‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 8 sur 122 · CE OU ON ENTEND PAR VOYELLES · texte numérisé non relu

CE OU ON ENTEND PAR VOYELLES

18. Voyelles physiologiques. — Le son originel ou laryngé, produit par les vibrations des cordes vocales, traverse nécessairement, avant d'éclater au dehors, les cavités du pharynx du nez et de la bouche. Or ces cavités constituent de véritables résonnateurs naturels. Assimilables en partie à la caisse d'un violon ou d'un piano, elles renforcent au passage un ou plusieurs des harmoniques du son primitif. Tout son vocal éclate donc au dehors avec une .résonnance particulière. Cette résonnance est une voyelle ''.

1. La théorie traditionnelle de la forpaation des voyelles est l'epoussée en ces termes par le i)'^ Guillemin : « Au lieu de soutenir que le lar\'nx doit produire initialement un mélange sonore infiniment complexe, nous ne lui demandons que de produire le ton de la voix, sans la moindre complication obligatoire. Au lieu de prétendre que les cavités supérieures renforcent consécutivement l'un des éléments consécutifs du son laryngien, il suffit de dire que ces cavités engendrent elles-mêmes les sons qu'on voulait leur faire renforcer dans la production des vocales caractéristiques des voyelles, nos cavités ne sont donc pas le récepteur ou résonnateur qui enfle, qui grossit un ton fixe, d'origine énigmatique et incompréhensible ; elles sont le générateur qui, par le moyen des anticyclones, crée le ton dont on a besoin pour l'obtention d'un timbre déterminé. En dehors du courant d'air excitateur, ces cavités ne demandent donc rien au larynx ; surtout elles ne

Les voyelles ainsi entendues sont tout à fait indépendantes de la hauteur du son primitif; la preuve, c'est que rien n'est plus aisé que de chanter une ou plusieurs gammes de suite sur une même résonnance. Elles dépendent uniquement de la forme et du volume des cavités sus-laryngées ; la preuve, c'est qu'il est possible, en modifiant la forme et le volume du pharynx et de la bouche, d'émettre sur une seule note toutes les résonnances du langage humain.

Si les cavités sus-laryngées avaient la rigidité immobile d'une caisse de violon ou de piano, la résonnance restant toujours la même, la voix humaine n'aurait qu'une seule voyelle ; heureusement il n'en est rien. Les parois de la bouche en particulier sont d'une extrême mobilité, et rien n'est plus facile que d'en modifier à volonté, par le jeu de la mâchoire, des lèvres, du voile et de la langue, la forme et le volume. Or changer la forme et le volume du résonnateur revient à changer la résonnance.

A chaque nouvelle modification du tube vocal répond donc nécessairement une modification nouvelle du son primitif. Et comme les modifications du tube sont innonirbrables et que le son primitif est très riche en harmoniques^ le nombre des résonnances vocales est illimité. Delàl'éton-

lui demandent aucun son préexistant, puisque, à chaque forme qu'elles revêtent, et par un changement progressif du vent, elles peuvent pi'oduire une série continue de sons ; puisque, daprés M. Chauveau,. les timbres et les intensités des sons ainsi créés varient avec la forme et la grandeur de la cavité, avec sa forme et sa grandeur absolue ou relative par rapport aux orifices d'entrée et de sortie. Or les cavitésqui surmontent le larynx sont éminemment varialjles dans leurs formes absolues ou relatives ; elles peuvent donc engendrer les gammes de tons les plus diverses, les plus nuancées dans leurs timbres, leursintensités et leurs hauteurs, sans que le larynx ait à fournir quoi que ce soit: il suffit qu'il laisse passer le coui-ant d'air primordial chassé par la pression pulmonaire. » Essai sur la phonation, II h' partie, ch. VII, n»iv. (1897).

nante flexibilité de la voix, et l'incroyable variété des couleurs qui nuancent la parole humaine.

« Il y a, dit très justement M. Beaunis, il y a autant de voyelles difl"érentes qu'il peut y avoir de formes différentes de la cavité buccale, et comme on peut passer par des transitions insensibles d'une forme à l'autre, il y a en réalité une infinité de voyelles possibles ; mais on peut cependant admettre certaines voyelles primitives que l'oreille distingue facilement et qui se retrouvent à peu près dans toutes les langues ; puis entre ces voyelles primitives viennent se placer des sons intermédiaires plus ou moins nombreux et qu'on pourrait multiplier indéfiniment si on voulait relever toutes les variétés phonétiques de dialecte, de langue et d'individu » i.

19. Résonnances pharyngiennes et résonnances buccales. — La voyelle ne serait donc, en définitive, qu'une modification du son vocal dû à la résonnance des cavités situées audessus du larynx. Ces cavités sont au nombre de trois, séparées par le voile du palais : le pharynx, le nez et la bouche.

Dès que le voile s'abaisse, la communication entre la bouche et le pharynx se trouve au moins partiellement interrompue ; par suite de l'obstacle qu'il rencontre, le souffle vocalisé, avant de pénétrer dans la bouche est contraint de retentir dans les cavités qui rattachent les fosses nasales au pharynx, et il en résulte des modifications caractéristiques, des résonnances d'un genre spécial auxquelles on donne généralement le nom de voyelles nasales ou j^haryngienncs.

Quand au contraire le voile est levé, le son laryngé ne se heurtant plus à aucun obstacle retentit librement à travers le pharynx et la bouche, et les modifications qu'il subit

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