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Mantegazza, La plujsiononiie et les sentiments, p

cherché les lois qui régissent cette occulte science dont plusieurs autres dérivent 1. »

268. Incessant labeur. — Que d'hommes, en effet, sont venus au cours des siècles affirmer et faire croire qu'il n'est pas impossible de mettre à nu la conscience, et qu'il suffit d'inspecter les traits des mains ou du visage pour être en mesure de décrire toute une vie, et d'examiner la conformation du corps pour découvrir les qualités de l'âme !

L'antiquité eut ses devins, le moyen âge ses astrologues, nous avons les graphologues, les chiromanciens et les phrénologues. Les procédés ont varié, le but est resté le même : persuader qu'il est enfin trouvé l'accès sûr et facile au sanctuaire intime de l'homme, et qu'il est aisé, à qui sait observer avec sagacité et persévérance les formes et les agitations du temple extérieur qui l'enserre de toutes parts, de pressentir, de deviner, de savoir, ce qu'a dû faire l'hôte invisible qui l'habite, ce qu'il médite, ce qu'il prépare et ce qu'il fera.

Celui-ci, pour pénétrer le grand mystère, invoque les puissances supérieures, celui-là consulte les astres, cet autre se contente d'inspecter les lignes de la main, cet autre de mesurer les bosses du crâne, cet autre enfin d'analyser une ligne d'écriture. Et ces hommes ont des disciples, et la foule se presse sur les pas de ces étranges révélateurs.

Quel fonds de vérité exploitent-ils donc? Le charlatanisnisme pur ne suffit pas à expliquer la vogue incessante et persistante de leurs théories enfantines et de leurs troublantes initiations. Il faut pour retenir les âmes autre chose que des mensonges ; on ne les attire qu'en faisant miroiter à leurs yeux des vérités tout au moins partielles, on ne les

1. Julien Leclercq, La plnjsionomie, cVaprès les principes d'Eugène Ledos, p. 7.

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séduit qu'en donnant aux erreurs qu'on leur propose les apparences de la vérité.

209. Le possible et l'impossible. — C'est qu'en effet il y a deux parts à faire dans l'œuvre des physiognomonistes anciens et modernes : celle de l'observation et celle de l'imagination. Ils n'ont pas pu ne pas remarquer — et plusieurs l'ont fait avec une rare finesse, doués qu'ils étaient d'un talent exceptionnel d'observation et d'analyse — qu'il existe entre la constitution et la conscience, entre le tempérament et le caractère, une relation réelle, conséquence inévitable de l'union de l'àme avec le corps. Renouvelant sans cesse leurs expériences, multipliant sans fin leurs investigations, dévisageant leurs contemporains, évoquant le souvenir des morts, s'analysant eux-mêmes, s'initiant aux découvertes de la science, sans négliger les jugements instinctifs des foules, ils se sont efforcés de ramener à un petit nombre d'espèces nettement définies la variété presque infinie des types que présente la race humaine.

Jusque là tout est bien : le but est raisonnable, l'effort méritoire, le résultat, quel qu'il soit, digne d'intérêt sinon d'estime.

Mais le physiognomoniste d'ordinaire ne s'en tient pas à ce travail de patiente et fructueuse analyse. Il veut conclure, il lui faut des lois , des lois d'une portée universelle et d'une précision mathématique. Telle espèce par lui définie aura partout et toujours telles et telles tendances; tel tempérament aura telles vertus. Telle constitution tel caractère ; tel corps, telle àrae ; tel organisme, telle vie. Et la liberté? et Dieu ?

Imagination et charlatanisme.

Laphysiognomoniesera-t-elle jamais une science ? Nous sera-t-il jamais donné de nous élever, par l'étude de la constitution physique de l'homme, à la connaissance de la nature et de la vie de l'âme?

A la connaissance définitive et totale? certainement non. L'âme a beau être unie au corps, par le meilleur d'elle-même, elle le domine et le dépasse. L'étude de l'instrument ne révélera jamais à l'observateur le plus attentif le tout de l'ouvrier.

A une connaissance sérieuse, désirable, fructueuse ?certainement oui, si ceux qui ont mission de nous révéler de l'âme humaine, ce qui se laisse voir dans les manifestations de la vie physiologique, ont la précaution de poursuivre, sans se décourager jamais, le travail de l'observation scientifique, d'être constamment en garde contre les généralisations prématurées, et de repousser, comme attentatoire à la dignité humaine, toute conclusion qui ne tient pas suffisamment compte de la liberté.

