‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 89 sur 122 · c?., ibid · texte numérisé non relu

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cil, xir. — l'art de respirer 401

inspiré par la bouche. Pour respirer ainsi il faut le vouloir et le vouloir de nouveau à chaque reprise de l'acte respiratoire. C'est ce qui fait que la respiration bucco-nasale qui chasse par les narines lair entré parla bouche, et la respiration nasalo-buccale qui renvoie par la bouche l'air reçu par les narines ne seront jannais que des procédés artificiels et de purs exercices de gymnastique pulmonaire. En réalité il n'y a et ne peut y avoir que deux types naturels de respiration, l'un bon, l'autre mauvais, le type nasal et le type buccal.

Le premier, il faut le vouloir, s'y attacher, le conservera tout prix ou le reprendre. Xe rien négliger par conséquent pour respirer aussi souvent que possible, debout, assis, couché, en marche, en course, en ascension, dans ces derniers cas surtout, bouche close, uniquement par le nez.

Le second, il faut le combattre, l'éviter ou s'en défaire. N'accepter par conséquent d'inspirer et de respirer régulièrement par la bouche qu'en cas d'obstruction du nez, et dans ce cas même ne rien négliger pour établir ou rétablir le libre passage de l'air à travers les narines, et, en attendant, prendre ses précautions pour prévenir ou tout au moins atténuer les fâcheux effets de la respiration buccale.

Si un coryza aigu nous oblige pendant quelques jours à respirer par la bouche, il sera sage d'éviter autant que possible d'aller au grand air.

« Même lorsque la gêne à la respiration nasale est très faible, les patients ont une tendance à respirer par la bouche, la nuit surtout, lorsqu'ils sont couchés sur le dos. On combattra cette tendance au moyen d'un bandeau passé sous la mâchoire et serré sur le sommet de la tête. » Gardons-nous cependant de prendre au tragique ce conseil de la prudence médicale.

« Il arrive fréquemment, remarque l'auteur de la Gymnastique pulmonaire, que la respiration, pendant le sommeil,

au lieu d'être simplement nasale, devient buccalo-vocale sous forme de ronflement. Le ronflement est, quoi qu'en, disent les délicats, une preuve de bonne santé, en ce qu'il' accuse un sommeil profond et régénérateur et un bon fonctionnement des poumons : il se fait généralement sur les tons graves. Lorsque le ronflement est dégale durée dansson inspiration, comme dans son expiration, il caractériseune bonne gymnastique pulmonaire naturelle, toutes les> personnes robustes et qui font de rudes travaux corporels ronflent bien ; le ronflement plein, sonore, est donc le signe d'un fonctionnement régulier et normal des organes vitaux, parce que, dans ce cas, les muscles inspirateurs agissent avec énergie et accusent de profondes inspirations t. »

Quoi qu'il en soit du ronflement et de ses effets, la respiration buccale n'en demeure pas moins condamnée sansappel au nom de l'esthétique et de l'hygiène. Endormi, unhonnête homme peut la subir ; éveillé, il doit la combattre et ne se résigner à respirer par la bouche que lorsqu'il lui* est impossible de respirer par le nez.

Or les cas où il est impossible de respirer par le nez sont relativement rares. Quoi de plus naturel et de plus simpleque de respirer par le nez tout le temps qu'on n'est tenu ni de parler, ni de chanter '? Respirer par le nez, même quand la bouche reste forcément ouverte, comme dans le chant et la parole, n'est pas à beaucoup près aussi difficile qu il peut le paraître à première vue.

On peut d'abord sans trop d'effort, la bouche restant ouverte, aspirer par les narines. On peut plus facilement encore, sans modifier en rien l'ouverture de la bouche, expirer par les narines ; il suffit pour cela de laisser le voile

1. La Gymnastique pulmonaire, par le professeur de chant Joseph- Ferdinand Bernard, ex-fort ténor de grand opéra, créateur de la gymnastique pulmonaire depuis ISiO. 5^ édit., 1891, p. 75.

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dans l'état d'abaissement où la mis l'aspiration nasale. On peut même avec un peu dhabileté, fruit de l'expérience, faire sortir par la bouche le souffle entré par les narines. Cet exercice n'est qu'un jeu pour qui a appris à régler les mouvements du voile. Pvespirer habituellement par les narines, et ne respirer par la bouche que dans les cas très rares où il est impossible de faire autrement, voilà la règle. Nous aurons donc grand soin d'exécuter, bouche close, les exercices respiratoires auxquels nous allons nous livrer.

343. Exercices d'inspiration. — Les lèvres bien closes, aspirez posément, longuement, sans interruption ni saccade, jusqu'à épuisement de la faculté de dilatation du thorax. Si l'exercice est bien conduit, labdomen graduellement augmentera de volume, les côtes inférieures se développeront latéralement, et la partie supérieure de la poitrine sera projetée en avant tandis que les clavicules resteront immobiles.

L'aspiration achevée, retenez un moment le souffle inspiré, en maintenant le diaphragme et les côtes dans la position extrême qu'ils viennent de prendre, puis brusquement, lâchez tout dans une expiration rapide et complète. La conséquence im médiate sera le relèvement rapide du diaphragme et la chute des côtes. En d'autres termes, il se produira un affaissement complet de la partie inférieure de la poitrine. Cet afTaissement peut, au début, n'être pas très net, parce que le mouvement d'extension a probablement été insuffisant, mais les deux phénomènes se développeront de plus en plus à la suite d'une pratique continue.

Le point essentiel, mais aussi le point délicat, est de rendre l'inspiration profonde, en donnant au diaphragme le plus grand abaissement possible. A quoi reconnaître lacontraction de cette membrane dont le rôle est si capital ? Comment surtout la produire, puisque le plus souvent elle estincons-

ciente? « Une remarque bien simple suggère la réponse. Le diaphragme ne peut s'abaisser sans comprimer les viscères de l'abdomen. Donc le diaphragme s'abaisse quand l'abdomen est refoulé en avant.

<( Ce mouvement en avant — toujours sans se cambrer — est sous l'empire de la volonté. En définitive vous inspirez bien, si l'appel de l'air est provoqué par l'impulsion en avant donnée à l'abdomen i. »

344. Sagesse et persévérance. — Les effets de ce premier exercice, sur la santé et sur la voix de ceux qui s'y adonnent avec sagesse et persévérance, seraient des plus heureux, au dire du docteur qui nous le recommande. Il augmente sensiblement la capacité respiratoire : le fait est certain, le spiromètre en fait foi. Il active dans les poumons les échanges vivifiants : c'est la conséquence forcée de l'augmentation de la capacité respiratoire. « Il transformera certainement une quantité plus grande de sang bleu sombre en sang rutilant ; l'appétit augmentera ; on jouira d'un sommeil calme et profond ; on gagnera du poids ; la peau flasque et pâle se remplira et prendra une couleur rosée, indice d'une bonne santé. » Il peut enfin, ce n'est pas douteux, influer sur la voix. En quel sens et dans quelle mesure? c'est à l'expérience de le dire. Or notre médecin assure que cet exercice sagement conduit rend la parole et le chant plus faciles, fait disparaître le trémolo, peut changer la voix de fausset d'un adulte en une belle voix mâle, pleine et sonore, peut même guérir la pharyngite des prédicateurs.

Ne vous hâtez pas cependant de conclure de ces belles assurances que la gymnastique pulmonaire est un remède infaillible, n'allez pas vous persuader qu'elle suffit à tout, et que tout le monde peut s'y adonner impunément. Ce serait

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