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LES CADENCES

207. Les finales. — H y a dans tout discours des interruptions, des pauses, une fin. Les inflexions, qui marquent ou plutôt qui préparent ces arrêts plus ou moins longs, sont à la parole ce que les cadences sont à la musique. Leur nécessité est évidente; leur influence heureuse ; elles reposent le parleur, éclairent l'auditeur, et donnent au discours de la grâce et du mouvement.

Or on ne conçoit que trois manières de Unir une période : tenir la voix, la pousser plus haut, ou la laisser descendre. Toutes les cadences se laissent donc ramener à trois types : cadences directes, cadences ascendantes, et cadences descendantes.

a La cadence directe, la plus faible, de toutes consiste en une simple tenue de la voix sur la dernière syllabe sonore du mot sur lequel elle doit se faire » : Toujours par quelque endroit fourbe se laisse prendre. — L'honneur, le plaisir, la richesse, voilà les grands écueils de la vertu sur la terre.

La cadence ascendante, de toutes la plus compliquée, s'étend aux quatre dernières syllabes sonores du membre de phrase dont il marque la lin, ce qui oblige, quand parmi les dernières syllabes figurent des syllabes muettes, à remonter jusqu'à la cinquième et même jusqu'à la sixième

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syllabe. « Elle commence par une élévation de la voix, se poursuit par un abaissement général sur les deux syllabes suivantes, et finalement se termine par une élévation sur la dernière syllabe, sur laquelle la voix demeure comme suspendue : Les habitants de cette ville étaient polis, doux, obligeants, ils me reçurent, comme si j'avais été l'un d'entre eux.

a La cadence descendante se fait sur les deux ou trois dernières syllabes sonores du membre de phrase ou de la phrase qu'elle afiecte. Elle commence par une élévation sur la pénultième ou, si celle-ci est brève, sur l'antépénultième, et s'achève par un abaissement sur la dernière » : Le ciel est noir. La mer est calme.

La cadence directe s'impose pour ainsi dire à la fin des phrases impératives et des apostrophes solennelles. La voix tléchit à peine ; les dernières syllabes sonores fortement tenues sont dites recto tono. Essayez. Vous avez abusé de ma confiance. Monsieur ; sortez d'ici, à l'instant. — Dieu reprendra ses propres dons, mes frères, si vous ne faites pénitence, malheur à vous.

Dans les phrases énonciatives, c'est-à-dire qui affirment ou qui nient la convenance de l'attribut au sujet, règle générale, — les cadences directes se placent sur les mots séparés par une petite pause ; — les cadences descendantes, non seulement devant le point final, mais avant les pauses de quelque importance, celle des deux points, celle du point et virgule, et même assez souvent celle de la simple virgule ; — les cadences ascendantes entre les membres de phrases tellement unis par le sens que le premier fait attendre l'autre et l'annonce en quelque façon.

La cadence des phrases interrogatives varie suivant le sentiment qu'elles expriment. Directe, dans celles qu'inspirent le mépris, le dédain, la fierté : Est-ce à moi, s'il vous plaît, que ce discours s'adresse ? — Descendante dans

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celles que dictent l'étonnement, la terreur, la pitié : Savezvous la grande nouvelle ? le pape est mort. — Ascendante dans celles où éclatent la colère, la joie, l'enthousiasme : Me croyez-vous dupe de vos fourberies ? — Quel cœur français ne tressaillit d'allégresse, à l'annonce d'une si noble victoire?

Comme rien n'est plus varié queles émotions de l'âme qui s'expriment so as forme interrogative, on ne saurait trop multiplier les exercices sur l'interrogation, de toutes les figures oratoires la plus usitée.

L'exclamation, caractérisée avant tout par le ton solennel presque emphatique qu'elle communique à toute la phrase, admet toutes les cadences comme l'interrogation : Tout dépend de l'idée ou du spectacle qui la provoque : Quoi donc ! elle devait périr sitôt ! — Par un soleil d'été que les Alpes sont belles ! — Que cet homme était bon ! — Quel monstre ! — Quel scélérat !

L'interjection, par cela même qu'elle est un cri provoqué par un mouvement soudain de l'esprit, appelle naturellement une cadence très accentuée, — la cadence simple de l'élévation quand elle est monosyllabique : Oh ! ah ! ah ! ouf! oui ! non ! — la double cadence de l'élévation et de l'abaissement quand elle est polysyllabique : hélas ! morbleu ! holà ! hé bien ! etc.