270. Distinction fondamentale. — Il est surtout une distinction fondamentale que le physiognomoniste n'a jamais le droit de perdre de vue. Autre chose en effet est la constitution, autre chose la formation, et autre chose l'action. Je pleure, c'est une action qui modifie accidentellement les traits de ma physionomie ; mais cette action peut être facilitée par l'habitude, car de fréquentes épreuves peuvent a.voir donné à tout mon être l'expression et comme le pli de la douleur ; et cette facilité de pleurer, ce don des larmes peuvent être en grande partie l'effet d'une complexion mélancolique. Dans le jeu normal de la vie toutes ses iniluences se mêlent ; dire la part de chacune est souvent malaisé ; mais pour être harmonisée leur action n'en demeure pas moins distincte.

Il y a réellement dans toute physionomie un élément inné, la conformation extérieure, la constitution : Nous naissons avec tel ou tel tempéramment ; nous somm.es par nature grands ou petits, beaux ou laids ; à cela nous ne pou-

vons rien ; notre complexion native est un héritage dont nous ne pouvons refuser ni les charges, ni les bienfaits.

Il y a ensuite un élément acquis : Les modifications heureuses ou malheureuses introduites dans notre organisation par le libre exercice de nos facultés natives. L'éducation peut réformer une nature ingrate ; le vice déforme les plus heureuses constitutions ; la vertu transforme tout ce qu'elle touche.

II y a enfin un élément accidentel : L'expression passagère d'un état fugitif de l'àme ; une contraction du visage, un mouvement delà main, un sourire, une larme, un salut, que sais-je encore ?

On n'a pas plus le droit de confondre ces éléments qu'on n'a le droit de les supprimer. A eux trois ils constituent tout l'homme extérieur. Le devoir du physiognomoniste est de n'en négliger aucun et de demander à chacun d'eux rien que les renseignements, mais tous les renseignements qu'il peut fournir sur la nature de l'homme intérieur.

Que signifie l'élément inné? A quoi peut servir, pour la connaissance de l'âme, l'étude de la conformation du corps ?

Que signifie l'élément acquis? Quel jour peut jeter sur le mystère de la vie intime, l'étude des déformations ou des transformations voulues de la constitution native?

Que signifie l'élément accidentel? Quels états psychologiques révèlent, à l'instant oii ils se produisent, les mouvements expressifs du corps ?

La physiognomonie, pour épuiser son programme doit donner à toutes ces questions une réponse précise et claire.

271. D'où viendra la lumière ? — Qui fournira les éléments de solution de ces graves problèmes?

Le premier est évidemment du ressort des sciences médicales. Seul un anatomiste de profession doublé d'un physiologiste peut décrire avec compétence les formes et les

mouvements du corps ; et ce n'est qu'en s'appuyant sur le résultat positif de ses patientes études que le philosophepourra se flatter d'entrevoir les rapports de la conformation physique et de la qualité des facultés de l'âme.

Le second est plus spécialement du domaine des sciences morales. Mieux que tout autre un observateur attentif des phénomènes si délicats de la vie intérieure est en mesure de noter les modifications qu'ils font subir à la vie extérieure ; plus que personne au monde un moraliste de profession peut signaler sur le visage et sur d'autres parties du corps les impressions durables qui révèlent les tendances d'une âme et permettent par conjecture de reconstituer en partie son histoire.

Le troisième constitue l'objet propre de la mimique dont le but est précisément de découvrir les rapports des impressions actuelles de l'âme avec des mouvements passagers du corps.

272. Où en sommes-nous? — L'anatomie et la physiologie ont fait de nos jours d'étonnants progrès. Tous nos organes ont été examinés, disséqués, mesurés, mis à nu, avec une dextérité, une méthode, une patience vraiment admirables. La conformation du corps de l'homme n'a plus de mystère. Et l'âme? connaissons-nous enfin la relation de ses qualités natives avec les diverses formes de l'organisme ? Sommesnous en état, par l'inspection scientifique du corps, de préjuger les aptitudes de l'esprit et du cœur? Y a-t-il des formes et des qualités organiques adaptées aux divers degrés de perfection des facultés spirituelles ? Est-il possible à un homme de dire avec certitude d'un de ses semblables, dont il s'est contenté de mesurer et d'analyser les organes : c'est un génie ou un crétin, un saint ou un scélérat?

Si vous avez seulement parcouru les œuvres les plus vantées de nos modernes phrénologues, vous êtes fixés.

