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toute son habileté de lecteur, avec des intonations graves ou caressantes, des clignements d'yeux, des remuements de tête ou d'épaules, pour nous intéresser à l'élan de son drame. Hélas ! l'âme de ses héros ne nous touchait pas du tout. Pendant qu'à de courts intervalles les trains roulaientdevant ma porte, dans le ravin de l'avenue, nous nous endormîmes sur nos chaises. Lacroix lisait toujours, sincère et passionné. Dans le feu de sa lecture, il frappa la table d'uu coup de poing terrible ; et nous nous réveillâmes en sursaut, surpris de nous trouver là, dans la pénombre de mon cabinet, devant le père Lacroix qui, parmi les clartés de ma lampe, secouait sa barbe et sa crinière et de son poing furieux cognait mon cartable. Nous eûmes un moment d'hésitation. Il ignorait évidemment que des amis, ce soir, étaient contraints par politesse de subir le torrent de ses vers et de sa prose. L'un de nous, pourtant, tira sa montre de sa poche. Tout à coup, il tressaillit d'impatience dans son fauteuil, et sans faire attention à Lacroix qui débutait une tirade, il s'écria :
— Minuit ! Minuit !... Nous manquerons le dernier train !
Lacroix lisait toujours. Il nous fallut véritablement l'arracher au tourbillon de son drame.
— Ce n'est pas que je vous chasse, lui dis-je. Mais il est plus de minuit. Le dernier train...
— Eh bien, quoi Pbredouilla-t-il. Qu'est-ce que
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ça peut me faire ! Nous prendrons une voiture. Il avait réponse à tout. La réalité, aussi ennuyeuse qu'elle fût, ne le gênait jamais. Il consentit, néanmoins, à plier bagage. Vite, dans un coup de bourrasque, on chercha les parapluies et les pardessus. Et en avant vers la gare, pour manquer le dernier train !... Celui qui se consola le mieux d'aller à deux kilomètres, jusqu'au cours de Vincennes, fréter un fiacre, ce fut notre infatigable Lacroix qui ne cessa, tout le long du chemin, d'exposer ses grands projets de dramaturge.
Un jour que j'avais reçu des mauvaises nouvelles de sa santé, je me rendis auprès de lui, rue Yernier. La bonne M""* Lacroix me confirma que le mal de son mari, l'emphysème, avait empiré. Jugez donc, il travaillait pendant le jour et pendant la nuit ; ses voisins s'étonnaient de cette maison bizarre, où la lumière ne s'éteignait jamais. Depuis longtemps, on reprochait à Lacroix de se calfeutrer dans les étroites pièces de son cinquième, remplies par la fumée de ses ninas. Le médecin finit par le convaincre de la nécessité impérieuse d'aller, au moins une heure par jour, se promener dans le bois de Boulogne, si proche. Quand je me présentai, en effet, chez lui, il était sorti.
. — Vous devriez aller à sa rencontre, me dit
M™^ Lacroix. Oh ! vous le trouverez au delà de la porte Champerret, tout de suite. Engagez-le à vous suivre dans le Bois : vous, peut-être, il vous écoutera.
Je descendis précipitamment. Après la porte Champerret, je reconnus de loin Albert Lacroix, sur un banc de l'avenue Bineau. Avec son pantalon à carreaux gris, sa redingote à longs pans, son lourd chapeau melon qui lui entrait jusqu'aux oreilles, il semblait un chemineau las, ennuyé de regarder au passage les charrettes et les voitures qui l'environnaient parfois d'un nuage de poussière. Dès qu'il m'aperçut, il se mit à tousser, parce que, dans sa joie, il avait voulu me dire bonjour. Bien entendu, il refusa toute escapade vers le Bois, alléguant qu'il avait déjà perdu trop de temps. Et il me fallut l'accompagner jusqu'à son cinquième.
