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acte de piété lorsque la connaissance en a été venue jusqu'à luy

25me " Il y a à la voûte un petit navire suspendu, coup d'essaie et offrande à St.

Charles d'un nommé Charles Cassavant pour se mettre sous sa protection dans la profession de charpentier de marine qu'il voulait embrasser."

Il y avait autrefois dans la plupart des églises, même à la cathédrale de Québec, un petit navire ainsi suspendu à la voûte.

C'était une sorte d'ex-voto en souvenir de la destruction de la flotte ansflaise aux Sept-Isles, en 1^11, qu'on attribuait aux prières qu'on fit alors partout, mais surtout à Québec où on invoquait avec grande confiance et grande piété la protection de la sainte Vierge. Ce fut aussi en reconnaissance de cette protection que l'église de la Basse-Ville fut alors dédiée à Notre-Dame de la Victoire.

Ces petits navires, suivant quelques uns, avaient aussi une signification mystique et représentaient la barque de Saint Pierre, ou le vaisseau de l'église, de même que le coq du clocher, qu'on appe-

(1) L'usage de l'offrande et de l'instrument de paix n'existe plus.

lait le coq gaulois, rappelait le coq dont le chant précéda la chute de Saint Pierre, et était aussi la figure emblématique de la vigilance du pasteur. Pourquoi donc ces deux souvenirs emblématiques du temps passé tendent-ils à disparaître complètement ?

Une lettre di'! M. Morisseaux, du 21 septembre 1767, fait connaître qu'alors les habitants de la partie du territoire de Charlesbourg, qui forme aujourd'hui la paroisse de Saint-Ambroise, présentèrent en ce temps-là à MgrBriand une requête demandant à former une paroisse séparée et a avoir un curé pour les desservir. Cette démarche fut faite à la suffs^estion secrète du Père Grirault, Jésuite, qui était depuis longtemps chargé de la mission des Hurons de la Jeune Lorotte. Il parait que le Père Grirault, voulant faire comprendre à M. Morisseaux, qui s'opposait à la division de la paroisse, l'opportunité, ou plutôt la nécessité de faire cette division, refusait quelquefois d'aller administrer les malades qui étaient bien plus près de lui que du curé de Charlesbourg, et dont à la vérité il n'était pas charg*é. Mais M. Morisseaux se donnait beaucoup de peine pour suffire à tout,

car il était persuadé que cette demande était prématurée et que, en divisant la paroisse alors, on ferait deux paroisses pauvres et incapables de subvenir aux dépenses nécessaires pour l'entretien des deux églises et des dépendences, et incapables aussi de faire vivre les deux curés convenablement. '' Représentez - a^ous, écrivait M. Morisseaux à Mgr Briand, d'une manière assez originale, les deux pasteurs qui auront le courage de régir ces deux nouvelles paroisses comme deux moutons de printemps ; ils seront tondus, ils ne pourront faire que des pasteurs de canicule, desservir pendant le temps des chaleurs et s'enfouir en terre pendant le reste des autres saisons pour en éviter les rigueurs." La division de la paroisse fut remise à plus tard.

M. Morisseaux était un homme d'esprit et bien aimé de ses supérieurs ecclésiastiques et civils. 11 était en bon rapport avec les principaux officiers anglais, après la conquête, et surtout avec le gouverneur Oarleton, plus tard Lord Dorchester.

C'était bonne politique des deux côtés ; le clergé qui se trouvait par circonstance à la tête du petit peuple Canadien ruiné et découragé, avait besoin de gagner les

bonnes grâces des nouveaux maîtres du pays, et, d'un autre côté, ces nouveaux maîtres avaient besoin de se concilier le clergé et par lui le peuple Canadien, et ils recevaient de Londres des instructions dans ce sens. C'est ce que comprenait M. Morisseaux et bien d'autres curés, ainsi que le gouverneur Carleton luimême. Ce dernier donc assista, en compagnie de plusieurs officiers, un jour de la fête de Saint Charles, au dîner que M.

Morisseaux donnait ce jour-là à plusieurs confrères réunis cjiez lui pour la fête de la paroisse, qui était alors d'obligation et célébrée avec toute la solennité d'une fête de première classe. Carleton assista même à l'office des vêpres avec ses amis ; mais cela ne fut pas du goût de tous ses confrères ; on fut presque scandalit;é de la tenure de ces Messieurs à l'église et on s'en plaignit à l'Evêque. M. Morisseaux n'eut pas de peine à justifier sa conduite dans cette circonstance et à faire voir . qu'il avait agi sagement, en les invitant à assister à l'office de l'aprèsmidi, bien qu'ils fussent protestants, d'autant mieux qu'ils n'avaient rien fait d'insultant pour le culte catholique et s'étaient contenté d'examiner, d'écouter

debout ou assis lorsqu'il fallait s'agenouiller (ce qui surtout avait déplu) et d'échanger leurs observations. On n'était pas accoutumé à voir des protestants dans les églises et on avait iant de raisons alors d'être préjugés contre les Anglais !