Leurs descriptions peuvent être fidèles, leurs statistiques intéressantes, mais leurs conclusions toujours incertaines ont été mille fois infirmées par des expériences décisives. Qui donc oserait se déclarer aujourd'hui disciple de Gall? Quel savant a jamais pris au sérieux les impertinentes divagations du criminaliste Lombroso? Non, les rapports de la conformation et des aptitudes ou défauts, ne sont pas connus, et les philosophes médecins qui de nos jours ont essayé de les définir, n'ont guère fait que revêtir d'une forme en apparence scientifique les élucubrations Imaginatives des astrologues du moyen âge.

Plus modeste a toujours été l'ambition des vrais moralistes. Persuadés que l'être de l'âme est indépendant de celui du corps, ils ont renoncé à demander aux qualités de celui-ci la révélation des aptitudes de celle-là ; mais avertis par l'expérience que l'esprit, en agissant de telle ou telle façon, modifie de telle ou telle manière, les formes accidentelles de l'organisme, ils se sont attachés à noter ces modifications à mesure qu'elles se produisent. Ils n'ont pas pu ne pas constater que le fréquent usage delà méditation, par exemple, marque le visage d'un pli qui manque aux traits de l'homme sans idées ; ils n'ont pas pu ne pas voir que la physionomie de l'homme esclave de la volupté ou de la colère a des signes qui la distinguent de celle de l'homme chaste de vie et doux de cœur ; ils ont constaté que les traits de la vertu ne sont pas ceux du vice, et que chaque créature raisonnable porte sur tout son être extérieur les traces visibles de l'usage qu'elle fait de la vie. Forts de ces observations, ils ont entrepris de fixer les lois morales de ces transformations voulues de l'organisme, et se sont tlattés de lire sur la physionomie de leurs semblables la manifestation de leurs dispositions habituelles, et de reconstituer, par divination, sinon leur vie tout entière, du moins les mouvements qui l'agitent et les impulsions qu'elle subit.

Pour se rendre compte de l'intérêt et du sérieux de pareilles études, il faut lire attentivement les écrits des philosophes modernes, croyants ou incrédules, qui ont entrepris d'éclairer les problèmes de l'âme en mettant à profit les lumières fournies par la science du corps. On aurait grand tort, malgré les nombreuses erreurs qui si souvent les déparent, de traiter à la légère les œuvres remarquables à tant de titres de Lavater i, de Bell 2, de Darwin ^, de Montegazza *, de Piderit ^, de Ledos ^, de Ribot ''. Tous ont des écarts d'imagination ou des préventions doctrinales ; rien ne nous oblige à les suivre jusqu'au bout. Mais tous ont recueilli des faits incontestables, et exposé avec talent des vues originales. Qui nous empêche d'en profiter?

Mais c'est surtout quand il s'agit d'interpréter l'élément purement accidentel de la science physiognomonique, et de découvrir les rapports des jeux musculaires avec les sentiments et les passions, que l'étude de ces savants auteurs se recommande et s'impose. Sur le terrain nettement circonscrit des phénomènes mimiques, nous n'avons qu'à gagner à nous constituer leurs disciples. Pas une impression de l'âme dont ils n'aient observé l'expression' fugitive sur les organes du corps ; pas un sentiment dont ils n'aient minutieusement décrit, dessiné, photographié la manifestation

1. Lavater, L'art de connailre les liommes d'après la physionomie. L'édition à consulter est celle donnée en 1820, en dix volumes, par Moreau.

2. Charles Bell, Anatoniie et physiologie de l'expression. 1844, 3« édition

3. Charles Darwin, l'Expression des émotions chez l'homme et les animaux. Traduct. française par MM. S. Pozzi et R. Benoît, Paris 1874.

4. P. Montegazza, la Physionomie et l'expression des sentiments, Paris, Alcan, 1889.

5. D''Th. Piderit, IsiMimiqueet laphysiognomonie, Paris, Alcan, 1888.

6. Eugène Ledos, Traité de la physionomie humaine, 1 vol. grand in-80 avec 115 dessins de l'auteur, Paris, Oudin, 1894.

7. Th. Ribot, La Psychologie des sentiments, Paris, Alcan, 1896.

vivante à l'aide des mouvements des muscles expressifs. Grâce à leurs travaux la mimique est devenue une véritable science, et il est possible à un observateur attentif qui s'est assimilé leur enseignement, de lire sur le visage de ses semblables, nettement exprimés, les passions qui les agitent et les sentiments qui font battre leur cœur. Les larges emprunts que nous ferons à l'œuvre de plusieurs d'entre eux en fourniront la preuve évidente.