Là, s'essayant dans un fauteuil, il trahit une émotion de découragement :
— Ça ne va pas. Mais il ne faut pas alarmer ma femme. Mes forces ne reviendront plus. Et moi qui aurais encore tant à faire 1 Ah ! ma jeunesse, ma trop brève saison de hardiesse, où je m'en allais, sans le sou, trouver Victor Hugo à Guernesey!...
Je profitai aussitôt de l'aubaine. J'interrogeai :
— Goipmentavez-vous connu Victor Hugo ?
— C'est bien simple. Je n'avais pas d'argent, ou si peu, et je voulais faire fortune, en montant
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une maison d'cdition qui ne publierait que de belles œuvres. De Bruxelles, je soumis à l'illustre poète mon désir de publier, aux conditions fixées par lui, ses Misérables, dont tout le monde s'occupait depuis des années. J'étais pour lui un inconnu, personne ne me recommandait à sa bienveillance. 11 me répondit franchement qu'il n'était engagé vis-à-vis d'aucun libraire, qu'il acceptait en principe ma proposition, mais qu'il préférait en discuter de vive voix que par correspondance. Il me conseillait donc de me rendre à Guernesey aussitôt que possible, et il m'offrait chez lui l'hospitalité.
J'exultais de bonheur, vous pensez bien. Sans retard, je partis. A Guernesey, quelle surprise fut la mienne de voir qu'à la maison de Victor Hugo personne ne m'attendait ! Avais-je exactement compris les intentions du maître ;^ En cas de malentendu, ne commettais-je pas une indiscrétion?... C'était presque le soir. Dans le vestibule d'entrée, j'eus le loisir d'admirer des moubies étranges, des colonnes de bois, des bustes, fabriqués par Victor Hugo lui-même. Une servante m'introduisit enfin dans un salon qui, tout au fond d'un couloir, ofiVait quelque chose de solennel, d'un peu froid, triste : là encore, des meubles assez lourds, mais pittoresques, travaillés par la main robuste et Imaginative du poète. Bientôt, il vint à moi avec la simplicité la plus touchante, et il m'invita douce-
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meDt à me croire chez lui comme chez moi. Malgré tout, durant mon séjour, je ne me sentis pas à mon aise. D'abord, je constatai qu'une cordialité seulement correcte unissait bourgeoisement la famille, assez nombreuse. Dans le ménage, tout marchait, sous la surveillance et la responsabilité de M™*" Hugo, avec une discipline rigoureuse. Les deux femmes, M""^ Hugo et M'"^ Doucet, et cela était bien naturel, n'avaient pas l'air de s'affectionner beaucoup. A table, Victor Hugo ne parlait guère ; il régnait. Après chaque repas, il s'en allait à la cuisine manger deux ou trois petits morceaux de charbon, prétendant que ce dessert lui nettoyait merveilleusement l'estomac. Vous savez qu'il avait un appétit puissant et soutenu. Quelquefois, il pelait une orange, il la mettait dans sa bouche, et on ne la voyait plus. Vraiment, il était en toutes choses prodigieux de .convoitises et de forces. Il ne posait pas ; il avait naturellement un maintien de noblesse.
Je n'osais aborder la qxieshon Aes Misérables, tant qu'il n'en soufflait mot. Pendant deux jours, il m'amena dans l'île avec une courtoisie gracieuse me promener ; et nous revenions chaque fois aux endroits les plus familiers à ses yeux, presque toujours sur le bord de l'Océan, qu'il contemplait avec une jouissance avide. Le matin du troisième jour, il me ht appeler chez lui, tout en ha^it de la maison, dans son vaste atelier
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sonore, muré de blancs vitraux, d'où il avait sur les rochers et sur les verdures de l'île, ainsi que sur la mer, la vue la plus magnifique. Cette pièce était modestement meublée : un large divan en occupait un des côtés ; son lit se trouvait dans une sorte d'alcôve.
