‹ Parnasse royalChapitre 18 sur 37 · RONDEL · texte numérisé non relu

RONDEL

MOINS de fortune quand elle m'est contraire Plus de bonheur me fault pour mon affaire Moins de longueur me faut pour vous recevoir ; Plus de malheur me faict congnoistre et veoir ; Moins grant plaisir par absence desfaire ; Plus que souvent mes yeulx s^ vont portraire ; Moins que contant alors ne me puis taire ; Plus je désire et mieulx je puis avoir ; Moins de fortune quant elle m'est contraire. Moins fort aymer est de moy adversaire ; Plus de travail ne me sauroit fortraire ; Moins que tousjours d'estre soubz ton povoir. Plus que grant tort j'auroys si mon vouloir ; Moins que très humble ce trouvoys à refaire ; Moins de fortune quand elle m'est contraire.

BALLADE

TRISTE penser, en prison trop obscure, Lhonneur, le seing, le debvoir et la cure Que je soustiens des malheureux souldardz, Devant mes yeulx desquelz j'ay la figure, Qui par raison et aussi par nature Debvoient mourir entre picques et dardz, Plustost queveoir fuyr leurs estendardz.

Me font perdre de raison l'attrempense Quand de te veoir j'ay perdu respérance.

Tousjours amour par fermeté procure Qu'à désespoir point ne face ouverture ; Mais tous malheurs viennent de tant de partz Qu'ilz me rendent indigne créature, Tant que d'erreur à m.on chef faiz ceinture. Ces yeulx baignez vers toy font les regardz Ne faisant plus contre ennuy les rempartz ; Si n'est avoir ton nom en réverance Quant de te veoir j'ay perdu l'espérance.

Mais je ne sçay pourquoy tourna langure En mal sur moy : car ma progéniture Eut tant de biens, qu'en tous lieux fust espars : Plaisir pour dueil estoit lors leur vesture ;

Plaisante et doulce sembloit la nourriture

De leurs subjectz. gardans brebis es parcs,

Tousjours bâtirent les lyons et liépars ;

Mais j ay grand peur n'avoir tel heur en France,

Quant de te veoir j'ay perdu Tespérance.

0 ! grande amour, éternel, sans rompture, Dont l'infinie est juste la mesure, Dy moy, perdray-je à jamais ta présence; Doncq brief verras sur moi la sépulture : L'esperit à toy, pour le corps pourriture; Quant de te veoir j'ay perdu l'espérance.

CHANSON

ORES que je l'ai sous ma loi.

Plus je règne amant que roi.

C'est fortune qui guerdonne De sceptre empire et couronne, Mais le cœur d'elle est le trône Où veut s'asseoir mon amour.

Adieu, visage de cour !

Pour cœurs faux sont les faux biens.

En elle sont tous les miens ; Ores que je l'ai sous ma loi, Plus je règne amant que roi.

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Marguerite d'ANGOULEME

Théine de JMavarre 1492-1549

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