LESTHETIQUE DES MOUVEMENTS

273, Que la vérité n'est pas toujours la beauté. — La mission de dire à quelles conditions un mouvement naturel et expressif peut devenir beau revient de droit à l'esthétique. L'artiste doit achever l'œuvre de l'anatomiste et du psychologue.

En nous livrant les secrets du merveilleux mécanisme de nos organes, l'anatomiste nous permet de respecter sciem ment les lois qui régissent les mouvements musculaires, et par conséquent d'être partout et toujours naturels, dans nos gestes et nos attitudes.

En nous faisant connaître les rapports précis des jeux musculaires et des affections de l'âme, le philosophe nous apprend à donner à notre physionomie la composition qui traduit exactement notre état psychologique et rend par là même véritablement expressifs tous nos mouvements corporels. L'un et l'autre ont pour but de nous établir dans la vérité.

Mais la vérité n'est pas toujours la beauté. Sans doute un geste ne sera jamais beau s'il n'est tout d'abord naturel et expressif, le naturel et l'expression étant indispensables à la vérité, et la vérité sera toujours — c'est le moins qu'on puisse dire, — la première condition indispensable de la

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beauté ; mais un geste peut être tout à la fois et éminemment, naturel et expressif,«et demeurer vulgaire, et être même inconvenant et laid. On peut exprimer avec une clarté souveraine un sentiment très ordinaire ; on peut rendre à la perfection des idées mesquines ou malsames.

La beauté est plus haut ; le beau est dans le vrai sans doute, mais dans le vrai resplendissant et pur, qui élève et qui ennoblit. L'art vit d'aspirations généreuses ; sa mission est de saisir et de rendre tout ce qui est grand, tout ce qui brille et purifie; son devoir est d'être vrai, mais son honneur est d'être sublime. Il faut au véritable artiste de la technique et un idéal : de la technique pour rester vrai, et un idéal pour devenir sublime. La technique du parler muet de la vie, nous savons où la prendre ; mais son idéal, qui nous le révélera?

274. Esthétique naturelle. — L'art plastique en réalité est inhérent à notre nature, car nous naissons avec la faculté de revêtir nos form.es et nos mouvements des caractères de la beauté. Il y a pour la mimique une esthétique spontanée. De qui l'enfant tient-il les grâces de son sourire et l'éloquence de ses charmes ? A qui le pâtre du Latium empruntet-il le secret de ses attitudes olympiennes? Qui a donné à la physionomie de l'homme du peuple la puissance de rendre avec tant d'éclat les plus nobles sentiments et les passions les plus généreuses? Qui donc conduit la main de l'orateur illettré, lorsque, sous l'action de la passion qui l'anime, il dessine si heureusement le geste qui électrise son auditoire? Et à quelle loi obéissons-nous nous-mêmes, dans le cours ordinaire de la vie, en exécutant les mouvements destinés à compléter et à embellir notre parole? — L'instinct, la nature, le voilà l'inspirateur et le régulateur habituel des mouvements esthétiques. « Il est évident que l'étude de la mimique rend tout aussi peu un homme artiste que l'étude

de l'anatomie. La représentation du beau et de l'idéal exige, outre la technique, un goût et un tact artistiques que l'on ne peut ni étudier ni enseigner i. »

L'art de mimer est donc essentiellement un don naturel; il faut à qui réalise dans ses gestes et ses attitudes l'idéal de la beauté, des aptitudes natives que rien ne supplée ; on naît artiste, on ne le devient pas. De ce fait incontestable, sommes-nous en droit de conclure à l'inutilité de l'étude de la mimique? Certes non. L'éducation a souvent pour résultat de paralyser ou de fausser le jeu spontané des facultés naturelles ; que de parleurs très bien doués au point de vue du langage des mouvements ont contracté des habitudes détestables dont ils ont le devoir de se corriger ! La nature de son côté ne nous donne que des aptitudes, et ces aptitudes pour se développer ont besoin de culture, de surveillance, d'entraînement. Les formes esthétiques que chacun de nous peut découvrir sont toujours en petit nombre ; celles que nous sommes capables de reproduire, quand passe sous nos yeux un modèle qui nous les révèle, sont en nombre illimité.

275. Le rôle des maîtres.— Et c'est ici que se place naturellement le rôle des maîtres. Rectifier et développer le jeu de nos facultés natives, c'est leur mission. Ces maîtres sont, nous l'avons dit, les sculpteurs, les peintres et les orateurs.