Les quelques mots qui suivent une interjection monosyllabique se prononcent sur un ton plus bas : Ah ! malheureux ! — Oh ! quelle déception! — Ouf ! quelle chute ! — Bah ! que m'importe !

Parfois, après un soupir, le mouvement descendant se continue jusqu'à la fin delà phrase, qu'elle qu'en soit la longueur : « Ah ! monsieur, les huissiers sont de terribles gens ! » Mais le plus souvent, quand, après une interjection monosyllabique ou polysyllabique, la phrase a une certaine longueur, la voix se relève légèrement pour

rendre plus sensible la cadence finale toujours descendante : Ah ! j'étais loin de prévoir une si noire trahison ! — Eh bien ! drôle ! te voilà content ! — Holà ! n'approchez pas !

Très variable est aussi la cadence réclamée par l'apostrophe ou vocatif. Directe généralement dans le discours solennel,que l'on s'adresse à une personne, à un groupe ou une chose personnifiée : Est-ce donc là, ô Télémaque, les pensées qui doivent occuper le cœur du fils d'Ulysse? — 0 mort, laisse-nous tromper quelque temps notre douleur par le souvenir de notre joie. — Vous ï avoueraije, mes frères ? — elle est, dans le langage familier de la conversation, suivant le sentiment qui l'inspire, tantôt directe, tantôt ascendante et tantôt descendante: Bonjour, Monsieur. — Mon cher ami, je vous suis bien reconnaissant. — Ecoutez-moi, mon cher enfant. — Pardonnezmoi, Monseigneur, je crains qu'on vous ait mal renseigné, etc.

Le siège de Bahia.

Bahia élait assiégée par les Hollandais, et depuis longtemps dans cette ville on multipliait les prières. Et le siège durait toujours. C'est alors que Vieira, qui plusieurs fois déjà avait prêché sur la pénitence et la prière, dans un admirable élan de piété et d'éloquence, déclare tout à coup que désormais, il ne veut plus s'adresser qu'à Dieu. C'est lui qu'il veut convertir et contraindre à venir au secours de son peuple. Comme un autre Jacob, il lutte corps à corps avec le Tout-Puissant ; il gourmande l'Éternel, et tente, à force d'éloquence, de piété et d'amour, de lui arracher la foudre des mains. Il faudrait citer en entier cette pièce incomparable. Méditez ce fragment.

«Et pourquoi. Seigneur, celte indignation contre votre peuple? vous dirai-je avec Moïse. Ah ! je le sais. De même

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que pour Israël, il ne manque pas dans nos crimes de motifs à votre colère. Mais ne pourrons-nous pas dire, comme Moïse, pour désarmer votre courroux: «Que les Égyptiens, je vous en supplie, ne disent pas : c'est pour leur malheur qu'il les a fait sortir, c'est pour les tuer dans les montagnes et pour les exterminer de dessus la terre. »

Je ne vous dirai pas: «qu'ils ne disent pas»; je vous dirai : Écoutez ce qu'ils disent déjà. L'hérétique a déjà déclaré hien haut que c'est à la fausseté de notre culte qu'il doit votre protection et ses victoires. Est-i! possible que nos châtiments soient l'occasion de blasphèmes contre votre saint Nom ? Que deviendront les Indiens récemment convertis? Qu'en penseront les païens qui nous entourent encore'.* Ces peuples sont-ils capables de sonder la profondeur de vos jugements? «Pourquoi cette indignation contre votre peuple?» Ne pouvons-nous pas nous écrier avec Josué : « Hélas ! Seigneur, Dieu éternel, avez-vous donc voulu faire passer le Jourdain à ce peuple, pour nous livrer entre les mains des Amorrhéens et pour nous perdre ? »

Pourquoi nous avez-vous appelés dans ces contrées, où depuis tant d'années le Portugal fait bénir et adorer votre nom? Était-ce pour préparer les voies aux Hollandais?

