‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 90 sur 122 · Vigourel, 1. c · texte numérisé non relu

Vigourel, 1. c

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une grave erreur. « On ne gagnera rien et on peut se faire le plus grand mal en abusant de la gymnastique pulmonaire, et les personnes qui ont une santé délicate ne se livreront pas à ces exercices à moins qu'elles n'aient l'approbation de leur médecin qui les réglera suivant les circonstances. T) Les autres, si elles ne veulent compromettre leur bonne santé, devront prendre garde de ne rien exagérer. Elles éviteront soigneusement de pousser immédiatement jusqu'à son extrême limite la dilatation du thorax ; le poumon pourrait en souffrir. Elles feront même sagement pour peu que leur poitrine soit délicate de s'en tenir à la respiration diaphragmatique et costale. Elles se garderont aussi de tenir le souffle trop longtemps. « Le temps pendant lequel on retient sa respiration ne doit pas, au début, dépasser quatre secondes... Cei)endant, en continuant ces exercices, ce temps peut être augmenté de deux secondes par semaine, de telle sorte que l'élève qui, pendant la première quinzaine, se limitait à quatre secondes, pourra, au bout de six semaines, tenir sa respiration pendant douze secondes. Quelquefois même les élèves sont arrivés à vingt secondes ; mais le lecteur doit être bien prévenu qu'il faut être prudent et ne pas tomber dans les extrêmes. « Pour les suspensions de respiration supérieures à douze secondes, dit le D"" Garnault, il faut toujours demander l'avis du médecin, car elles pourraient avoir des inconvénients pour les personnes délicates i . »

A la prudence, il faut ajouter la persévérance. Pour être vraiment efficaces les exercices pulmonaires doivent être exécutés à des intervalles réguliers tous les jours, longtemps, pendant des mois, des années. C'est perdre son temps que de s'y livrer par boutades ; quel artiste pourrait se flatter de faire sur le violon de sérieux progrès, en travail-

lant une ou deux fois par mois, pendant six heures consécutives ?

Un dernier conseil pratique. Suivez autant que possible dans vos exercices l'ordre suivant : faites-les tout d'abord au lit étendu sur le dos ; continuez-les assis ; renouvelezles debout ; achevez-les en marche. Quand devrez-vous les suspendre? Lorsqu'ils seront devenus inutiles, c'est-à-dire, lorsque la respiration abdominale vous sera devenue si naturelle qu'un véritable effort serait nécessaire pour soulever en respirant la partie supérieure de la poitrine.

345. Exercices d'expiration.— Après une aspiration rapide et pleine, expirez posément, longuement, sans interruption ni saccade, jusqu'à épuisement de la faculté de contraction du thorax.

Cet exercice est, comme on le voit, tout le contraire du précédent. De lente, l'aspiration devient soudaine ; de soudaine, l'expiration devient lente. L'aspiration ici est accessoire ; c'est l'expiration qu'il faut travailler. Ce serait faire injure à l'intelligence des chanteurs et des orateurs qui pourront nous lire que d'insister sur l'importance de l'expiration. Peuvent-ils ignorer que l'art d'expirer est le B-A, BA de l'art du chant et de la parole?

L'idéal pour eux, — ils le savent bien — serait de si bien régler la dépense du souffle emmagasiné par l'aspiration, que chaque note, chaque parole, en emportât la part nécessaire à sa juste émission, rien de moins, rien de plus. Serrer du plus près possible cet idéal, donner leur souffle, leur trésor, avec une générosité également éloignée de la prodigalité et de l'avarice — pour eux, c'est la sagesse, c'est l'intérêt, c'est le devoir. Or savoir ainsi régler ses dépenses de vie, qu'est-ce autre chose que savoir expirer ? science aussi difficile qu'elle est nécessaire ! Que de patience, que d'intelhgence, que d'efforts pour expirer correctement !

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Aspirer est relativement simple ; pour pousser l'aspiration jusqu'au terme il suffit de continuer le mouvement initiel jusqu'à épuisement des forces. Du commencement à la fin, l'aspiration est essentiellement active, et forme un mouvement unique, et d'une seule venue. Expirer est bien plus compliqué ; pour expirer jusqu'au bout, il ne saurait suffire de continuer le mouvement initiel ; car ce mouvement se transforme en route. De passive, en effet, qu'elle est au début, l'expiration complète, assez longtemps avant le terme, devient active. Tant qu'il ne s'agit que d'expulser l'air complétementaire de l'aspiration extrême ou l'air périodique de l'aspiration ordinaire, le mouvement expiratoire va tout seul ; ■mais dès qu'il s'agit d'entamer l'air supplémentaire, c'est-àdire, de diminuer la capacité du poumon au repos, un effort •est obligatoire.

346. Une œuvre d'art. — Tant que dure l'expiration passive le grand souci du parleur ou du chanteur doit être de modérer le mouvement automatique des côtes et du diaphragme reprenant leur position naturelle. Si on n'y veille ce ■mouvement que tout favorise ira très vite, et en un clin d'œil, la provision d'air facilement utilisable pour la parole et le chant aura disparu.

La volonté, dans cette première phase du mouvement ■expiratoire, intervient uniquement pour remplir le rôle d'un serre- frein; sa mission est de prévenir l'épuisement prématuré du trésor de souffle emmagasiné par l'expiration.

Tout autre est le rôle de la volonté dans l'expiration active. Ici rien d'instinctif. Laissé à lui-même, une fois rendu à la position qu'il occupait avant l'aspiration, le poumon reste inerte. Pour l'obliger à rendre une partie de l'air qui le remplit encore, une pression extrinsèque est indispensable, et cette pression ne se produit que si on le veut bien. Dans cette phase de son évolution, l'expiration est pure-

ment volontaire, c'est une conquête de la liberté, une œuvre d'art.