Ils sont, eux, admirablement pourvus de dons de nature, et un travail intelligent et opiniâtre leur en fait tirer un parti souvent merveilleux. Quel idéal d'humaine beauté dans l'âme d'un Raphaël et d'un Michel-Ange ! Quelle intensité de vie expressive dans le cœur d'un Bossuet et d'un Lacordaire ! Est-il une forme vraiment esthétique que les premiers aient été incapables de concevoir? Est-il un mou-

-1. D'- Piderit, op. cit., p. 29.

vement vraiment éloquent que les seconds n'aient pu reproduire? Ah ! s'il était possible à l'orateur de se constituer leur disciple ou le disciple de qui leur ressemble. Mais hélas ! ces maîtres sont morts, et où sont-ils ceux qui leur ressemblent?

Raphaël et Michel-Ange se survivent en partie dans des œuvres immortelles. D'une main puissante, presque créatrice, ils ont fixé sur la toile ou dans le marbre quelquesunes de leurs conceptions les plus sublimes. Qui nous empêche de demander à l'étude de leurs chefs-d'œuvre la science des plus belles formes que l'être humain puisse revêtir?

Bossuet et Lacordaire ne sont pas morts tout entiers. Leur action était trop puissante pour disparaître avec eux. Ceux qui les ont vus ont gardé, de l'élément périssable, le meilleur assurément de leur éloquence, le mouvement et la vie, un souvenir ineflaçable ; et ce souvenir ils se sont efforcés de le reproduire à l'aide de la plume, du burin et du pinceau. Et où donc mieux que dans ces descriptions^ ces dessins et ces tableaux pourrons-nous découvrir cet idéal de grâce, de dignité et de grandeur dont ils furent, de leur vivant, les si puissants interprètes ?

Ce que nous avons dit de Raphaël et de Michel-Ange, on peut le dire de la plupart des peintres célèbres, et d'un grand nombre de sculpteurs de renom. Presque tous nous ont laissé, idéalisés par leur génie, des types humains où ils semblent n'avoir employé de forme et de matière que ce qu'il en faut pour exprimer l'âme.

Ce qui est vrai de Bossuet et de Lacordaire, l'est aussi des grands orateurs de toutes les causes et de tous les siècles. Bien peu ont disparu sans léguer à la postérité le souvenir d'une attitude préférée, d'un geste particulièrement expressif, d'un mouvement caractéristique de leur éloquence.

Le beau traité de mimique qu'on pourrait composer rien

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■qu'en reproduisant dans une publication illustrée, bien choisis et bien classés, les chefs-d'œuvre d'expression réalisés par le génie des sculpteurs et des peintres, commentés par la reproduction fidèle de la physionomie vivante des grands orateurs !

276. Appel au Conservatoire. — Si quelqu'un a l'obligation rigoureuse de faire siennes, par une étude méthodique et persévérante, toutes les ressources du langage des mouvements, assurément c'est bien l'artiste dramatique, l'être impersonnel dont c'est la mission de jouer tous les rôles et de faire tous les personnages. Personne au monde n'est plus que lui tenu de parler aux yeux, et de demander au corps d'exprimer les conceptions et les passions de l'âme. Le héros qu'il met en scène, il le représente, il l'est, bien plus par les traits qu'il lui prête que par les paroles qu'il récite en son nom ; il faut à l'artiste une étonnante puissance de transformation. Aussi lui apprend-on de bonne heure à régler tous ses mouvements et à composer son extérieur selon les exigences des divers rôles qu'il doit remplir; il s'habitue, sous le regard de professeurs expérimentés, à prendre toutes les attitudes ; il s'étudie à donner aux traits de son visage l'expression des sentiments et des passions dont il est l'interprète ; il a le constant souci de revêtir les formes et de reproduire les gestes des personnages qu'il joue.

Ce ne serait donc pas se tromper d'a'dresse que de frapper à la porte du Conservatoire pour demander aux maîtres de nos futurs artistes des leçons de maintien, de physionomie et de geste ; et la pensée de charger un artiste de l'enseignement delà mimique, n'aurait rien que de naturel. Mais le moyen d'initier le lecteur aux secrets du Conservatoire, et de lui procurer les conseils d'un maître?

