‹ Parodie du Juif errantChapitre 17 sur 24 · PAP.ODIK 01 .M II ERRANT · texte numérisé non relu

PAP.ODIK 01 .M II ERRANT

M;iis ce n'est pas tout. Non-seulement Djelma, qui vient de Java, — Dagobert et les jumelles, qui arrivent de la Saxe, — Gabriel, qui revient d'Amérique, se sont trouvés, à un jour donné, sur un même point donné, et ont bu le même bouillon également donné, mais encore, — ô Providence, voilà bien de tes coups ! — ils se sont tous sauvés et sauvés seuls , parmi

quelques centaines de passagers!.

chance !.. .

C'est ça de la

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Xon, je me trompe, quelqu'un s'est sauvé avec eux, c'est un de nos bons étrangleurs, l'ami Farina. L'équité et les lois de septembre, qui donneraient à M. Jean Farina, inventeur de la célèbre eau de Cologne , le droit de nous forcer à l'insertion d'une réponse double de V article dans lequel son nom se trouve cité, nous obligent à déclarer que Farina l'étrangleur n'est point le marchand de vulnéraire que vous connaissez tous.

Farina s'était échappé des mains de la patrouille, avait étranglé le commissionnaire chargé par le correspondant javanais d'une lettre pour ce pauvre M. Rodin, que nous voyons si contrarié à lheure qu'il est, et par la lecture de cette dépêche s'était mis dans le secret des jésuites. Nos neuf ou dix héros, y compris Rabat- Joie, qui n'est pas le moins amusant de la société , se trouvent donc réunis au château de Cardoville, où nous allons les laisser sécher pour nous transporter à Paris.

Mais ne vous impatientez pas, ils ne tarderont pas à nous y rejoindre ; tous ces gaillards-là voyagent furieusement vite. Et Das^obert,sans argent, sans papiers, sans cheval, sera cependant arrivé avant nous, soyez-en sûr.

Ce n'est pas nous autres bons bourgeois, qui aurions une chance pareille , nous n'avons à notre disposition que la diligence Lafitte et Caillard qui fait modestement deux lieues à l'heure , — heureux encore quand à ce train on ne verse pas en route !

Il est vrai que nous ne sommes pas des héros de romans !

ou PARODIE \A JU1J ERRANT.

La rue Krise-JIichc.

Pauvre rue Brise-Miche, pourvu que M. de Rambuteau ne lui joue pas le même tour qu'à la rue aux Fèves , qui a été condamnée à mort par le préfet de la Seine six mois après que M. Eugène Sue avait prétendu la rendre immortelle !

A l'heure qu'il est , il n'existe pas plus de rue aux Fèves dans la Cité que sur ma main , et les antiquaires en sont réduits à la description du premier chapitre du roman des Mystères de Paris , qui va devenir ainsi un ouvrage archéologique de la plus haute importance .

Ce qu'il y a de plus singulier , c'est que M. .de Rambuteau en faisant disparaître cette rue étroite, il est vrai, mais très-boueuse, — sale, je ne dis pas non, mais excessivement puante, M. de Rambuteau, disons-nous , prétend avoir bien mérité des Parisiens ! — Comme si une rue Brise -Miche, quelque large et quelque aérée qu'elle fût , valait jamais le ruisseau fangeux où l'on voyait patauger une blanche jeune tille comme Fleur-de-Marie !

Ah ! M. de Rambuteau , je suis fâché de vous le dire , mais vous ne comprenez rien à la sainte poésie et au culte religieux des souvenirs.

N'ayez à Paris que des rues de la Paix et vous supprimez alors les tapis-francs , les allées obscures , les duels à coups de poing sous un réverbère entre gentlemen-riders et blousés !

Mais alors Paris n'aura plus le moindre charme pour les princes allemands , la vie sera d'une monotonie

désespérante, autant vaudra tout bonnement aller habiter Quimper-Corentin ou autre chef-lieu de canton où l'on enregistre comme un crime effroyable dans les annales de la cité, un croc-en-jambe donné au brigadier de la gendarmerie , ou un tapis secoué par la fenêtre sur la tête de M. le receveur des contributions.

Or , du moment où vous privez la capitale de la présence des princes allemands , vous faites le plus grand tort à la société en général et aux chourineurs en particulier , — ceci mérite considération , c'est déjà bien assez que l'on ait supprimé les maisons de jeu où les grands seigneurs pouvaient se livrer aux chances des séries de rouge et noire, sans qu'on supprime encore les ruelles où ces gentlemen d'outre Rhin peuvent se procurer le plaisir des séries de coups de poing de la fin.

Je demande formellement au conseil municipal qu'il prenne sous sa protection immédiate la rue Brise-Miche, et j'espère que vous signerez ma pétition.

Ceci écrit , nous reprenons le cours de notre récit en espérant que cette petite digression philosophique n'aura pas du reste été perdue pour nos contemporains, qui ne sauraient s'imaginer combien nous avions à cœur d'écrire une trentaine de lignes à ce sujet et à cette place.

