POESIES
Signor, saciez, ki or ne s'en ira
En ce!e terre, u Diex fu mors et vis
Et ki la crois d'outre mer ne prendra,
A paines mais ira en Paradis :
Ki a en soi pitié et ramembrance
Au haut Seignor doit querre sa vengance ;
Et délivrer sa terre et son pais.
Tout li mauvais demorront par deçà,
Ki n'aiment Dieu, bien, ne honor, ne pris.
Et chascuns dit : ma feme que fera ?
Je ne laierai à nul fuer mes amis :
Cil sont assis en trop foie attendance,
K'il n'est amis fors que cil, sans dotance,
Ki por nos fu en la vraie crois rais.
Or s'en iront cil vaillant bacheler
Ki aiment Dieu, et l'onour de cest mont,
Ki sagement voelent a Dieu aler ;
Et li morveus, li cendreus demourront.
Avugle sunt, de ce ne dout-je mie,
Ki un secours ne font Dieu en sa vie.
Et por si pot pert la gloire del mont.
Diex se laissa par nos en crois pener, Et nous dirai au jour, où tuit venront. € Vos, ki ma crois m'aidâtes à porter, « Vos en irez là, où li angele sont, a Là me verrez, et ma mère Marie ; « Et vos, par qui je n'oi onques aïe, (( Descendez tuit en infer le parfont :>
Cascuns quide demourer toz haitiez Et que jamais ne doive mal avoir, Ainsi les tient enemis et péchiez, Que ils n'ont sens, hardement, ne pooir, Biaù sire Diex, ostez nos tel pensée, Et nos metez en la vostre contrée,
Si saintement, que vos puisse veoir.
Douce dame, roine coronée, Proiez pour nos, vierge bien eurée, Et puis après ne nos puit mescheoir.
Seigneurs, sachez que celui qui n'ira pas dans cette terre où Dieu vécut et mourut, et qui ne
prendra la croix d"outre-mer, ne pourra pas entrer en Paradis. Celui qui n"a pas oublié un si haut Seigneur doit chercher à le venger et à délivrer sa terre et son pays.
Tous les lâches resteront par deçà ; ceux qui n'aiment ni Dieu, ni honneur, ni vertu, ni prix. Chacun se dit : Ma femme, que fera-t-elle ? je ne veux pas ainsi abandonner mes amis. Ceux-là se livrent à une attente vaine, car il n'y a de véritable ami que celui qui fut mis pour nous sur la croix.
Ils s'en iront ces bacheliers vaillants qui aiment Dieu et l'honneur en ce monde, et qui veulent aller au ciel avec sagesse. Mais les morveux, les lâches resteront. Il sont aveugles, on n'en peut pas douter, puisqu'ils refusent de secourir Dieu, et pour si peu perdent la plus grande gloire du monde.
Dieu se laissa pour tous en croix supplicier ; il nous dira le jour où tous comparaîtront: Vous qui m'avez aidé à porter ma croix, vous irez là où sont les anges, là me verrez et ma mère Marie. Mais vous de qui je n'ai eu nul secours, descendez tous au fond de l'Enfer.
Chacun croit être toujours heureux et croit n'avoir jamais de mal ; ainsi les trompent leurs péchés et le démon ; mais ils n'ont sens, ni courage, ni force. Beau sire Dieu, ôtez-nous telle pensée et conduiseznous dans votre contrée si saintement que nous puissions vous voir.
Douce dame, reine couronnée, priez pour nous, Vierge bienheureuse, et dès lors le malheur ne pourra nous atteindre.
Au tans plein de félonie, D'envie et de traison, De tort et de mesprison, Sanz bien et sans courtoisie, Et que entre nos barons faisons
PARNASSE ROYAL ÇÇ
Tôt le siegle empirier, Que je vois escumenier Ceaus qui plus offrent raison ; Lors vueil dire une chançon.