L'hérétique vous a-t-il donc rendu de si grands services? Yous ne nous avez donc tirés de nos contrées que pour être ses défricheurs, pour lui bâtir des villes, pour l'enrichir de nos travaux ? Oh! si nous eussions su rester de l'autre côté du Jourdain!... Mais enfin. Seigneur, si vous avez décidé notre perte, embrasez, détruisez, réduisez-nous tous en poussière! Mais, le Portugal ainsi abattu ne pourra-t-il pas vous dire, comme jadis votre serviteur Joi) : « Et voilà que maintenant je vais me coucher dans la poussière, et le matin, quand vous mechercherez,jeneseraiplus:» Nous voici ensevelis dans le toml)eau et réduits en poussière. Mais si un jour \ous plongez vos regards dans les forêts du

Brésil pour chercher vos Portugais, où seront-ils alors? La Hollande, sans doute, vous donnera des conquérants apostoliques qui portent par toute la terre, au péril de leur vie, l'étendard de la croix ! La Hollande vous fournira un séminaire de prédicateurs, qui courront arroser de leur sang les contrées barbares pour les intérêts de la foi! La Hollande vous bâtira des temples ! La Hollande vous élèvera des autels ! La Hollande consacrera des prêtres et offrira le sacrifice de votre corps sacré'.... «Et le matin, quand vous rue chercherez, je ne serai plus! »

Mais ce n'est pas tout. liien n'est caché à votre science infinie; vous voyez aussi bien ce qui est et ce qui fut, que ce qui sera ou serait peut-être. Eh bien! regardez, Seigneur, ce qui se passerait, si Bahia tombait entre les mains des Hollandais. Les voilà qui entrent dans cette ville avec la fureur des conquérants, avec la rage des hérétiques. Entendez les gémissements et les pleurs des vieillards, des femmes, des enfants! Seriez-vous sourd aux cris de Finnocence ? Ne voyez-vous pas le sang de vos religieux et de vos prêtres rougissant les autels où ils se sont réfugiés? Mais ce n'est point là, ô mon Dieu, ce qu'il y a de plus douloureux pour nos cœurs ! Ce que notre piété ne peut prévoir sans déchirements, c'est que vous-même n'échapperez pas à leurs violences. L'hérétique forcera les portes de cette église, il arrachera de l'autel cette custode, où nos regards aimaient à vous contempler, où nos cœurs aimaient à vous adorer. Les hosties seront foulées aux pieds ; les vases sacrés, que votre sang a remplis, serviront à leurs orgies ; vos autels seront renversés, et les statues de vos saints seront insultées, brisées, mises au feu ! Des mains sacrilèges se porteront sur votre Mère!... puis... l'herbe croîtra sur le pavé de vos églises. Noël arrivera, et l'on oubliera votre naissance ; le Carême, la Semaine sainte reviendront... et qui méditera les mystères de votre Passion? Les pierres de

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nos rues gémiront en se voyant désertes aux anniversaires de nos grands pèlerinages de piété : « Les chemins de Sion sont dans le deuil, car on ne va plus aux fêtes. » Plus de prêtres, plus de sacrifices, plus de sacrements. Au lieu de saint Jérôme ou saint Augustin, on entendra citer, du haut de cette chaire, les noms infâmes de Luther et de Calvm ; et l'on enseignera la fausse doctrine aux fils innocents et raalheureux des rares Portugais qui survivront à ces désastres. Un jour, quand on demandera aux enfants de ceux qui m'écoutent: Petits garçons, de quelle religion êtes-vous? Ils répondront : nous sommes calvinistes. — Et vous, petites filles? — Nous sommes luthériennes. — Eh bien. Seigneur, est-ce pour Thérésie que nous formons ces jeunes âmes ? Yiii;[HA. i

La Passion.

Que fait-il donc dans sa passion ? Le voici en un mot dans l'Écriture : Tradehat auteni judicanti se injuste : « Il se livrait, il s'abandonnait à celui qui le jugeait injustement » ; et ce qui se dit de son juge se doit entendre conséquemment de tous ceux qui entreprennent de l'insulter : Tradehat autem ; il se donne à eux pour en faire tout ce qu'ils veulent. On le veut baiser, il donne les lèvres; on le veut lier, il présente les mains; on le veut souftleter, il tend les joues ; frappera coups de bâton, il tend le dos ; flageller inhumainement, il tend les épaules : on l'accuse devant Caïphe et devant Pilate, il se tient pour tout convaincu; Hérode et toute sa cour se moque de lui, et on le renvoie comme un fou, il avoue tout par son silence; on l'abandonne aux valets et aux soldats, et il s'abandonne encore plus luimême : cette face autrefois si majestueuse, qui ravissait en

