CHAPITRE IX
208. Son fondamental et sons secondaires. — La qualité du son que nous appelons timbre dépend essentiellement du nombre, du rang et de l'intensité des sons secondaires ou harmoniques.
Les travaux de Helmholtz ont démontré que la plupart des sons qui nous paraissent simples, sont en réalité composés d'un son fondamental et d'un nombre variable de sons secondaires, et que ce qui différencie les sons lesuns des autres, ce qui fait qu'on distingue toujours un violon d'une clarinette, une basse d'un baryton, un homme d'une femme, etc., ce n'est pas le son fondamental, mais les sonssecondaires ou harmoniques. L'expérience prouve en effet que les harmoniques varient non seulement avec chaque instrument, mais avec chaque note de chaque instrument, tandis que. à hauteur et à force égales, quelle que soit leur provenance, les sonsfondamentaux sont toujours les mêmes ; preuve évidente que le timbre dépend uniquement des sons secondaires ou harmoniques. Le nombre, le rang et l'intensité de ces derniers peuvent varier, le son fondamental restant le même ; il s'ensuit pour un même son une diversité presque infinie de nuances. Par là s'explique la prodigieuse variété des timbres, des instruments et des voix.
209. Richesse de la voix humaine. — Des voix surtout, car de tous les instruments, la voix humaine est de beaucoup le
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plus riche en harmoniques ; Helmholtz et Kienig l'ont démontré avec évidence. Il se forme des harmoniques dans le larynx ; il s'en forme dans le tuyau vocal. Les cordes vocales, mises en branle sous rinfluence du courant d'air expiré, donnent naissance à des vibrations différentes susceptibles d'ailleurs de modifications multiples ; ainsi, chez les vieillards, le son est modifié par l'ossification partielle des cartilages. Mais ce sont surtout les cavités situées au-dessus de la glotte, pharynx, bouche et fosses nasales, qui concourent par la formation d'harmoniques nouvelles à donner à la voix humaine une si grande variété de timbres; qui ne sait, par exemple, combien le son qui traverse à la fois la bouche et les fosses nasales diffère de celui qui traverse la bouche seulement?
210. Quelques distinctions utiles. — Les règles qui suivent, empruntées à Helmholtz, éclaireront encore cette obscure et délicate question.
Les sons simples sont très doux, très agréables, dépourvus de toute rudesse, mais faibles et sourds dans les notes basses.
Les sons composés, qu'accompagnent des harmoniques inférieurs, comparés aux sons simples sont plus harmonieux, plus musicaux, brillants et riches. Ils sont particulièrement doux lorsque les harmoniques supérieurs manquent tout à fait.
On appelle creux le timbre d'un son qui n'a que des harmoniques irréguliers, et nasal celui qui présente un grand nombre d'harmoniques supérieurs. Le son est dit riche ou plein lorsque le son fondamental est notablement plus intense que les harmoniques ; lorsqu'au contraire le son fondamental est à peine plus fort que les harmoniques supérieurs, il est pauvre ou vide.
Les harmoniques plus élevés que la sixte ou la septième, s'ils sont très distincts, rendent le son particulièrement
duretperpa22i;s'ilsontpeu de relief et d'intensité, loin de nuire à la valeur du son musical, ilslui donnent plus d'exprès, sion et de caractère ^ .
211. Le timbre et la couleur du ton. — Le timbre est à la voix ce que la couleur est à la peinture. Tonfarbe «couleur du ton », dit l'allemand ; l'image est d'une justesse parfaite. Pour faire voir sa pensée, le peintre ajoute au dessin qui la définit la couleur qui la rend plus vivante et plus belle ; pour faire entendre la sienne Torateur, joint au ton qui la contient, l'harmonie qui la rend plus parlante et plus douce.
En traversant l'atmosphère, la lumière de notre soleil, une dans sa blancheur native, s'imprègne tout d'abord des trois couleurs qu'on nomme primitives, le rouge, lejaune, et le bleu; puis du mélange de ces primordiales splendeurs naissent, pour l'enchantement de nos yeux, d'abord les trois couleurs secondes ou composites, l'orangé, le vert et le violet ; ensuite toutes les colorations intermédiaires, toutes les nuances dont la prodigieuse variété fait le ciel si vivant et la terre si belle.
En traversant le larynx, le souffle de notre poitrine, un, lui aussi, dans le son fondamental qu'il engendre, se revêt tout d'abord d'une seule ou de plusieurs des trois résonances primitives, l'or, ïargent et Vairain ; puis du mélange de ces primordiales harmonies naissent, pour l'enchantement de nos oreilles, d'abord des harmonies secondes ou composites, malheureusement innommées, puis les multiples accords et les fugitives nuances dont les inépuisables combinaisons rendent le chant si éloquent et la parole si puissante.
212. Trois voix comme trois couleurs. — Trois voix comme trois couleurs : toutes les splendeurs de la peinture emprun-