PREMIERE PARTIE
Passons donc , s'il vous plaît , au chapitre suivant qui nous révélera tous ces fameux mystères de Sibérie, auprès desquels ceux de Paris ne sont plus grand' chose.
Les Confidences.
— Figure-toi, Dagobert, dit une des petites bicolores, que voilà deux nuits de suite que nous avons la visite d'un beau blond.
Fichtrrrre ! s'écria Dagobert.
— Oui , blond aven des yeux bleus , longs .... comme un roman à la mode.
— Saprrrrebleu ! fit Dagobert.
— Oh ! ne te fâche pas ; si tu connaissais notre
Gabriel, tu l'aimerais comme nous C'est tout le
portrait de M. Hyacinthe du théâtre des Variétés, et comme nous tu voudrais en rêver toutes les nuits... C'est notre bel ange gardien.
— Ce n'était donc qu'un rêve ! s'écria Dagobert. . . Ah ! tant mieux donc... Votre rêve m'a donné un fameux cauchemar ! . . . Mais, assez causé du beau blond ; je suis venu ici pour vous parler de M. votre père , auquel il est arrivé des choses bien plus étranges dans sa vie. Faut vous dire d'abord que votre père est un général qui, comme vous savez, avait été nommé par l'empereur duc de Ligny , parce qu'il avait manqué d'être tué à la bataille de Montmirail. C'est un fait historique ; le Constitutionnel en a fait mention.
» Votre père, le général , avait épousé une Polonaise à Cracovie, ce qui ne l'avait pas empêché, quelques mois après , de la planter là pour aller se battre, histoire de se distraire. — Un jour qu'il était en face de la bouche d'un canon prussien qui allait avoir l'impolitesse de lui cracher au visage un tas de mitraille, se voyant exposé à un feu si violent, le général se croyait frit, lorsqu'un bourgeois vint se placer tout à coup entre le canon et votre père, et reçut, sans sourciller, cette effroyable décharge.
» Vous pensez que notre homme était mort ? point du tout, la mitraille n'eut pour effet que d'épousseter sa redingote ! . . .
» Je vous laisse à juger de la stupéfaction du