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- On a cherché et trouvé, on cherche et l’on trouve
encore les « sources » de Leconte de Lisle. Il n’a pu
écrire ses poèmes, quelquefois fort abstrus et d’un pittoresque déconcertant, qu'après une recherche qui suppose une lecture assez considérable. Presque toujours il s’est adressé aux textes originaux eux-mêmes, ou bien à des livres de première main dont les érudits du temps affirmaient la valeur documentaire. L'usage qu'il en fait n’est pas, du point de vue de l’histoire et de la critique, toujours irréprochable ; et Leconte de Lisle est beaucoup plus un « amateur », passionné d'histoire, que lui-même et ses disciples ne l’ont pensé ; il altère assez facilement les textes, pour donner de l'intérêt au récit ou pour rendre le tableau plus pittoresque. Mais, au total, il comprend assez sûrement tous ces vieux textes, selon les interprétations qui étaient
à la mode alors dans le monde des savants. Ce n’est
que dans les poèmes « chrétiens » que ce souci du document se trouble : la passion ahtichrétienne de Leconte de Lisle était grande et elle n’a fait que s’accroître avec
l’âge. En 1871, il publiera une Histoire populaire du
christianisme, qui est une violente philippique contre l'Église ; cette lecture éclaire bien les noirs poèmes où le poète à évoqué l’enfer chrétien, les papes ambitieux et dominateurs, les moines farouches et sanguinaires,
le triomphe brutal des pires superstitions. Il dessine
l’image de Jésus avec un certain respect (Le Nazaréen) ; mais c’est que, dans sa pensée, il le tient pour mort et qu'il lui fait place auprès des beaux dieux antiques descendus au séjour des ombres ; ou bien, il l’évogue au Jardin des Oliviers, voyant en rêve « la bête écarlate » qui dévore le monde, et épouvanté devant «cette géhenne effroyable, ces flots de sang et cette haine, ces siècles de douleur, ces peuples abêtis ». Ces visions hallucinées plaisent à sa passion, qui ne pardonne point,
4. Idées esthétiques et philosophiques. — « Barbares ». ou « antiques », ces poèmes et ceux qui les accompagnent sont conçus et écrits d’après une esthétique très « réfléchie ». Leconte de Lisle a plusieurs fois formulé ses idées : en 1852 et 1855, dans des préfaces, mises ensuite de côté, et qu’a recueillies un livre posthume ; en 1864, dans une série d’articles sur les poètes contem: porains ; en 1887 enfin, dans son discours de réception à l’Académie française. Pendant ces trente années sa doctrine n’a point varié ; elle ne fut pas un prograrnmé de rencontre, et provisoire : elle répondait aux besoins les plus forts de l'intelligence du poète.
Ses formules sont hautaines et dédaigneuses. Il condamne durement le sentimentalismé romantique, la poésie de propagande sociale, les hymmes scientifiques, tout ce qui est marqué de l'empreinte trop immédiate des soucis modernes ; sa propre pensée, il l’enveloppe dans des formules hiératiques qui ont quelque: fois paru obscures, parce qu’elles sont très pleines de sens. Mais on reconnaît bien vite trois couches d'idées assez différentes, qui correspondent à des développements successifs de la pensée du poète ; les plus ancien: nes ont été recouvertes, mais des affleurements très caractéristiques les signalent. Il y à d’abord l’idée que le poète est un « instituteur du genre humain », qu’il a un « apostolat », une mission à remplir dans la société moderne. Cette idée apparaît surtout dans la préface de 1852, écrite à une époque où Leconte de Lisle vibre encore au souvenir de ses rêves fouriéristes. Maïs il renvoie à plus tard, à un moment perdu dans le lointain des temps,cette union souhaitée de «l’action et du rêve» s elle se réalisera le jour où l'humanité, délivrée des autocraties, sera reédevenue maîtresse de ses destinées ; en attendant le poète se réfugiera « dans la vie contemplative et savante », en un « sanctuaire de repos et de