L'exercice seul peut nous livrer les secrets du mouvement expiratoire. Étudions-les sur le vif. Expirons souvent, longtemps, en insistant tantôt sur l'expiration passive, tantôt sur l'expiration active ; efforçons-nous de régler impérieusement la première et de développer la seconde, et ne nous regardons comme des maitres dans l'art d'expirer que lorsque nous serons de force à chasser de notre poitrine tout l'air qui peut en sortir, sans que la flamme d'une bougie rapprochée de nos lèvres en éprouve le plus léger tremblement, sans qu'une plume placée sous nos narines en soit agitée.

Un conseil pratique. En vous livrant aux exercices d'expiration que nous avons indiqués et à ceux qu'il vous aura plu de choisir, autant que possible laissez en paix les muscles du larynx, et ne succombez pas à la tentation de modérer la sortie du souffle par la fermeture de la glotte. Les muscles du larynx sont trop faibles pour résister longtemps impunément à un effort aussi violent. Utilisez au contraire largement les puissants muscles de la poitrine. Ils sont faits pour l'expiration comme pour l'aspiration. Ne craignez pas pour eux la fatigue ; l'exercice les fortifie. Laissez donc la glotte ouverte ; l'expiration sera silencieuse ; les muscles du larynx se réserveront pour le travail exclusif — le leur — du chant et de la parole, tandis que les muscles de la poitrine se fortifieront en accomplissant jusqu'au bout leur fonction naturelle.

347. Gymnastique respiratoire. — On aimaginé,pour rendre plus aisé et plus large le jeu des muscles respirateurs, toute une gymnastique, dont les règles ont été posées par des professeurs de chant. Ainsi, dit le docteur Gouguenheim, résumant leurs conseils, « la poitrine doit avancer pour porter

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le sternum en haut en même temps que l'élève inspire et expire, et ces mouvements doivent être répétés plusieurs fois par jour, dans de courtes séances de quelques minutes. Pour l'inspiration il faut jeter en avant le creux épigastrique, puis le rétracter vivement pour l'expiration. Cet exercice s'opère par les contractions du diaphragme. L'inspiration et l'expiration se font par le nez seul, puis par la bouche largement ouverte. Les deux temps de la respiration doivent être égaux contrairement à létat physiologique où l'expiration est toujours plus courte, car l'artiste a surtout besoin de prolonger son expiration.

« Les muscles costaux devront être exercés ensuite pour perfectionner le jeu de la respiration. Enfin on devra rendre ces mouvements respiratoires plus amples, plus vigoureux, par l'action des bras que l'on avancera en ligne droite, soit en avant, soit en arrière; ouencoredonner un point d'appui aux muscles respirateurs auxiliaires en rejetant le corps en arrière et appuyant les mains sur les hanches.

(( Le jeu de l'escrime sera fort utile, en mettant en action à la fois les muscles des bras et de la poitrine. La natation concourra au même but par des moyens identiques. »

348. L'inspiration durant le chant et la parole.— Pour l'attitude, rien de spécial. Le lecteur ou le chanteur sont ou debout ou assis. Dans les deux cas, ils n'ont qu'à suivre les règles données plus haut pour la simple respiration dans ces deux situations typiques.

Pour l'inspiration, les maîtres insistent particulièrement sur les règles suivantes :

L'inspiration du chanteur et du parleur doit être profonde, — donc abdominale — ce point est vraiment essentiel. « Si vous n'aspirez, dit M. Legouvé, que de la partie supérieure du poumon, vous faites une trop petite provision d'air. Vous

ne remplissez pas votre magasin. Il n'en a guère que jusqu'au tiers. Qu'arrive-t-il ? Que votre stock s'épuise très vite, et si vous avez un long morceau à lire, vous ressemblez à un homme parti en voyage dans le désert avec une outre d'eau à moitié pleine ; l'air vous manque ; il faut retourner en chercher, ce qui est une fatigue... pour vous et pour les autres. Le premier devoir du lecteur, qui a une longue course à fournir, est donc, au début, d'aspirer profondément, de façon à avoir les poumons bien garnis » i.

L'inspiration doit être fréquente, c'est-à-dire, renouvelée aussi souvent que possible, et toujours assez longtemps avant l'épuisement de l'air inspiré, a. Rien n'affaiblit autant la voix, et quelquefois même l'épuisé, que la phonation exécutée à la fm de la respiration, tandis que d'autre part, l'habitude de tenir les poumons bien remplis d'air rend la voix forte et résonnante, et permet à l'orateur et au chanteur de la conserver fraîche et vigoureuse jusqu'au bout de leur tâche 2. »

La perfection serait de borner régulièrement sa dépense de souffle à l'expulsion de l'air qui remplit le bas du poumon ;' d'inspirer dès que les côtes et le diaphragme ont opéré leur mouvement de retour ; de n'user, par conséquent, que de la respiration abdominale. La santé et la voix, tout s'en trouverait bien.

« La véritable règle, dit M. Browne, pour ceux qui se servent de leur voix, est de respirer toutes les fois que cela peut se faire d'une façon convenable, que l'on ait ou non immédiatement besoin d'une nouvelle provision d'air i. » Or, entre deux groupes de notes, écrit M. Vigourel, entre deux membres de phrase, il est loisible de placer sans qu'il y paraisse, un complément d'inspiration profonde ; on évite ainsi la fatigue et il reste une réserve pour les cas excep-

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