Il m'accueillit gravement, la main tendue, et d'une voix souveraine, il me dit :
— Asseyez-vous là. J'ai préparé des feuilles de papier timbré. Nous allons rédiger notre contrat. Si vous acceptez mes conditions, nous échangerons nos signatures ; si vous ne les acceptez pas, je n'aurai qu'à déchirer ces feuilles.
Docile, frémissant d'orgueil, je m'assis à une petite table, qu'il m'avait désignée du doigt. La tête penchée vers les feuilles blanches, j'attendis, non sans anxiété, les paroles solennelles qui constituaient pour moi une sentence. Notez que je ne possédais pas, comme éditeur, un centime ; mais j'étais sûr, une fois que je tiendrais dans ma poche la signature de Victor Hugo, de trouver facilement, n'importe où, les sommes nécessaires. Et dame !... La somme fut élevée. Victor Hugo me dicta d'une voix tranquille et ferme, en articulant chaque mot, ses conditions impériales. D'abord, je m'engageais à lui verser par acomptes, au fur et à mesure de la remise de son manuscrit, un million ; il m'imposait l'obligation de publier l'ouvrae-e en un nombre déterminé de volumes ;
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il se réservait le droit d'en recouvrer la propriété après dix ans de publication par ma librairie ; il spécifiait également son droit d'en corriger les épreuves jusqu'à complète satisfaction de sa part. Et encore d'autres contraintes qu'il m'infligeait, que j'ai oubliées, ou qu'il est inutile de vous signaler.
J'accédais à toutes ses exigences. Du reste, il ne manquait pas de libraires solliciteurs ; il savait que j'avais besoin de lui. S'il consentait à traiter avec moi, c'est que mon courage et mon enthousiasme lui avaient plu. J'admirais, en mon âme de commerçant, combien il l'était plus que moimême. Son génie se manifestait de toutes les manières. Il avait, en son expérience d'auteur, prévu tout, même les retards d'impression, d'envoi des épreuves, et le succès du livre qui pourrait supporter des éditions successives et différentes, chacune pleine de bénéfices* certains.
Lorsque la rédaction du contrat fut achevée, il s'approcha de moi, me mit familièrement la main sur l'épaule, et de sa voix profonde me dit :
— Etes-vous content ?
Je n'osai lever la tête, dans la crainte de trahir l'inquiétude qui troublait un peu ma joie. M'etforçant alors de ne montrer qu'une émotion de gratitude mêlée de modestie, à laquelle je savais bien qu'il serait sensible, je répliquai :
— Je suis très content et très fier.
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— A présent, cédez-moi votre siège une seconde. Il me remplaça sur la cathèdre au dossier arrondi,
choisit parmi ses plumes d'oie la plus neuve, et sans hâte, d'une main si helle dans sa vigueur et sa délicatesse, il traça son nom. Puis, il se leva :
— A vous, monsieur Lacroix 1...
Lorsque à mon tour j'eus signé, il sécha luimême sur le buvard les feuilles, les plia soigneusement, et me les remit :
— Serrez-les dans votre poche, me dit-il. Dès que je pourrai vous envoyer une partie de l'ouvrage, je vous en informerai.
— Permettez-moi de souhaiter que ce soit prochainement.
Il me répondit par un geste de discrétion, et m'amena vers l'un des vitraux, pour me montrer là-bas, dans la lumière du soleil, la mer calme et bleue. Il ne me paria plus des Misérables. Je redevins l'hôte, presque le bon camarade, dont le maître connaissait la sincérité et le dévouement. Il me tardait cependant de repartir pour Bruxelles, deme jeter dans l'élaboration de mon œuvre d'éditeur. Le lendemain, je m'embarquais pour le Havre. Il me souvient toujours que sur le pont du bateau, fouetté par un vent frais qui plaisait au feu de mon visage, je pressais de temps à autre mon trésor dans ma poche jalousement.