Li roiaumes de Surie Nous dit et crie à haut ton, Se nos ne nos amendons, Por Dieu, que n'i alons mie, N'i ferions se mal non :
Dex aime fin cuer droiturier, De tel gent se veut aidier, Cil essauceront son non, Et conquerront sa maison.
Encor vault mielx toute voie Demorcr en son païs, Que ailer pauvres chaitis, Là où il n'a solaz ne joie.
Phelipe. on doit Paraidis Gonquerre, par mal avoir, Que vos n'i troverez voir, Bon estre. ne jeu, ne ris, Que vous aviez apris.
Dans ce temps plein de félonie, d'envie et de trahison, d'outrages et d'indignités, sans vertu et sans courtoisie, où nous autres barons nous rendons le monde plus mauvais, où je vois lancer Tanathème contre ceux qui ont le plus de raison, je veux faire une chanson.
Le royaume de Syrie nous dit et nous parle hautement que si nous ne changeons pas de conduite nous n'y allions pas, car nous n"y ferions que du mal. Dieu aime les cœurs pleins de droiture ; c'est d'eux qu'il attend son appui ; eux seuls exalteront son nom et pourront conquérir son temple.
Il vaut mieux, dites-vous, demeurer dans son pays que d'aller pauvres, chétifs, là où ne se trouve ni consolation, ni joie. Philippe, on doit conquérir le Paradis par les privations, car vous n'y trouverez certainement ni l'aise, ni les plaisirs, ni les joies.
CHANSON
sur le Mariage de Yolande
fille de Pierre MauclerCy comte de "Bretagne,
avec Hugues de Lusignan
fils du ccmte de la Marche
Robert, véez de Pieron Com il a le cuer félon, Quand à si lointain baron Vuet sa fille marier, Qui a si clere façon Que l'en s'i porroît mirer.
Hé Diex ! comme si faut raison !
Elle a dous vis à foison, Gente de toute façon, Or vos en vueille mener.
Robero ne vaut un bouton S'il ainsi l'en laist aller.
Sire, vos doit-on blasraer, S'ainsi l'en lessiez porter
Ce que tant poëz aimer, Et où avez tel pooir.
Ne r devez laissier aller Por terre, ne por avoir.
Moût par-avez le cuer noir Quand vos en savez le voir ; N'aurez force ne pooir De li véoir ne sentir :
Et sachiez, si belle à voir Doit-on près de li tenir.
Robert, je vueil miex morir, Se li venois à plaisir, Que l'en laissasse partir Por trestote ma contrée.
Lez lui qui porroit gésir Grant joie auroit rencontrée.
Sire, Diex vous doint joïr De ce qu'avez désiré.
Robert, je me crien morir Quand il l'ont maugré De.
Robert, voyez la conduite de Pierre ; comme il a le cœur félon quand il veut marier sa fille à un seigneur si éloigné ; elle a tant de beauté que l'on pourrait s'y mirer.
Hé Dieu 1 comme il manque de raison. Elle a un doux visage ; elle est jolie de toute manière, et voilà qu'on vous l'enlève. Robert ne vaut pas un bouton s'il la laisse aller ainsi.
Sire, l'on doit vous blâmer si vous vous laissez ainsi ravir celle que vous pouvez tant aimer et sur qui vous avez tant de pouvoir. Vous ne devez pas la laisser aller ni pour terre ni pour argent.
Vous avez le cœur bien noir, puisque vous connaissez la vérité, et que vous n'avez ni la force ni la possibilité de vous rapprocher d'elle. Sachez qu'on doit retenir près de soi un aussi bel objet.
Robert, je veux mourir, si je parvenais à lui plaire, plutôt que de la laisser partir, j'engagerais toute ma terre. Qui pourrait dormir auprès d'elle aurait rencontré le vrai bonheur.
Sire, Dieu vous accorde d'obtenir ce que vous avez désiré ; Robert, que je meure s'ils n'ont pas agi contre la volonté de Dieu.
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