et long, et non l'U aigu, carl'U long ou grave donne accès à un courant d'air plus large et plus moelleux que l'U aigu, qui produit une inspiration énervée