L'école des artistes, comme toutes les écoles vit de traditions. Là autant, sinon plus qu'ailleurs, doit être vivant le

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-culte des gloires du passé el des illustrations de l'heure présente ; on y conserve sans aucun doute le souvenir des morts illustres, on raconte leurs succès, on explique leurs ■créations. Il doit exister quelque part une collection de portraits d'artistes célèbres pris sur le vif, dans le feu de l'action ; et il n'est pas possible qu'on n'ait pas songé à mettre sous les. yeux de leurs futurs émules l'image parlante de ces glorieux devanciers. Les éducateurs officiels des aspirants comédiens ne peuvent pas ne pas être rompus à tous les jeux des mouvements expressifs. Tls connaissent les règles déterminées par l'expérience, et ils ont toute facilité pour surprendre le secret de l'action des rois ■du théâtre.

Serait-il donc impossible d'obtenir de l'un d'entre eux qu'il consentit à exécuter en présence d'un photographe la série classique des exercices d'entraînement auxquels il soumet ses élèves? Serait-il si difficile à un artiste éminemment doué au point de vue plastique de reproduire, dans les mêmes conditions, les belles créations mimiques des grands artistes ses émules et les siennes ?

"277.063 dessins surtout. — On ne décrit pas un beau geste, on le montre. Pour s'initier à la technique comme à l'idéal de l'art mimique, il ne suffit pas de lire, il faut voir. Les artistes écrivent peu, mais ils agissent beaucoup. Lestraitésde physionomie signés de noms illustres dans la sculpture •et la peinture sont en très petit nombre tandis que les chefsd'œuvre des peintres et des sculpteurs encombrent nos musées et s'offrent à tous les regards, indéfiniment reproduits. Négligeons ces traités, leur valeur est minime ;i mais regardons ces œuvres, elles font parler la vie.

1. Lebrun, Conférences sur l'expression des divers caractères des passions. Paris, 1667, in-4''. Ces conférences ont été réimprimées dans l'édition de Lavater par Moreau en 1820. — Du même auteur: Exprès-

Les comédiens de leur côté ont rarement songé à composer des traités de mimique, mais ce qu'ils décrivent si difficilement ils l'exercent activement sur tous les théâtres et ils l'apprennent pratiquement dans des écoles fermées. Nous savons à quelle condition ces écoles pourraient s'ouvrir et comment la publication opportune d'une série d'instantanés permettrait au grand public de bénéficier des enseignementsdu Conservatoire et de mettre à profit les leçons des gens de théâtre.

278. Résumons-nous et concluons. — Le lecteur qui a consenti à nous suivre, peut avoir une idée plus nette de la nature et de l'importance de ce que nous avons appelé le langage de la vie. Il a pu se rendre compte du rôle capital joué dans toutes les manifestations de l'âme par la parole silencieuse qui, partout et toujours, explique, commente et parfait, en s'adressant aux yeux, la signification de la parole résonnante qui frappe l'oreille. Il n'est plus tenté — nous en sommes sûrs — de méconnaître la puissance expressive du langage du mouvement, et le voilà fermement résolu, — c'est du moins notre espérance — à ne rien négliger de ce qui lui permettra d'en utiliser toutes les ressources.

Quel dommage que nous n'ayons pas à lui mettre immédiatement dans les mains, un livre élémentaire, où les principes de la « langue éternelle de l'humanité » seraient expliqués avec méthode et beaucoup d'images en peu de mots l

Un pareil livre n'existe pas.

Le lecteur sait du moins où se puisent les éléments d'une science qu'il estime. Il sait quel travail s'impose à qui voudra lui donner le manuel qui doit venir.

Un pareil livre paraîtra-t-il bientôt?

sions des passions de Vânie, in-folio, publié par A. Suntach. — Léonard de Vinci, Traité de Peinture, Wûrnberg 1724 ; G. Battista de Rubeis, l)ei rilratti, ossia tratlato per cogliere le fisiononiie. Paris 1809. Imprimé en italien et en français.

L'entreprendre serait louable. La plupart des matériaux qui doivent y entrer ont été recueillis et élaborés par les savants spécialistes dont les travaux servent comme d'introduction à la science de la mimique. Reste à les réunir à pied d'œuvre et à les faire entrer dans une construction régulière et solide.

Le plan s'impose : il est indispensable d'étudier tout d'abord les mouvements mimiques dans leur ensemble ; il y a lieu de décrire ensuite en détail le jeu des muscles de la face, et il convient de finir par l'analyse des mouvementsexpressifs des extrémités.

Un bon traité de mimique doit parler du maintien de la physionomie et du geste.

La mise en œuvre est des plus simples : des descriptions très sobres et des illustrations très riches ; beaucoup d'images et peu de mots, nous n'avons plus à dire pourquoi.

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