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purification ». Cela ne l’'empêchera pas d’ailleurs de
« rentrer dans la voie intelligente de l’époque » et de concourir à l’« élaboration des temps nouveaux »: il peut aider à la recherche positiviste des « titres de l’intellisence humaine ». Il y à là une seconde couche de pensées, très profonde, qui correspond à l'influence des doctrines historiques et critiques d’« une génération savante ». En étudiant le passé, en évoquant les dieux morts, le poète renouvellera « le fonds pensant » de l'humanité. L’archaïsme n’est tel qu’à l’apparence : «Les œuvres qui nous retracent les origines historiques, qui s’inspirent des traditions anciennes, qui nous reportent au temps où l’homme et la terre étaient jeunes et dans toute l’éclosion de leur force et de leur beauté, exciteront voujours un intérêt plus profond et plus durable que le tableau daguerréotypé des mœurs et des faits contemporains » Des siècles d’histoire sont à rayer pour que l’humanité soit heureuse. L’avenir est dans le passé, dans un passé si lointain que l’homme ne le comprend plus. C’est la tâche du savant et du poète de le faire comprendre et d’en faire aimer l'image.
Et enfin, — couche la plus récente de convictions, et la plus épaisse, — Leconte de Lisle donne une adhésion entière à la doctrine de l’Art pour l’Art. L'art est un « luxe intellectuel » ; « le monde du Beau est un
- infini sans contact possible avec toute autre concep-: tion... Le Beau n’est pas le serviteur du Vrai ». La
contradiction avec les prémisses n’est qu'apparente,
‘car aussitôt Leconte de Lisle définit le poète un « créa- - teur d'idées, c’est-à-dire de formes visibles ou invisibles,
d'images vivantes ou conçues », qui « doit réaliser le Beau dans la mesure de ses forces et de sa vision interne par la combinaison complexe, savante, harmonique, des lignes, des couleurs et des sons, hou moins que par
toutes les ressources de la passion, de la réflexion, de
la science et de la fantaisie ».
La « beauté sensible » est nécessaire à l’œuvre d'art;
mais l’œuvre d’art doit être en même temps, et avant
tout, une création intellectuelle. C’est ainsi qu’elle atteindra cet idéal difficile qui permet d’unir « la science et
l’art ». Dès lors on ne saurait comprendre que le poète : soit impassible. La forme dans iaqueille Leconte de . Lisle fixe ses pensées est hiératique, pure, froide ; :
mais il est passionné, et son œuvre est emportée tout entière par un grand élan de passion ; il est vrai que c’est une passion intellectuelle, et point de l'émotion sentimentale : la description des ivresses de l’amour ou de ses désespoirs n’est pas l'aliment dont l'humanité moderne a besoin. Comment s'étonner de ce que, avec ces théories, presque tous les poèmes de Leconte de
Lisle, et ses paysages et ses descriptions d'animaux comme ses évocations historiques, soient avant tout :
des confidences intellectuelles ? « Toute vraie et haute poésie contient, dit-il, une philosophie, quelle qu’elle soit, aspiration, espérance, foi, certitude ou renoncement réfléchi et définitif au sentiment de notre identité
survivant à l'existence terrestre ». Sa philosophie à :
passé par toutes ces étapes ; et ses poèmes traduisent
les émois successifs de son intelligence, le découragement :
progressif de sa pensée devant ia vision de l'univers que donnait la science moderne.
I avait« recherché Dieu »et il ne l'avait point trouvé; il avait eu une foi sociale et il l'avait jugée inefficace et insuffisante ; il avait aimé la aature, puissante et bonne, il avait fini par comprendre son indifférence qui est comme une vraie méchanceté. Autrefois, sur
les montagnes de l’île natale, il entendait passer dans
le vent de la tempête les désirs de sa jeunesse, l’adora-
tion de la beauté des choses ; maintenant, ce même vent j
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