‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 92 sur 122 · Gouguenheim, p · texte numérisé non relu

Gouguenheim, p

La parole à haute voix comme le chant exige évidemment une dépense d'air plus considérable. L'ébranlement sonore suppose un effort ; mais ici encore, si on n'y veille, l'effort engendrera la fatigue et la dépense dégénérera en prodigalité.

Une petite quantité d'air suffit à faire vibrer avec force les cordes vocales. L'essentiel est de les tendre à point et d'user comme il convient des muscles expirateurs pour comprimer l'air emmagasiné dans la poitrine. Naturellement le volume de l'air strictement nécessaire à la production d'un son varie avec sa hauteur et son intensité, mais, régie générale, on dépense, sur toute la ligne, beaucoup plus qu'il n'est nécessaire. Plus d'un lecteur jette l'air par les fenêtres comme le prodigue jette l'argent. Pourquoi ces pertes réitérées? Avons-nous bien le droit de gaspiller ainsi notre vie?

(( L'artiste expérimenté n'emploie sa réserve d'air qu'à bon escient. Son but n'est pas de pousser Vair, mais de communiquer l'impulsion vibratoire aux cordes, et par elles aux capacités aériennes des bronches et de la bouche qui résonnent à l'unisson. Aussi la flamme d'une bougie pourraitelle rester à peu près immobile devant la bouche du chanteur, alors même qu'il émettes sons les plus puissants.

On conçoit alors que la voix puisse exécuter sans effort les belles et longues vocalises des alléluias grégoriens, par exemple. Maître de son souffle, le chanteur donne à ses notes la souplesse, le fondu, le rythme, qui transforment en splendides mélodies des séries de notes qu'une poitrine haletante ne pourra jamais que désagréger ^ ».

350. Soyons habiles. — Au conseil d'être économe, il faut pour être complet ajouter celui d'être habile. Si l'économie prévient les dépenses inutiles en empêchant le gaspillage de la voix, l'habileté fait profiter les dépenses nécessaires,

i. Yigourel, 1. c.

CH. XII. — l'art de respirer 413

en tirant le meilleur parti possible du souffle qu'on ne peut pas ne pas donner. L'une complète l'autre admirablement.

Or un moyen pratique et sûr de ne rien perdre du souffle réclamé par les émissions régulières, et de donner à ces dernières leur maximun de sonorité, serait, au dire de Madame Lacombe, de former, des bronches jusqu'aux lèvres, un canal aussi droit que possible, de pousser la mâchoire inférieure en avant — précaution indispensable, — de tenir les dents écartées au moins d'un doigt entre les molaires, d'appuyer les lèvres contre les dents comme si on venait de prononcer la syllabe heu, et de retirer l'angle des lèvres comme pour sourire.

a L'étude sérieuse de la méthode de Madame Lacombe, écrit M. Vigourel, qui assure en avoir fait une expérience des plus heureuses, et l'application fidèle de ces règles assureront un organe vocal plus flexible et plus puissant, du moins un larynx presque infatigable et une voix convenable, à ceux qui sont naturellement moins bien doués... Le son paraît refoulé dans la poitrine comme s'il allait rebondir sur le diaphragme ; la capacité des poumons résonne à l'unisson et donne plus de sonorité à la voix... L'ouïe devient plus délicate par suite de l'avancement de la mâchoire inférieure; la poitrine se développe et s'affermit; les facultés cérébrales, dans la parole publique et le chant, reçoivent plus d'essor, au grand avantage de l'esprit. » Que risquons-nous à faire une expérience personnelle ?

L'auteur elle-même de la méthode a pu écrire en 1876 : « Je renouvelai sur autrui les expériences tentées sur moimême, et j'obtins des résultats si complets, si concluants, que je considère comme un devoir de ne pas garder pour moi ce qui est encore un secret pour tout le monde : la science du mécanisme vocal ».

« Que MM. les professeurs examinent mon système, qu'ils l'étudient, qu'ils se l'approprient, qu'ils constatent son action

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immédiate sur leurs élèves. Je soutiens, j'affirme et je puis prouver que tous ceux qui parlent peuvent chanter, acquérir une belle voix, la conserver intacte jusqu'à un âge avancé, en tripler, en quadrupler le volume par le travail ; que ceux qui en ont une belle, ce qui est toujours préférable, en augmenteront l'étendue et en doubleront la puissance ; que ceux enfin qui ont la poitrine délicate la renforceront indubitablement et que, à moins de tubercules avancés, ils pourront recouvrer la santé qui est un régénérateur i. »

(1) La science du mécanisme vocal et l'art du citant, par M""* Louise Lacombe, chez Enoch, édit. de musique, 27, boulevard des Italiens Paris, 5""* édition, accompagnée de nombreux exercices vocaux.

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