‹ Parnasse et Symbolisme (1850-190) 2e EditionChapitre 5 sur 51 · FREE · texte numérisé non relu

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le bloc résistant » ; seule la forme demeure, plus forte que le temps et que la mort.

Les strophes des Émaux et C'amées sont de courtes stances d’octosyllabes, unies en de brefs poèmes, sur des sujets menus et jolis, quelquefois insignifiants à plaisir, pour que l’habileté de l’exécution soit plus appa-rente : des faits-divers, des images pittoresques, des

sensations plastiques, des harmonies de lignes, des symphonies de couleurs. Th. Gautier était très fier de sa Pa Symphonie en blanc majeur, où il avait voulu jouer avec des mots sur une gamme étendue de couleurs blanches délicatement nuancées, en évoquant au passage des souvenirs de parfum et des sons de musique. C'était, selon sa pensée, une transposition d’art complète. Au moment où il publia les Émaux et Camées, Théophile Gautier était célèbre et aimé ; il était le chef reconnu de l’École de l'Art ; il dirigeait la Revue de Paris ; il allait diriger l’ Artiste ; il avait des disciples (1) qui, à son exemple, voulaient être de bons ouvriers en vers et en prose et des dévots de la « Beauté ». Flaubert ne jurait que par lui ; il accueillait sans les discuter toutes les idées d’art du maître, et il les outrait ; ne rêvait-il pas d'écrire un livre sans sujet où seule la forme eût été visible ? Baudelaire dédiait à Gautier ses Fleurs du Mal comme à un poète « impeccable », un « magicien » de la langue. La génération parnassienne se groupera respectueusement autour de lui, car elle salue comme un maître celui qui a reçu de V. Hugo le flambeau sacré, à la plus belle heure du romantisme — celle des Orientales — et qui a su parfois aviver sa lumière. Au lende-

main de sa mort, Th. de Banville, Dierx, Catulle Men-.

dès, Sully Prudhomme, Stéphane Mallarmé, ete. lui

élèveront un magnifique « tombeau » poétique ; ils.

l’encenseront comme une vraie divinité du Parnasse moderne,

4. Théodore de Banville. —— C’esten 1842 que Théodore de Banville (2) publie son premier recueil de vers ;

mais il s’est toujours fait gloire d’appartenir à « la race

de 1830 » et d’en avoir les enthousiasmes et les haïines :

(1) Voir page 29 : Quelques poètes! de l’école de l’art, (2) Voir page 30 : Notes complémentaires.

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Aa religion de l’art, le mépris du bourgeois. Il s’est avoué disviple de Th. Gautier et dévot de V. Hugo, dont il prétendra. dans sa vieillesse, rester le dernier adorateur. Les œuvres du maître lui étaient, suivant ses propres Fe mots, « . la Bible et l’Évangile ». A côté de Th. Gautier, quin est guère son aîné que d’une dizaine d’années, il est le plus représentatif des poètes de l'Art pour l’Art. Ses premiers vers, ies Üariatides, ont été écrits entre seize et dix-huit ans : rien d’étonnant qu'il ait imité alors la plupart des grands poètes romantiques, Musset et Sainte-Beuve aussi bien que V. Hugo. Mais déjà anville sent que son goût vrai le conduit à aimer, plus que les émois du sentiment, les belles images et out le luxe de la nouvelle orfèvrerie poétique. s

Hélas ! ma folle muse est une enfant bohème Qui se consolera d’avoir fait un poème

Dont le dessin va de travers,

Pourvu qu’un beau collier pare sa gorge nue, Et que, charmante et rose, ue fille ingénue Rice et pleure en lisant ses vers.

oluptueux l’ont stylisée, et telle que la révèlent les agréables histoires des vieilles mythologies. Évidement ce retour à Le Grèce, ie est, dès le début de son

: la cu dit-il, symbolise ce qu'il y a de

À meilleur au ! monde, la Beauté, la Force, l'Amour ; les . Grecs sont nos aïeux spirituels, et si la tristesse et la ideur ont envahi le monde moderne, c’est que nous avons oublié leurs traditions. Ces idées, nous allons lei oir. sont dans Pair vers 1845. Louis Ménard et Leconte e Lisle les fixeront et essaieront de leur donner une Re

ase sûre selon la science du ee. Banville se contente

à moins de frais. La Grèce et l’antiquité se colorent, dans son esprit, avec les couleurs des trumeaux où Boucher peignit des nymphes et des bergères : des seins blancs, des corps de lys et de roses, des appels d'amour, des enlacements gracieux, la musique miraculeuse de la lyre, l’ivresse jolie des Bacchantes :

La Coupe, le Sein et la Lyre Nous donnent le triple délire.

C’est une perpétuelle cascade de noms antiques, oubliés ou inconnus du public, harmonieux en euxmêmes : sans cesse défilent les dieux et les héros antiques en un splendide cortège que conduisent Cypris, maîtresse du monde, et l'Amour, le premier des Immortels... Aucun souci archéologique, aucun désir de reconstituer ou même d'imaginer quelque chose de la vie antique et du paysage grec. Le décor est absolument

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