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qui songe et qui pense, l’amour moderne avec ses aspira-
A: Ve
tions et sa couronne@ de mélancolie ». Watteau, ainsi
pourquoi il fut si aisément « rêvé » par Verlaine. Avec ses vers le jeune poète dessina tout un album de l’œuvre de Watteau, où, presque à chaque feuillet, il faisait
s’unir ces deux tons contrastés de gaieté et de mélancolie
que les Goncourt avaient donnés comme le secret de la
puissance du peintre. Sa sensibilité s’'émouvait devant ces visions d’un passé qu'il était si facile de modermiser.
Ce fut le dernier livre parnassien de Verlaine, car on ne saurait faire grand cas des vers que lui inspirèrent ses fiançailles (la Bonne chanson). Verlaine sut être un fiancé très convenablèment lyrique ; maïs il ne pouvait être un mari bourgeois. Déjà le goût de l’alcool et de la bohème le menaït ; il ne pouvait espérer rester bien longtemps respectueux des traditions, ni comme homme ni comme
poète.
2. Poétique nouvelle et nouvelles inspirations. ne L'influence de Rimbaud, puis les malheurs soudains de
sa vie libérèrent Verlaine en l’affranchissant des céna-‘'"
cles ; ils précipitèrent une évolution qu'intimement le poète souhaitait, mais que sa nonchalance naturelle eût peut-être fait durer longtemps encore. Verlaine, faible, incertain dans la conduite de sa vie et dans ses ambitions = d'art, subit alors étrangement l'influence d’un ami qui voulait être pour lui un « Époux infernal », l’élever jusqu’à un incroyable idéal, créer dans son imagination un monde de visions nouvelles, exalter son intelligence et sa sensibilité jusqu’à faire de lui un surhomme, qui n’eût plus eu d’attaches avec sa vie ancienne ni avec les préoccupations ordinaires de ses contemporains. Verlaine n’était pas un créateur d'images comme - Rimbaud ; mais il accusa alors son goût pour le rêve,
MARTINO : Parnasse et Symbolisme. 8
compris, était en passe de devenir baudelairien ; et c’est
pour la griserie des sens qui déforme les images réelles et bouscule les sensations les unes sur les autres. Il s’entraîna à aimer des thèmes très simples, sans tenter la moindre stylisation pour les embellir ; il essaya de ranimer les rythmes élémentaires des chansons anciennes, gauches, naïfs, mais musicaux et pleins de fortes suggestions ; il frôla alors le vers libre auquel Rimbaud -s’essayait ; mais il se satisfit vite: quelques libertés métriques et des fantaisies de rimes et de coupes. C'était peu de chose, en réalité, mais il en tira de grands effets ; et, dans l’ignorance où l’on resta longtemps de l’œuvre de Rimbaud, il put paraître un novateur bien plus audacieux qu'il ne l'était en réalité.
C’est à cette époque (1871-1873) qu’il conçut et écrivit son fameux Art poétique, qui ne fut révélé qu’en 1884, et illumina d’une joyeuse lumière les premières heures de la journée symboliste. Il y mettait au point ses idées récentes, des idées très simples. Le vers doit être, avant tout, de la musique, une harmonie de sons qui font rêver. La rime, musique insuflisante et pénible contrainte, doit s’atténuer ; on pourra la réduire à l’assonance des chansons populaires, qui suffit à donner un rythme. Les vers impairs, qui sont une musique nouvelle, sont plus propres que les autres pour les thèmes nouveaux. L’architecture solide du poème, l’éloquence et l’ordre, romantiques ou parnassiens, deviennent inutiles pour traduire l’imprécis, la nuance, les suggestions, les menues sensations, les inquiétudes, les malaises, les rêves... tout ce qui est la matière de la vraie poésie moderne. Avec un plan incertain, des mots vagues, des groupements de sons inattendus et évocateurs, on pourra éveiller la sensibilité du lecteur et transfuser en elle une partie de la sensibilité du poète,
Les Romances sans paroles (1874) sont la première application de cette poétique nouvelle; elles offraient des