CHAPITRE VII
DU PARNASSE AU SYMBOLISME (1870-1885). £ LA TRADITION DE BAUDELAIRE : £ VERLAINE, MALLARMÉ, RIMBAUD. “4
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1, Verlaine et lo Parnasse (1865-1871). — Bien peu de Parnassiens sont restés, jusqu’au bout et en tout, fidèles au Credo exigeant du jeune Parnasse. Mais il y eut, en outre, des défaillances très graves. Quelques-uns des poètes jeunes ne se tinrent pas pour persuadés que, ë comme on le leur disait, la poésie française possédât, avéc le vers parnassien, un instrument parfait. Conduits obscurément par cette tendance très forte, qui, depuis la révolution romantique, poussait les poètes à augmenter les possibilités d'expression du vers, ils doutèrent bientôt de la rime riche et dédaignèrent la forme pure. Et puis ils se lassèrent aussi des croyances d’art et des opinions philosophiques ou politiques qui avaient donné une si grande quiétude à la génération positiviste de 1860.
Ils furent d’abord très isolés. Rien, après 1870, ne paraissait vraiment changé dans l'atmosphère intellectuelle | de la France : Leconte de Lisle, Heredia, Taine, Flau-
bert, G. Sand, Alex. Dumas, É. Augier écrivaient des + livres, des poèmes ou des drames aussi semblables que possible à ceux qui, dix ou quinze ans auparavant, avaient assuré leur maîtrise. Les tristesses de la défaite
Po
n’eurent point d'influence immédiate sur tous ceux dont les habitudes de pensée et de travail étaient solidement installées, Elles agissaient, à vrai dire, mais sourdement, et sur les enfants ou les jeunes gens, sur ceux qui allaient avoir vingt ans entré 1875 et 1885, Des influences nouvelles, sourdes elles aussi, créaient peu à peu une ambiance différente : Baudelaire, l’art impressionniste, la musique de Wagner... Au bout de quinze ans, ces forces, suffisamment accrüés, permirent une révolte générale dés jeunes ; ils renièrent les maîtres de leurs aînés, ils raillèrent leurs aînés ; mais, comme ils cherchaient de nouveaux « patrons », ils s’aperçurent que quelques-uns de ces aînés avaient pensé comme eux ; ils découvrirent, après Baudelaire, Verlaine, Mallarmé, et Rimbaud. Verlaine (1), surtout, incarna alors cette volonté de révolte contre l'idéal parnassien. Et pourtant, qui avait été plus parnassien que lui ? On l'avait vu s’agiter, comme un joyeux initié, dans les cénacles de la première heure ; il s'était fait connaître dans le premier Parnasse contemporain ; à vingt-deux ans, il avait publié un petit volume de vers, les Poèmes saturniens (1866), écrits sur des thèmes parnassiens, avec des procédés purement parnassiens. Il avait immolé les « Inspirés » aux pieds de la Vénus de Milo, symbole nouveau du Travail ét de la Volonté ; tout pénétré de Leconte de Lisle, il avait écrit une poésie hindoue, tracé de grands tableaux d’histoire, dit sa haine pour l’Inquisition ! Mais son livre avait aussi des pages très baudelairiènnes, Le titre même était emprunté à Baudelaire, qui avait appelé 8es Fleurs du mal un livre « saturnien, orgiaque et mélancolique ». Plus d’une poésie, dans le recueil, révélait cette influence, intime, très assimilée : il y avait des tabléautins de Paris, gris et pittoresques ; des paysages tristes ; des spectacles laïids ; des visions mélancoliques ; l’expréssion d’une
(1) Voir page 135 : Notes complémentaires,
sensibilité très demandeuse et lassée ; et aussi une volonté de transformer le vers en une mélodie musicale, de ligne assez incertaine. Barbey d’Aurevilly appela alors, assez heureusement, Verlaine un « Baudelaire puritain » — il voulait dire, en se servant d’une épithète qui fut un moment à la mode, un Baudelaire parnassien.
Si parnassiens qu'ils soient, les Poèmes saturniens annoncent les curiosités poétiques qui vont tenter bientôt : Verlaine. Le jeune poète transpose les thèmes baudelairiens, somptueux et« grand style », en des thèmes menus, simples, délicats, gracieux, tristes. Sa tristesse « saturnienne » n’a pas l’âcreté de celle de Baudelaire : c’est une sorte de léger énervement qui lui permet de goûter dans les spectacles les plus habituels des sensations ; cachées et rares. Et, pour traduire ces sensations très floues, associées quelquefois en grand désordre, il use d’une phrase sinueuse, pleine d’incidentes, aussi éloignée que possible de la robuste phrase parnassienne ; les mots rebondissent sur les mots, les images sur les images ; c’est un appel direct à la sensation. Deux ou trois pièces sont même symbolistes avant la lettre, avec leur paysage « mystique », indécis, leur dessin brumeux, qui suggère des émotions vagues plutôt qu’il ne sert à tracer un beau fond de tableau. Fe ne:
Les Fêtes Gaiantes (1869) pouvaient passer, elles aussi, | pour un recueil parnassien. C’était un thème assez nouveau : des évocations de l’art du xvirre siècle, des rêve: ries sur quelques toiles de Watteau, dont l’œuvre, longtemps méprisée, peu à peu réhabilitée dans les milieux d'artistes, venait d’être louée et admirablement interprétée par les Goncourt. Ils avaient décrit la féerie shakespearienne de ces toiles, leur « paradis galant d'amour », leur charme complexe : tendresse, volupté, « tristesse musicale »; « Ramour poétique, l'amour
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