‹ Parnasse et Symbolisme (1850-190) 2e EditionChapitre 6 sur 51 · PP AU · texte numérisé non relu

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fantaisiste : il n’est, à vrai dire, qu’une atmosphère

diaphane et exquise où se dressent d’admirables images, symboles d'amour, de volupté, de bonheur. « Dans tout ce qu'on me voit écrire, dit Banville, j’abuse sans pudeur du mot suave : J'aime. » C’est ce goût de l'amour sracieux et charmant, facile et insoucieux, qui, transposé à l’antique, est la note dominante des principaux recueils poétiques de Banville : les Stalactites, le +4 de la Coupe, les Exilés.

L'évocation de antiquité, telle qu’il l'avait inaugurée en poésie, fut vite abandonnée ; on préféra une autre facture plus sévère. Mais ces thèmes faciles étaient chez lui une occasion de faire montre de sa virtuosité technique. C’est en cela surtout que ses contemporains et la génération qui suivit l’ont reconnu pour un maître. Baudelaire dit fort exactement de lui que sa gloire fut d’avoir réalisé la « certitude dans l’expression lyrique ». Plus absolu encore que Th. Gautier, il fait consister

| tout l’art dans la difficulté vaincue, et peu importe, si un tour de force est réussi, que le thème qui l’a per- » | mis soit sans beauté plastique. « Je ne m’entends qu’à £ la métrique, dit Banville dans une Ballade sur lui- |! méme... Je suis un poète lyrique » ; et encore : « Fai- : sons des vers pour rien, pour le plaisir. Chantons, 3 contons comme Schéhérazade ! »

* L’art principal, l’art unique en réalité est celui de la (rime, « clou d’or » de la poésie, vraie génératrice du

vers, sa seule harmonie. C’est ainsi que Banville la

définira dans son Petit traité de poésie française (1872) ; c’est ainsi qu'il l’avait toujours comprise. Son influence a été énorme sur les poètes de la génération parnas- … sienne ; il est certainement un de ceux qui ont le plus contribué à fonder ce culte de la rime riche qui est une des plus notables caractéristiques de la poésie dans la seconde moitié du xix® siècle. Pour mettre en valeur la rime, devenue très riche, il cherche des formes de strophes compliquées et rares ; il s’attache « obstiné-

ment... pendant toute sa carrière d’ouvrier et d’artiste, à restituer les anciennes formes poétiques et à tenter den créer de nouvelles (ce qui est tout un) ». La ballade est sa forme préférée à cause des retours malaisés de rimes ; mais il aime le rondel, le sonnet, a le rondeau, le rondeau redoublé, le triolet, la villanelle,

- Le lai, le virelai, le chant royal, le sextin, la glose, le -pantoum.….. ! La variété rythmique est extrême chez lui, bien plus grande qu’elle ne l'avait été dans les Orienbales, et son œuvre a l’aspect d’un musée d’arts et métiers où sont venus s’instruire et se former la plupart des parnassiens et des symbolistes.

Sa maîtrise et son ingénieuse habileté sont telles qu’il ose tenter l'expérience dangereuse des Odes funambulesquès: I1 voulait y créer non pas « une manifestation de sa pensée », mais « une forme nouvelle ». Avec

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des faits-divers, des actualités, des coupures de journal, des motifs de rèvue, il fallait faire du « comique rimé », une « ode bouffonne », petite sœur de « l’ode lyrique », « cherchant dans la rime elle-même ses principaux moyens comiques », et produisant le rire « par des combinaisons de rimes, par des effets harmoniques ou par des sonorités particulières » ; aussi exagère-t-il les allitérations et fait-il la rime si riche qu’elle est un vrai calembour, ou un écho très obéissant. Dans ce recueil, Banville réalise jusqu’au bout sa théorie poétique ; il monte « sur l’échelle du saltimbanque », il « daigne faire des tours sur la corde funambulesque » ; c’est, pense-t-il, une manière comme une autre de « marcher au-dessus des fronts de la foule »! Quant aux sujets des poèmes, ils sont menus, si liés à l’actualité qui passe, que de son vivant Banville a dû les accompagner de longs commentaires, et que ces commentaires, aujourd’hui, par ce qu’ils nous apprennent sur l’époque, intéressent plus quelquefois que les poèmes eux-mêmes. -

/ C'était peut-être exagérer la doctrine de l'Art pour l'Art; mais quel exemple de virtuosité ! Après ces déhan- “chements, il n’était rien qu’on ne pût, demander au

vers : il devenait pure musique et l’on peut en écrire pour une opérette et pour une revue ou bien pour d’admirables symphonies. Aussi les symbolistes ont-ils généralement excepté Banville de leurs mépris sur le Parnasse ; ils Paimèrent parce qu’il avait libéré les formes rythmiques et rendu le vers admirablement sonore.

L'homme d’ailleurs était charmant ; on ne l’approchait :

pas sans l’aimer ; et il a été très aimé. On ne le lit plus guère, semble-t-il, aujourd’hui, mais son prestige dure.

On l’a bien vu quand on à célébré son centenaire en .

1923 : c’est par jonchées qu’on est venu jeter des fleurs sur son souvenir. Sa fête anniversaire fut, comme ül l’eût souhaïtée, toute de sourire et de joie.

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