Ah ! s'ils le savaient ! . .. Mais ils Le le sauront jamais, ceci est un secret d'imprimerie qui restera éternellement caché entre moi et M. Antoine, le metteur en pages du présent ouvrage, qui m'avait annoncé, les larmes aux yeux et aux lunettes , qu'il manquait

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trente lignes pour combler l'espace qui nous séparait de la prochaine vignette !

O monsieur Antoine, monsieur Antoine, que vous m'avez fait de mal en ce moment !

Tiens, je m'aperçois, imprudent que je suis, que ce secret typographique vient de vous être révélé, — je compte sur votre discrétion.

C'est donc dans la rue Brise-Miche, au n" o, gra vez bien ce chiffre dans votre tête , pour admirer cet immeuble quand vous flânerez dans le quartier, qu situé le domicile politique de la famille Dagobert, qui se compose de la mère Dagobert, crème des mères; du fils Dagobert , crème des fils ; et de la voisine Mayeux , crème des voisines , mais hélas ! faut-il le dire, crème du laid !

S: j'avais donné congé de mon domicile en temps

utile, j'irais immédiatement louer un appartement rue Brise-Miche, n° 5, tellement cet immeuble me paraît bien habité.

La mère Dagobert a passé son temps, depuis dixhuit ans, à faire dire des messes à Saint-Merry pour le retour de son mari. Le fils Dagobert , répondant aussi au nom d'Agricol Baudoin, est un jeune homme remarquable, qui a la double profession de serrurier et d'homme de lettres.

Pendant toute la semaine il lime, et le dimanche il rime : — ce qui nous ferait croire assez volontiers que notre jeune homme est en fait de poésie de la force de M. Fichet, et en serrurerie à la hauteur de M. de Lamartine.

Quant à la Mayeux, c'est encore un type excessivement remarquable : c'est une couturière comme on en voit peu, et une bossue comme on n'en voit pas, c'est-à-dire qu'elle est tellement bonne , tellement vertueuse (en le prenant dans son sens le plus séraphique, car autrement elle n'aurait pas grand mérite, vu le petit nombre de membres du Jockey-Club qui s'acharnent à la séduire), tellement vertueuse, disons nous, qu'elle mériterait qu'on inventât en sa faveur de nouveaux prix Monthyon.

En attendant, je vous engage vivement à donner tous vos bas à repriser à mademoiselle Mayeux ; on ne saurait trop encourager la vertu

Cette réhabilitation de la bosse en la personne de mademoiselle Mayeux n'est pas une de^ choses les moins importantes et les moins sociales du roman de M. Eugène Sue, roman où l'auteur traite tant de questions importantes et sociales !

Ci PARODIE 1)1 .11 II KRIiWT.

Jusqu'à ce jour, une protubérance dans le dos passait pour la bosse de la malice et même de la méchanceté, maintenant il est reconnu que c'est la bosse de la douceur la plus angélique , — du moins chez les femmes , — quant aux hommes, la question n'a j»;is encore été controversée et jusqu'à nouvel ordre , Maveux restera Mayeux , c'est-à-dire un satané farceur éminemment caustique et mauvais sujet.

Maintenant que vous connaissez toute la famille, assistez à la touchante entrevue du père et du fils Dagobert. Agricol n'avait pas vu son père depuis dixhuit ans, mais il le reconnut immédiatement à son bonnet à poil, le seul qui existât encore en Europe.

Le père et le fils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. — Tab'eau !

De semblables scènes font du bien à contempler , ainsi donc je ne vous presse pas , contemplez tout à votre aise, et prenez même le temps de vous moucher pour peu que l'émotion vous en fasse une nécessité !

Ce n'est jamais moi qui empêcherai quelqu'un de s'attendrir et de se moucher !

Les embrassements aussi touchants que suffocante firent oublier à Dagobert toutes ses nombreuses mésaventures, y compris le bain infiniment trop complet qu'il venait de prendre récemment en compagnie des demoiselles Simon et d'une foule de merlans.

Il est vrai qu'une fois réuni à sa famille de la rue Brise-Miche , Dagobert se prend à penser qu'ils en auront fort peu à briser... des miches, attendu que pour nourrir six personnes, y compris Rabat- Joie, qui à la rigueur pourrait même compter pour deux , vu l'appétit si commun chpz <a bellp rare du nord, pour

BG PARODIE Dl" 71 ii ERRANT.

nourrir les sept personnes en question, disons-nous, Dagobert réfléchit qu'on aura uniquement ce que g gne Agricnl comme serrurier e< comme poète, — ce qui fait juste la journée d'un serrurier.

A notre époque les volumes de poésie se divi en deux catégories : l'une, vement petite, est

celle des vers qui se vendent peu; l'autre, prodigieusement grande, celle de vers qui ne se vendent pas.

Aussi c'est ce qui fait qu'en librairie on nomme généralement rossignols les ouvrages des poètes , — ils chantent dans la solitude !

