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CH. XIII. — LA LANGUE DDIORTELLE DE l'HUMANITÉ 427
de la part du second, qu'un mouvement passager de curiosité sympathique.
260. Qui surtout devrait y passer maître. — Il est au moins toute une classe d'esprits cultivés que l'étude de cette belle langue devrait avoir le don de retenir et de passionner. Tout homme appelé par vocation, à un titre quelconque, au périlleux honneur de parler à ses frères, doit au respect de sa cause, de sa personne et de ses auditeurs, d'utiliser de son mieux toutes les ressources expressives dont il dispose pour remplir sa noble mission ; et il n'a pas le droit d'ignorer que souvent les plus abondantes et parfois les meilleures de ces ressources lui viennent de la mimique. Se les assimiler et s'en rendre maître, c'est pour lui plus qu'une convenance, c'est un devoir. De ce qui n'est, chez le parleur ordinaire, que la manifestation spontanée d'impressions confuses, d'affections mal contenues, et d'idées plus ou moins tumultueuses, il a la facilité, et partant l'obligation, d'obtenir l'expression exacte d'impressions voulues, la traduction fidèle de passions réglées, et le commentaire vivant d'idées réfléchies.
Mais ce résultat si désirable ne peut être obtenu qu'au prix de laborieux et persévérants efforts. Laissée à elle-même, la faculté mimique, comme toutes les forces spontanées de la vie, est fruste, maladroite, exubérante ou insuffisante, et toujours aveugle. Pour lui donner une portée véritablement intellectuelle, il est de toute nécessité de lui faire subir le contrôle de la raison ; pour la rendre pleinement artistique, il est indispensable de la contraindre à suivre les règles du bon goût.
L'orateur, même le mieux doué au point de vue des mouvemenls expressifs du corps, aurait grand tort de s'en remettre uniquement à la nature du soin de tirer profit de son riche trésor mimique. Son devoir, à lui comme aux autres,
est de surveiller sans cesse, de rectifier au besoin, et de perfectionner de plus en plus le jeu de ses facultés natives; il a tout à gagner et rien à perdre à le régler de son mieux d'après les données de l'expérience et selon les conseils des maîtres.
Et si cela est vrai de ceux que la nature a libéralement pourvus de ressources expressives, que dire de ceux — et Dieu sait si le nombre en est grand, — pour qui elle s'est montrée moins prodigue de ses dons ? Sont-ils donc si rares les orateurs à la physionomie ingrate, au maintien embarrassé et au geste maladroit, auxquels il aurait suffi de quelques conseils autorisés, docilement acceptés comme règle, pour tout rectifier, tout transformer, tout ennoblir, dans l'exercice, insuffisant par leur faute, de leurs facultés expressives? Nous rougirions vraiment d'insister sur l'imporportance capitale pour l'orateur, pour tout orateur, d'une étude approfondie, patiente, méthodique et pratique, du langage des mouvements.
261. Des problèmes qu'il soulève. — Les mouvements expressifs du corps, suivant le point de vue sous lequel on les envisage, peuvent fournir matière à des études bien différentes.
Pris en eux-mêmes tout d'abord, en tant que fonction spéciale de tel ou tel organe dont ils constituent en partie le jeu naturel et normal, ils relèvent directement des sciences médicales, et plus spécialement de la physiologie, la physiologie ayant pour objet propre l'étude du fonctionnement des organes, et pour fin particulière l'analyse raisonnée de toutes les manifestations de la vie.
Envisagés dans leur relation naturelle avec l'âme dont ils ont mission d'exprimer les opérations si complexes, ils dépendent directement des sciences psychologiques, cellesci ayant pour but l'étude de l'âme, non seulement en elle-
même, mais dans ses opérations multiples, aussi bien dans celles qui ébranlent la sensibilité que dans celles qui mettent en jeu les facultés purement spirituelles.
Considérés enfin dans leurs rapports accidentels avec la beauté plastique dont ils doivent revêtir les formes, sous peine d'être à jamais exclues du domaine de l'art, ils appartiennent de droit à l'esthétique, dont c'est le propre de fixer les règles du beau, et plus spécialement à cette branche de l'esthétique qui s'occupe du beau corporel et plastique, et dont les interprètes les plus autorisés furent, de tout temps, les peintres, les sculpteurs, les comédiens et les orateurs.
262. Qui peut les résoudre. — Et maintenant, si on veut bien constater ou se souvenir que les mouvements qu'utilise la mimique doivent être, tout à la fois et le plus possible, naturels^ expressifs et beaux, on ne pourra pas ne pas voir immédiatement à quelles sources se puise la connaissance vraiment scientifique du langage des mouvements et quels maîtres doit consulter avant tout celui qui aspire à l'honneur d'en esquisser la théorie pour en éclairer la pratique.
Qui, mieux qu'un physiologiste de profession, peut dire avec compétence si telle attitude, tel geste, telle contraction musculaire sont ou ne sont pas naturels, c'est-à-dire conformes aux lois de la mécanique animale? Quoi de plus simple que de s'adresser de préférence à ceux dont c'est l'ambition de surprendre le secret de toutes les opérations de l'âme, pour savoir comment elle arrive, à l'aide du corps, à exprimer ses états affectifs et son activité intellectuelle?
Et n'est-il pas tout indiqué, pour se rendre exactement compte de la valeur esthétique d'une expression mimique quelconque, de s'adresser tout d'abord à ceux dont le plus constant souci est de donner aux images de l'homme, par eux sculptées, burinées ou peintes, tous les caractères de la beauté?
Il faut donc, à qui désire parler avec quelque compétence du langage des mouvements, des connaissances variées autant que délicates en physiologie, en psychologie et en esthétique.
Ces connaissances, où les puiser?