‹ Parnasse et Symbolisme (1850-190) 2e EditionChapitre 37 sur 51 · OA VEINE A · texte numérisé non relu

OA VEINE A

gue ? Gustave Kahn ? ou le Péruvien Della Rocca de

Vergalo ? Y eut-il de sérieuses influences étrangères ? … Il semble bien qu’on n’ait connu vraiment Walt Whitman qu'après l’heure des débuts, et que les premiers > « vers libres » proprement dits qui aïent été publiés, soient ceux de Rimbaud, en 1886. Mais, depuis deux ou trois ans, plusieurs poètes s’essayaient à écrire des vers

LRÉDRER MN ERNT ES PASSE + Cr APR

es , = L Fr L 158 PARNASSE ET SYMBOLISME

eux de leurs projets : Ephraïm Mikhaël, Jules Laforgue;”

fois, dé créer l'illusion de la musique. Mais, aujour- |

‘ Re : ; 4 libres, s’amusaient à en faire la théorie, parlaient entre.

Gustave Kahn. Les premiers essais parurent entre 1886 et 1889. Le meilleur théoricien du vers libre fut Gustave Kahn ; il l’a très exactement décrit, défini, et très adroïtement défendu, dans la Revuë indépendante, en 1888; et dans la préface (1897) de sa réédition des Palais momades (1887). Les préfaces, en histoire littéraire, ont | de grandes chances d’être tenues, après un demi-siècle : de prescription, pour des attestations de paternité.

Le vers libre, tel qu’il apparaît, à travers les œuvres et les théories de l’époque symboliste, fut le terme de l’évolution qui tendait à rendre aux mots, en poésie, toute leur valeur sonore. Le vers français, avec le temps, était devenu une pure sensation visuelle ; la prosodie était pleine de règles bizarres (e muet, rimes normandes, interdiction de faire rimer les singuliers et les pluriels, ete.) qui s’expliquaient très bien, autrefois, quand l’orthographe et la prononciation étaient à peu près identiques ; leur divergence avait fait que, de plus en plus, par souci de correction, on écrivait pour les yeux et non pour l'oreille. Le symbolisme, poussant à bout la grande idée baudelairienne de la musique poétique, essaya de rendre aux mots du vers leur valeur sonore, et au vers une ligne musicale créée par l'harmonie des sons. Si on parvenait à recréer cette valeur sonore des signes de l’écriture, qu'importait que les vers fussent grands ou courts, semblables ou inégaux ? pourquoi s'inquiéter de rimes, de césures intérieures ? Cette régularité de longueur ’et de coupes, cette répétition de sons terminaux étaient le seul moyen que l’on eût, autre-

d’hui, l’allitération, l’assonance, la fluidité de la phrase | étendaient le pouvoir d'expression de la poésie. Toute la question du vers libre est là. 4

Une préoccupation revient sans cesse chez les théori- -ciens du vers libre : celle de l’e muet. Elle est tout accesoire, mais l'importance qu’on lui donna est significative. L’e muet n’a pas été toujours muet, et souvent la dic- » tion lui rend une certaine valeur ; il correspond, suivant = les cas, à un silence, à un demi-ton, quelquefois à un son 2 complet. Au lieu de l’interdire absolument à la césure, . de le compter arbitrairement partout ailleurs comme É syllabe entière, et de l’apocoper à la rime, on pouvait … s’en servir très librement, et suivant la nécessité de la rencontre ; on en faisait ainsi un temps mobile, modifiable au gré de la sensibilité du poète ; il devenait une - grande ressource musicale. Et, l'imagination des théoriciens se donnant carrière, il en fut qui affirmèrent les infinis pouvoirs de l’e muet, secret suprême de la poésie ! - Entre le « vers libéré » et le « vers libre », il n’y avait - — en dépit des affirmations passionnées des verslibris- - tes qui tenaient à leur originalité — qu’une différence Ée . “de degré ; et cela apparaît-assez nettement si l’on ignore “ un moment les théories pour ne considérer que les œuvres : la plupart des poètes ont mélangé alors, en des . combinaisons fort souples, le vers qui n’était pas tout à - fait libre avec celui qui se disait tout à fait libéré. Bien S. souvent, d’ailleurs, le vers libre paraît être, chez eux, - une manière d’acte de foi, une affirmation rituelle d’indé- - pendance. Il y a grande vraisemblance qu'il ait été,

avant tout, comme l’a déclaré un des verslibristes les plus convaincus, Vielé Griffin, « une conquête morale plutôt qu'une simplification prosodique ».

‘2 NOTES COMPLÉMENTAIRES | ë

É I. VILLIERS DE L'IsLE ADAM. — Villiers de l’Isle Adam est - mé à Saint- Brieuc en 1840 et mort à Paris en 1889. Ses pre- miers vers, fort romantiques, furent publiés en 1856-1858. Il y ‘collabore aux deux Parnasse contemporain et publie Tsis (1862), + Sur ae (1863), Morgane (1866), Claire Lenoir (1867),

première forme de Tribulat Bonhomet. Une longue période

de silence presque complet, de trouble, de misère, qui s’étend de 1870 à 1880, fait oublier le poète. Il reparaît vers 1880 et » publie ses Contes cruels (1883). Huysmans le signale, dans …

A rebours (1884), à l’attention des jeunes. Paraiïissent ensuite Akèdysseril (1886), l’ Amour suprême (1886), l'Êve future (1886), Tribulat Bonhomet (1887), Histoires insolites (1888), Nouveaux Contes cruels (1889), Chez les passants (1890, nouv. éd. avec des

« pages retrouvées », 1924): L’Évasion (1891 ; écrit en 1870,

joué au Théâtre libre en 1887); Histoires souveraines (1899).

