‹ Parnasse royalChapitre 3 sur 37 · UR SA CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

UR SA CAPTIVITÉ

Jà nus hons pris ne dirait sa raison Adroitemant s'ansi com dolans hons, Mais par confort puet-il faire chanson.

Moult ai d'amins, mais povre sont li don; Honte en auront se por ma réançon Suix ces. II. yvers pris.

Ceu sevent bien mi home et mi baron, Englois, Normant, Poitevin et Gascon, Ke je n'avois si povre compaingnon Gui je laissasse por avoir an prixon.

Je no di pas por nulle retraison, Mais ancor suix-je pris.

Or sai-ge bien de voir certainement, Ke mors ne pris et ne arains ne parent Cant on me lait por or ne por argent. Moult m'est de moi, mais plus m'est de ma gent, G'après ma mort auront reprochier grant Se longement suis pris.

N'est pas mervelle se j'ai io cuer dolant Cant mes sires tient ma terre en tormant. S'or li manbroit de nostre sairement Kt nos fèines andui communament.

Bien sai de voir ke séans longemant Xe seroie pas pris.

Mes compaingnons cui j'amoic et cui j'aim Ces dou Cahuil et ces dou Porcherain, Me di chanson, qui ne sont pas certain, Conques vers aus n'an oi cuer faus ne vain. Cil me guerroient, il font moult que vilain Tant com je serai pris.

Or sevent bien Angevin et Torain, Cil bacheler ki or sont fort et sain, C ancombreis suix, Ions d'aus,en autrui mains. Forment m'adaissent mais il n'i voient grain ; De belles armes sont ores veut cil plain, Portant ke je sui pris.

Comtesse, suer, vostre pris soverain Vos sat et gart cil a cui je me claim

Et par cui je sui pris.

Je nou di pas de celi de Chartain

La meire Loweiis.

Nul prisonnier ne parlera bien de son sort qu'avec l'accent d'un homme malheureux. Mais, pour se consoler,il peut faire une chanson. J'ai beaucoup d'amis, mais pauvres sont leurs dons. Honte sur eux si à défaut de rançon je suis prisonnier deux hivers.

Ils le savent bien, mes barons et mes hommes, Anglais, Normands, Poitevins et Gascons, que je

n'avais si pauvre compagnon que je laissasse en prison faute d'argtnt. Je ne le dis pas pour faire un reproche, mais encore suis-je prisonnier.

Mais je commence avoir combien il est vrai qu'un mort ou un prisonnier n'a ni parents, ni amis, puisqu'on me laisse ici faute d'or ou d'argent. Je suis inquiet pour moi, mais bien plus pour mes sujets qui, après ma mort, auront de si grands reproches à se faire, si je reste plus longtemps prisonnier.

Ce n'est pas merveille si j'ai le cœur dolent quand mon seigneur tient ma terre en souffrance. S'il lui souvenait du serment que nous fîmes tous les deux ensemble, bien sûr je ne serais pas ici longtemps prisonnier.

Mes compagnons que j'aimais et que j'aime encore, ceux de Cahors et ceux du Perche, on m'apprend par des chansons quils ne sont pas fidèles, et cependant je fus toujours pour eux franc et loyal. S'ils me guerroient, ils agissent bien mal pendant que je suis prisonnier.

Ils le savent bien les Angevins et les Tourangeaux, ces bachelieis à présent riches et tranquilles,

que je suis loin d'eux prisonnier en des mains étrangères. Ils pourraient m'aider, mais ils n'y voient nul profit. Ils sont puissants sous les armes, et pourtant je suis prisonnier.

Comtesse, ma sœur, votre roi prisonnier prie Dieu qu'il vous garde et vous conserve; ce Dieu, à qui j'adresse mes vœux, et par la volonté de qui je suis captif Je ne parle pas de celle qui est à Chartres, de la mère de Louis.

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