4. Sermon pour le succès des amies jwrliujaiscs, (Baliia, lOiO) dans les Études, 20 février 1899, p. 534-536.

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admiration le ciel et la terre, il la présente droite et immobile aux crachats de cette canaille ; il ne souffle pas, c'est une pauvre brebis qui se laisse tondre. Venez, venez, camarades, dit celle soldatesque insolente ; voilà ce fou dans le corps de garde, qui s'imagine être le roi des Juifs, il faut lui mettre une couronne d'épines : Tradehat autem judicanti in injuste, il la reçoit : et elle ne tient pas assez, il faut l'enfoncer à coups de bâton ; frappez, voilà la tète ! Hérode l'a habillé de blanc comme un fou : apporte cette vieille casaque d'écariate pour le changer de couleurs. Mettez, voilà les épaules ! — Donne, donne ta main, roi des Juifs, tiens ce roseau en forme de sceptre 1 — La voilà, faites-en ce que vous voudrez. — Ah ! maintenant ce n'est plus un jeu, ton arrêt de mort est donné ; donne encore ta main, qu'on la cloue. — Tenez, la voilà encore ! Enfin, assemblez-vous, ô Juifs et Romains, grands et petits, bourgeois et soldats; revenez cent fois à la charge; multipliez sans fin les coups, les injures ; plaies sur plaies, douleurs sur douleurs, indignités sur indignités; insultez à sa misère jusque sur la croix ; qu'il devienne l'unique objet de votre risée, comme un insensé; de votre fureur, comme un scélérat : Tradehat autem; il s'abandonne à vous sans réserve; il est prêt à soutetur tout ensemble tout ce qu'il y a de dur et d'insupportable dans une raillerie inhumaine et dans

une cruauté malicieuse

Contemplez cette face, autrefois les délices, maintenant l'horreur des yeux; regardez cet homme que Pilate vous présente au haut du prétoire. Le voilà, le voilà, cet homme; le voiià, cet homme de douleurs : Ecce homo. eccc homo : a Voilà l'homme ». Eh ! qui est-ce? un homme ou un ver de terre ? est-ce un homme vivant, ou bien une victime écorchée? on vous le dit ; c'est un homme: Ecce homo : « Voilà l'homme », le voilà, l'homme de douleurs ; le voilà dans le triste état où l'a mis la Synagogue sa mère ; ou plutôt le

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voilà dans ce triste état où l'ont mis nos péchés, qui ont fait fondre sur cet innocent tout ce déluge de maux. 0 Jésus ! qui vous pourrait reconnaître?

0 plaies, que je vous adore! flétrissures sacrées, que je vous baise ! ô sang qui découlez, soit de la tète percée, soit des yeux meurtris, soit de tout le corps déchiré ! ô sang précieux, que je vous recueille ! Terre, terre, ne bois ce sang : terra, ne operias sanguinem meum ! « Terre, ne couvre pas mon sang», disait Job : mais qu'importe du sang de Job'? Mais, ô terre, ne bois pas le sang de Jésus: ce sang nous appartient, et c'est sur nos âmes qu'il doit tomber. J'entends les juifs qui crient: «Son sang soit sur nous et sur nos enfants » ! Il y sera, race maudite ; tu ne seras que trop exaucée : ce sang te poursuivra jusqu'à tes derniers rejetons ; jusqu'à ce que le Seigneur se lassant enfin de ses vengeances, se souviendra à la fin des siècles de tes misérable restes. Oh ! que le sang de Jésus ne soit point sur nous de cette sorte, qu'il ne crie point vengeance contre notre long endurcissement ; qu'il soit sur nous pour notre salut ; que je me lave de ce sang ; que je sois tout couvert de ce sang ; que le vermeil de ce beau sang empêche mes crimes de paraître devant la justice divine !

Guerre civile.

La foule était tragique et terrible ; On criait : A mort ! Autour d'un homme altier, point inquiet. Grave, et qui paraissait lui-même inexorable, Le peuple se pressait : — A mort le misérable ! Et lui, semblait trouver toute simple la mort.

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