Le Mercure de France a commencé en 1914 une édition des

Œuvres complètes de Villiers de l’Isle Adam (8 vol. 1927). II. QUELQUES POÈTES DE L'ÉPOQUE DECADENTE. — LAURENT

TAILHADE (1854-1919), qui fut fort célèbre dansles milieux de.

la Décadence et de l’Anarchie : « il fut le plus implacable à lancer ces grandes gaudes d’après souper,ces lotus liturgiques et libidineux, ces sorcelleries,ces voyelles colorées, ces parfums mu-

sicaux, autant de joyeuses sortes d’épouffer,les grosses dames ». |

Ses œuvres poétiques ont été réunies dans Poèmes aristophanes

ques, 1904 (qui reproduisent Au pays du mufle,1891 et À travers les groins, 1899) et Poèmes élégiaques, 1907 (qui reproduisent Le Jardin des rêves, 1880 et Vitraux, 1891); Correspondance, 1924 ; Poésies posthumes, 1925 ; Lettres à sa mère, 1926. — G. RODENBACH (1855-1898), Belge, mais qui fréquenta les cénacles parisiens vers 1880 et mourut à Paris. Ses principaux recueils de poésies sont Les T'ristesses, 1879 ; la Jeunesse blanche, 1886 ; le Règne du silence, 1891; Musée de béguines, 1894 ; les Vies encloses, 1896 ; le Miroir du ciel nalal, 1898. Il a écrit plusieurs romans dont le plus célèbre est Bruges la morle (1892 : on en a tiré un drame, Le Mirage, 1901) et fait jouer à la Comédie Française (24 mai 1894) Le Voile. Le Mercure de France

a commencé en 1924 la publication des Œuvres de G. Roden-

bach. — Sa poésie est fort régulière ; mais il y a exprimé, d’une façon souvent mièvre et banale, maladroïte dans l’expression,

des sentiments de lassitude teintés des préoccupations de.

l'époque décadente : son spleen, la tristesse des vieilles villes belges, les canaux solitaires où l’eau mire les rêves et les tristesses, les dimanches où les cloches font songer à la mort, la vie étrange des chambres, le goût du « rêve quotidien », le désir du « sommeil de mourir ». — EPHRAIM MIKHAEL (1866- 1890), dont les vers ont été recueillis dans Œuvres, poésie, poèmes en prose, 1890, écrit en une forme strictement parnassienne ; mais, sous l'influence de Baudelaire et de Verlaine, il exprime des sentiments de neurasthénie très « décadente »

ga

et se plaît à toute une imagerie symbolique nouvelle ; ses sym- &

. boles sont d’ailleurs d’une clarté éblouissante.

III. JULES LAFORGUE. — Jules Laforgue est né à Montevideo le 16 août 1860 ; il pere presque toute sa jeunesse à Tarbes, vint avec sa famille à Paris en 1876, fréquenta les ‘cénacles parisiens vers 1380 et fut, de 1881 à 1886, lecteur de l’Impératrice allemande ; il mourut de la poitrine, à Paris, le 20 août 1887. Il à publié les Complaintes, 1885 ; l’Imitation

- de N.-D. la Lune et le Concile féerique, 1886. Après sa mort on a recueilli en vol. ses Moralilés légendaires, 1887 ; ses Derniers vers, 1890. Les Œuvres complèles de Jules Laforgue ont été publiées par le Mercure de France en 1901-1903 (tome I : Moralités légendaires ; tome II : Poésies ; tome III : Mélanges posthumes, très incomplet). Une nouvelle édition des inédits, publiés dans diverses revues, à été donnée en 1920 (3 vol. texte inexact souvent et incorrect). On a publié en 1922 Berlin,

la cour et la ville, recueil de souvenirs sur son séjour d’Aîle-

magne ; et on a commencé, en 1922, à publier une nouvelle édition des Œuvres complètes, qui comprend deux volumes de 5 correspondance (Lettres, 1925).

À consulter : F. RuCHON, Jules Laforgue, 1924. :

. IV: RENÉ Guiz. — René Ghil, né en 1862, mort en 1925.

Son œuvre, qui n’est pas achevée, est une combinaison, bien

caractéristique, des préoccupations « harmonistes » de l’épo-

- que symboliste et des aspirations positivistes et humanitaires

de la fin du siècle : il a voulu unir la langue du mystère et la

- poésie scientifique et philosophique. Son œuvre, sous sa forme

- actuelle (elle à été souvent remaniée), comprend En méthode

-à l’œuvre (forme définitive du Traité du verbe ; 1re éd. 1885)

et les recueils de poésie suivants : I'e partie. Dire du mieux :

; Le meilleur devenir (1r° éd. 1889) et le Geste ingénu (11° éd:

… 1887), 1905; — Le Vœu de vivre (1re éd. 1890-1893), 1906-

1907 ; l'Ordre altruiste (11e éd. 1894-1897), 1909 ; —- TIC partie.

Dire des sangs: Le pas humain, 1898 ; le Toit des hommes,

1901 ; les Zmages du monde, 1912-1920. Une III partie : Dire

de la loi, était annoncée. R.. Ghil a publié, en outre, quelques où-

3 vrages de vulgarisation sur sa doctrine : De la poésie scienti-

fique, 1909 ; la Tradition de poésie scientifique, 1920 ; Les dates

et les œuvres, 1923. Gæil a joué un rôle assez considérable, vers. > 1890, comme chef d’école et directeur de revues. Son œuvre,

… confuse, extrêmement obscure, n’est guère lue ni lisible ; R: de

“à - Gourmont a constaté, sans parti-pris d’hostilité, que ses poè-

+ mes, qui veulent tout évoquer, n n’évoquent rien du tout.

MArTINO : Parnasse et Symbolisme. 11

Page 1