— Un trésor, en effet, qui provoqua votre fortune, n'est ce pas ? lui dis-je.
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— Oui, mon ami, j'ai gagné un million avec les Misérables. Seulement, je ne sais pas, ajouta M. Lacroix en souriant, si Victor Hugo apprit le chiffre miraculeux de mes bénéfices. Il me le fit payer. Car, quelques années après, il m'infligea l'Homme qui rit. Et, avec cet homme, j'ai perdu cinq cent mille francs. C'était un peu cher.
Un matin que j'avais d'assez bonne heure achevé une course dans le quartier Péreire, je m'en fus rue Yernier surprendre papa Lacroix. Dans l'escalier, presque au cinquième, je rencontrai sa fille qui, fourmi toujours laborieuse, portait des vivres en son ménage. Elle redescendit une minute après, pour rejoindre sa mère dans une église, à une cérémonie d'enterrement qui devait les tenir jusque vers trois heures.
Je trouvai M. Lacroix à demi couché sur la grande table de la salle à manger, parmi des livres ouverts, livres d'histoire, d'archéologie, de philosophie et de voyages. Il était absorbé dans la préparation de son Histoire universelle, et si profondément qu'il ne m'avait pas entendu entrer. A ma vue, il se mit à rire de plaisir, et me dit :
— Je suis seul aujourd'hui. Vous déjeunez avec moi.
— Non, merci. Ça vous dérangerait...
— Au contraire. J'aibesoin de bavarder. D'abord,
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il faut que je fasse un peu de toilette ; ensuite, vous verrez .
Devant un miroir suspendu à un petit clou de la fenêtre, il essaya patiemment, et avec une maladresse infinie, de tailler, d'égaliser les bouquets rebelles de sa barbe rousse, et puis les touffes de ses cheveux sur le front, autour de ses oreilles, même sur la nuque, à tout hasard. Ce travail difficile dura pas mal de temps. 11 soupirait de fatigue, tirait la langue, frappait brusquement des pieds, en signe de dépit et de douleur, quand la pointe des ciseaux entamait sa peau. Mais, comme il ne doutait de rien, il se déclara satisfait de son opération.
Ensuite, après une discussion interminable à propos des chances qu'il avait de caser son histoire chez tel ou tel éditeur, nous fîmes la popote. Pendant que je pelais des pommes de terre, il mit à griller dans une poêle à trous une bonne quantité de grains d'un café délicieux, qu'un ami lui expédiait tous les trois mois du Congo. Des œufs sur le plat, une côtelette de veau, un morceau de fromage. Nous déjeunâmes comme des rois. Lorsque, dans la fumée de ses petits ninas, il eut une fois de plus évoqué la belle saison de sa fortune et renouvelé qu'il ne regrettait rien des imprudences et des témérités d'une destinée qu'il avait vécue aussi noble et charmante qu'un rêve de poète, nous passâmes, tout à côté, dans son étroit
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cabinet de travail, tapissé de livres, garni de chaises, d'escabeaux et de banquettes.
C'est là, au milieu de ses reliques de libraire, qu'il couchait, ainsi qu'un explorateur sous sa tente, ayant réduit les limites de son activité à quelques mètres carrés, d'où il ne sortait, malgré l'ordre des médecins, que très rarement. Debout, tandis que de temps à autre il remontait son large pantalon trop court, il me parla du splendide poème qu'il avait terminé cette nuit. Et avec l'exubérance qui lui était coutumière, semblant entre ses mains fluettes et froides balancer un précieux globe de cristal, il m'exposa l'intention innombrable de son œuvre : une œuvre en vingt-quatre chants, la célébration scientifique et héroïque de la destinée de la terre à travers l'espace, ainsi que sur la terre l'histoire de la destinée de l'homme depuis la première manifestation de son existence animale dans les sables des océans, parmi les bêtes, les plantes et les pierres.