Etre poète, grand poète, immense poète et n'avoir personne pour vous écouter , voilà qui est triste , — personne , — pas même son éditeur , quand on en possède un, car , règle générale , tout éditeur porte du coton dans les oreilles.

Agricol n'est pas seulement homme de lettres et de serrures ; à ces deux professions libérales il en joint une troisième plus libérale encore, qui consiste à ramener gratis chez leurs maîtresses les caniches égarés dans les rues de Paris. 0 philanthropie ! tu n'es pas un vain nom, et serais-tu bannie du reste de la terre, qu'on serait certain de te retrouver rue Brise-Miche !

Du reste, comme l'ont dit les deux plus grands moralistes de notre patrie, La Rochefoucault et Bilboquet : Un bienfait n ]est jamais perdu.

Il est vrai qu'un autre moraliste non moins grand a prétendu qu'on ne doit jamais rendre service à personne, pour être certain que la reconnaissance sera toujours égale au bienfait.

C'est cette maxime qui en général est la plus pratiquer dans la société df» notre époque.

Un soir, Agricol a reconduit à une jeune marquise du faubourg Saint - Germain un petit chien qu'elle avait égaré; et comme cet animal était affreux, tout naturellement elle l'affectionnait beaucoup. En récompense honnête de sa peine, Agricol ne voulut accepter qu'une simple fleur iun crinum amabile, plante bulbeuse), car voilà comme nous sommes, nous autres serruriers, non, je veux dire gens de lettres, nous reconduisons les caniches à domicile, puis nous nous contentons d'un crinum amabile , plante bulbeuse, et sans le pot encore !

Si M. Eugène Sue aime beaucoup à nous dépeindre des types d'hommes extraordinaires, il ne néglige pas non plus les types de chiens non moins extraordinaires.

Nous avons déjà fait connaissance avec Rabat-Joie, qui fait partie de eette belle ruo.a du Nord, si connue. . .

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des habitants du Groenland; puis est arrivée Lutin?,

chienne de la marquise; puis vient le roquet ci-dessu^ appartenant à la princesse de Saint-Dizier, et qui nécessairement jouera aussi son rôle dans cette histoire;

— je parle du roquet.

J'oubliais de vous dire que le roquet s'appelle Monsieur, dénomination qui me semble par trop polie pour un simple chien, qui n'est pas même caniche.

Ah ! s'il était caniche ! . . . Mais il ne l'est pas !

Après ça, dans sa visite à mademoiselle Adrienne de Cardoville, Agricol a gagné mieux qu'une plante bulbeuse, car il a gagné une protectrice qui lui a dit : Quand vous aurez besoin de moi, jeune serrurier, ma porte vous sera toujours ouverte, sans que vous ayez à employer la moindre effraction !

Si ce n'est pas ses propres expressions , du moins c'est le sens de son aimable réponse !

Par un hasard que je ne crains pas de qualifier de bizarre, il se trouve que M"e Adrienne de Cardoville est également une descendante de cette fameuse famille du 13 février 1832. Elle possède aussi une petite médaille de plomb, à laquelle notre jeune marquise nous semble même faire fort peu attention jusqu'à présent. Il est vrai qu'elle a bon nombre d'autres joyaux, et ça l'excuse de n'avoir pas encore songé à porter sa médaille en féronnière.

En sa qualité de serrurier, Agricol espérait bien n'avoir jamais rien à démêler avec la police, mais sa profession d'homme de lettres était plus dangereuse sous ce rapport. Tous les gouvernements sont toujours si disposés à protéger les poètes, qu'ils leur offrent

bien volontiers des logements gratuits dans les Bastilles et autres prisons plus ou moins d'Etat. — Excellents gouvernements !

Le jésuite Rodin, furieux de l'arrivée de Dagobert à Paris, et ne pouvant rien sur ce vieux bonnet à poil, pas même lui faire monter sa garde en qualité de sapeur de la garde nationale, puisqu'il a plus de cin-

quante-cinq ans, imagine de faire au moins arrêter Agricol, qui avait composé un Chant pour le&outriers, — arrestation très-facile en tous les temps, et surtout en 183*2, époque d'empoignante mémoire!

Agricol, fort de son innocence, commence tout naturellement par prendre la fuite, et court auprès de sa jeune et jolie protectrice pour qu'elle essaye de le tirer de ce mauvais pa

S'en tirera-t-ill — c'est ce que vous apprendre/ dans notre prochaine partie. Si nous vous disions tout maintenant , vous seriez capable de ne pas aller plus loin dans votre lecture , et c'est ce que nous voulons éviter — dans votre intérêt, bien entendu.

Xous vous révélerons cependant encore pour l'instant que, tout en poursuivant Agricol, ce vieux giedin de Rodin ne per 1 pas de vue les deux intéressantes

jumelles, et en sa qualité de renard- hibou-serpent, il ne cesse pas de les couver sous son œil de vautour !

Je trouve que c'est palpitant d'intérêt... Ête^-vous comme moi ?

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