‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 93 sur 122 · MAINTIEN. — PHYSIONOMIE. — GESTICULATION · texte numérisé non relu

MAINTIEN. — PHYSIONOMIE. — GESTICULATION

251. Les deux langages. — Tout ce qui vit dans son âme, ce qu'il sent, ce qu'il voit, ce qu'il veut, ce qu'il aime, l'homme a la faculté de le manifester, et cette faculté a un nom : on l'appelle indifféremment le langage ou la parole. Prise dans son sens le plus large tout à la fois et le plus haut, la parole n'est en réalité que la faculté de manifester la pensée.

La pensée humaine, le langage a même la double mission de l'exprimer hors de l'intelligence qui l'a conçue et de l'imprimer dans les intelligences ouvertes pour la recevoir ; ce qui fait qu'il est en même temps, et par la force même des choses, l'interprète de l'intelligence et le véhicule de l'idée, l'intermédiaire des esprits et le lien des âmes. Manifestement, après la raison, l'homme n'a rien de plus précieux, ni de plus noble que la parole.

Pour exprimer et pour imprimer sa pensée force est bien à chacun de nous de se servir de la matière ; car l'idée ne se laisse voir qu'à la condition de s'envelopper de formes sensibles, et elle ne peut passer d'une âme à une âme que portée, pour ainsi dire, par les forces du monde physique.

Ce vêtement et ce véhicule nécessaires, où les trouver, où les prendre? C'est évidemment à notre propre corps que nous devons demander d'exprimer sensiblement la pensée, et c'est à la nature environnante qu'il nous faut donner l'ordre de la transmettre.

Deux organes sont spécialement aptes au travail de l'expression : la voix et la main. Deux agents sont spécialement aptes au travail de la transmission : le son et la lumière.

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Aussi le parleur utilise-t-il avant tout les ondes sonores et les vibrations lumineuses, et se sert-il principalement de la voix et de la main. L'idée invisible qui s'est formée dans son intelligence, il la chante et il la dessine ; il en fait, à l'aide de la voix, une musique qui frappe l'oreille, et, à l'aide du geste, un tableau qui parle aux yeux.

D'où il suit, qu'en réalité, l'homme a deux langages : celui des gestes et celui des mots. Le premier rend la pensée perceptible à l'aide de mouvements et l'introduit dans l'âme par les yeux ; le second rend la pensée sensible à l'aide de sons et l'introduit dans l'âme par les oreilles. Une étude de la parole qui oublierait ou négligerait l'un ou l'autre de cesdeux langages serait incomplète et insuffisante. On n'est parleur habile qu'à la condition de connaître à fond et le jeu de la voix et le secret des mouvements expressifs du corps. Il faut à qui veut bien parler, l'art de mimer sa pensée en même temps que l'art de la dire.

Un bon traité de la parole devant donner les règles propres à chacune de ces deux langues, comprend donc nécessairement deux parties: la phonétique, ou l'art d'exprimer et de transmettre la pensée à l'aide des sons, et la mimique, ou l'art d'exprimer et de transmettre la pensée à l'aide des gestes ; — ou, en termes plus simples et plus français, un traité de la voix et un traité du geste.

252. En combien de manières on peut parler aux yeux. — Pour rendre la pensée visible l'homme utilise les lignes, les couleurs et les mouvements.

De la mise en œuvre de ces trois éléments d'expression procèdent tous les arts qui vivent de la lumière et frappent les yeux : — l'architecture et la sculpture, dont la signification est essentiellement déterminée par des lignes dessinant et mesurant des formes empruntées généralement, par l'architecture au monde inorganique, et par la sculpture au monde

organisé; — la peinture, qui, sur les formes qu'elle emprunte à l'architecture et à la sculpture, projette l'éclat des couleurs ; la chorégraphie enfin qui, au langage des formes et des couleurs, ajoute celui autrement expressif du mouvement et de la vie. Qu'est-ce, en effet, qu'une procession, qu'est-ce qu'une danse, si ce n est un tableau qui marche, une peinture animée?

Or l'éloquence, à des degrés divers, met à profit les ressources multiples de tous les arts de la vue. L'orateur ne se reconnaît pas le droit de négliger le symbolisme expressif des lignes : il choisit avec discernement le lieu où il doit se faire entendre et la chaire qui doit le porter, et il donne à toute sa personne l'attitude la plus propre à traduire les sentiments qui l'animent ; c'est sa manière à lui d'être architecte et sculpteur. Il ne peut pas ignorer le charme et la puissance de la couleur et de ses nuances : en conséquence il se préoccupe de sa mise et a soin de se revêtir d'un costume particulier plus ou moins voyant ; en cela il est peintre. Mais ce qui l'intéresse avant tout, c'est le langage silencieux des mouvements, ce qu'il fait surtout parler aux yeux, c'est la vie.

253. Les problèmes de la mimique. — Ce parler muet quelle en est la nature et quels en sont les éléments? que peut-il nous dire et comment le dit-il ? Mille problèmes se posent. Il en est de spéculatifs, il en est de pratiques : les énumérer tous serait fastidieux, signaler seulement les principaux serait superflu. On n'a, pour les connaître et les résoudre, qu'à parcourir les quatre chapitres qui suivent. Le titre même de ces chapitres : La langue immortelle de l'humanité; notes sur le maintien ; le jeu de la physionomie ; l'alphabet du geste, — indique nettement les séries de questions qui se posent; le titre des paragraphes en souligne l'ordonnance et le détail. Après lecture tout sera clair.

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