Je crois qu'un moment papa Lacroix oublia nja présence, pour ne suivre dans sa vision des choses et des êtres que la vertu de ses strophes exprimant les mondes d'autrefois et ceux de son rêve. Il me paraissait, en l'ardeur tourbillonnante de son discours, grandir d'une manière étrange, en s'étirant sur la pointe des pieds, en levant les bras au ciel. Car il était de taille petite, maigre, dévoré par l'amour du travail ; il avait les cheveux et la barbe
roussâtres, à peine grisonnants, aussi longs que possible, et passablement en désordre, Sur l'arête aiguë de son nez fort s'agitait un lorgnon léger, par-dessus les verres duquel ses yeux regardaient, bleus et perçants, égarés dans la brume de sa pensée. Au milieu de sa conversation, il retentissait de soudains éclats de rire, comme un enfant ; parfois il me frappait l'épaule ou le bras de tapes assez dures.
Oui, cet homme d'affaires était un enfant. Bien des fois, ilm'a répété qu'il ne regrettait rien de ses générositésmaladroites, et qu'il serait prêta recommencer la vie dans les mêmes conditions, avec la même fougue et les mêmes croyances. Un jour, ne s'avisa-t-il pas de fonder dans un paysage alors inconnu, aujourd'hui fameux, une stationbalnéaire, Saint-Énogat,où il voulut être à la fois le conducteur des ponts et chaussées, l'ingénieur et l'architecte ? Lorsqu'il eut dépensé toute sa fortune à forer des puits, à construire des chemins et à bâtir des villas, on l'obligea de déguerpir. Il n'avait pas su garder un humble toit, pour y abriter sa famille...
Donc, au milieu de son bavardage, tandis qu'il s'exaltait dans la démonstration de son poème, il eut besoin tout à coup de son mouchoir. Bien entendu, il ne le trouva ni dans ses poches, ni sur sa table, dans les fouillis de ses paperasses. 11 essaya de le découvrir derrière le lit-cage qu'il repliait
dans un coin tous les matins ; puis, il s'efforça de pousser une caisse de bois blanc, qui résistait autant qu'un roc de granit.
— Ah ça ! lui dis-je, qu'y a-t-il là dedans ?
— Une fortune, mon ami !
— Vous devriez bien l'en faire sortir. .
— Peut-être. L'heure n'est pas encore venue.,. Et, se redressant pour reprendre haleine, il me
fit une nouvelle confidence.
— Là dedans, soupçonnez-vous ce qu'il y a ?... Des manuscrits que j'ai achetés, voici une trentaine d'années, à des débutants dont les succès n'ont pas démenti mes prévisions. Il y a du Maupassant, du Richepin, du Mendès. du Rollinat, bien d'autres ..
Je demeurai abasourdi un moment, bien que les excentricités de Lacroix n'eussent plus dû m 'étonner.
— Pourquoi ne les publiez-vous pas ? lui demandai-je. Est-ce que vous n'en avez pas le droit ?
— Si î... J'ai parfaitement et raisonnablement payé toutes ces œuvres.* Mais j'attends encore...
Quoi I Qu'est-ce qu'il attendait ? Je n'ai pu le savoir jamais. Le savait il lui mêmei^
— Hé 1 mon ami, reprit-il guilleret, je m'amusais passionnément à observer chez les talents nouveaux les promesses de l'avenir. Je me faisais une gloire et un bonheur d'accueillir les débutants et de les assister de mon mieux. Ils me sa-
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valent d'un accès facile, et ils venaient tous timidement me demander un peu d'attention...
— Quel malheur que vous ne soyez plus libraire !...
— Ah ! mon ami, autre temps, autres mœurs... Il éclata de son rire tumultueux, qui sonnait
comme une cloche fêlée. Et pauvre, déjà vieillissant, il jouissait autant qu'autrefois, lorsqu^il était riche, de répandre chez ses jeunes amis de la jf ie.