‹ Parnasse royalChapitre 4 sur 37 · DU ROI RICHARD CŒUR-DE-LION · texte numérisé non relu

DU ROI RICHARD CŒUR-DE-LION

adressé au Dauphin d'Auvergne année Jip^

Dalfin, jeus voill déresnier, Vos e le comte Guion, Que an en ceste seison Vos féistes bon guerrier E vos jurastes ou moi ; E m'en portastes tiel foi Com n' Aengris à Rainart :

E semblés dou poil liart.

Vous me laïstes aidler

Por treive de guierdon,

E car saviés qu'à Chinon

Non a argent ni denier;

Et vos voletz riche roi,

Bon d'armes, qui vos port foi.

Et js suis chiche, coart,

Si vû£ viretz de l'autre part.

Encor vos volll demandier D'Ussoire s'il vos siet bon ; Ni s'in prendretz venjeison, Ni logaretz soudadier.

Mas une rien vos outroi, Si beus faussastes la loi, Bon guerrier à l'estendart Trovaretz le roi Richart.

Je vos vi au comensier Large de grant mession ; Mais puis trovetz ochoison Que por fortz castels levier

Laissastes don e donoi, E cortz e segre tornoi :

Mais nos cal avoir regart Que Franssois son Longobart.

Vai, Sirventes, je t'envoi En Auvergne, e di moi As deus comtes de ma part S'ui mes font pis, Dieu les gart. Que chaut si garz ment sa foi?

Qu'escuiers n'a point de loi :

Mais dès or avant se gart Que n'ait peior sa part.

Dauphin, je veux vous interroger, vous et le comte Guy Qu'avez-vous fait en cette saison qui sente le bon guerrier? Vous m'avez donné votre foi, et vous y êtes resté fidèle comme Isengrin l'est à Renard. Vous êtes du poil des lièvres

Vous cessâtes de m'aider quand je cessai de vous payer; vous saviez pourtant bien qu'à Chinon il n'y

avait ni argent, ni cuivre. Vous me préférez un roi riche, courageux, fidèle à sa parole ; et moi je suis un avare, un poltron. Et alors vous vous tournez de l'autre parti.

Je vous demanderai aussi s'il vous souvient d'Issoire? En tirerez-vous vengeance? Assemblez-vous des soldats r Mais je vous affirme une chose : si vous faussez vos serments, vous trouverez le roi Richard bon guerrier sous l'étendard.

Je vous ai connu autrefois généreux, aimant la dépense; mais depuis on vous a vu, pour élever des châteaux- forts, oublier la galanterie, abandonner cours et tournois. Mais nous aurions dû nous rappeler que les Français sont des Lombards.

Va, Sirvente, je t'envoie en Auvergne; va dire aux deux comtes, de ma part, que s'ils veulent rester en paix, Dieu les conserve 1 Qu'importe qu'un gars manque à sa foi? Ecuyer n'a point de loi : mais, dorénavant, qu'il prenne garde d'en être mal récompensé.

S;?!^ !S^ S/^ !S^ <5^ .!S^ i^ THIBAUT DE CHAMPAGNE

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