Comme nous l'avons déjà remarqué, M. Morisseaux, à raison de sa faible santé, était souvent obligé d'avoir recours aux services de ses confrères, et surtout de ses confrères de Québec, aussi voit-on qu'en 1765 particulièrement on paya '*pour voiturage des prêtres d'aller et venir pour les besoins de la paroisse, le curé malade et paiement du bac (1) et plusieurs fois en conséquence 48 livres."

Cependant, il fut obligé de rester sans vicaire depuis le départ de M. Marcou, en octobre 1760, et il resta ainsi seul jusqu'à sa mort, arrivé le 26 mai 1774, à 4 heures du matin, dit son acte de sépulture ; car il y avait grande disette de prêtres dans les premières années après la conquête et plusieurs paroisses même n'étaient desservies que par voie de mission M. Morisseaux étant bien malade et presque mourant eut cependant encore le courage de. faire, huit jours

(l) Pour passer la rivière Saint-Charles.

pâboisse de gharlesbourg 137

avant sa mort, le 18 mai, le baptême d'une petite fille de M. Woolsey, protestant converti et son ami. Il fut lui-même le parrain, et la marraine fut dame Anne Chéron, veuve Nicolet et mère des Demoiselles Nicolet, dont nous parlerons plus tard. Mais M. Morisseaux n'avait pu faire l'acte de ce baptême, qui ne fut entré aux registres que le 2t mai, jour de son enterrement, par le Père Lefranc, Jésuite, d'une grande réputation comme prédicateur et comme missionnaire. Oe fut ce Père Jésuite qui administra les derniers sacrements à M. Morisseaux.

La sépulture fut faite par le Père Grirault, missionnaire des Hurons de la Jeune Lorette, en présence de MM. de Rigauville, chanoine, Pressart, directeur du Séminaire, Desroches, curé de l'Ancienne- Lorette, Borel, curé de Sainte-Foye, du Père Orespel, commissaire des Récollets, et du Père Grlapion, Supérieur Grénéral des Jésuites.

M. Morisseaux est mort à l'âge de 56 ans.

MONSIEUR FRANÇOIS BOREL 12èine Desservant et 4ème Curé.

Aussitôt après la mort de M. Morisseaux, Mgr Briand nomma pour le rem-

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placer M. François Borel qui avait été son Ticaire et qni était alors curé de Sainte- Foye, M. Borel se hâta de faire ses préparatifs de départ et d'aller prendre possession de sa nouvelle cure de Charlesbourg où il avait laissé une partie de son cœur lorsque, étant vicaire dans la paroisse, il avait été obligé de s'en éloigner 18 ans auparavant II y était déjà installé dès le 9 juin 1774 comme curé, car ce jour là il fit un baptême et, dans l'acte qu'il en dressa, il prit, comme M. Morisseaux, le titre de missionnaire qu'il continua de preiidie jusqu'à son départ de la paroisse.

L'abbé Tanguay semble ignorer que M. Borel a été longtemps à Charlesbourg-, d'aboid comme vicaire et ensuite comme curé; et il fait erreur lorsqu'il dit qu'il est mort à Sainte-Foye, car il est mort à l'Hôpital Général et a été enterré à Sainte- Foye.

L'année qui suivit celle de M. Borel comme curé. 1775, eut lieu l'invasion du pays et l'attaque de Québec en décembre par les Américains. C'est ce qu'on a appelé l'année ou la guerre des Bostonnais. Il est probable que plusieurs paroissiens de Charlesbourg furent alors enrôlés comme miliciens ; mais nous ne connais-

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sons aucun document qui le prouve. Tout ce que nous avons pu trouver à ce sujet, relativement à la paroisse, c'est que, pendant les mois de décembre 1775 et de janvier 1776, deux ecclésiastiques de Québec, en congé à cause de l'état de siège de la ville, étaient au presbytère de Charlesbourg et signèrent plusieurs fois comme témoins dans les registres.

C'étaient M. Derome, alors diacre, que nous allons voir succéder à M. Borel, comme curé, et M. Dufeaut ecclésiastique, plus tard vicaire-général au Détroit.

Le 19 octobre 1777, M. Borel et les marguilliers présentèrent une requête à Mgr Briand afin d'obtenir la permission d'allonger l'église de 20 à 30 pieds. Dans cette requête on disait entre autres choses : *' vu. que les cloches sont de gros frais, d'un grand entretien et de peu de durée, nous voudrions qu'en même temps qu'on élèverait le côté de l'église on élevât une tour de pierre à la manière d'Europe." Ce plan, suggéré par M. Borel qui avait vu ces sortes de tour en France, aurait été du nouveau dans le pays, s'il avait été mis à exécution, car jusque là on ne voyait que des clochers à cheualsnr le faîte des églises, suivant l'expression d'un de

nos anciens architectes ; mais Mgr Briand, en accordant toutes les demandes de la requête, avait mis pour conditions que le tout serait soumis à l'approbation d'une assemblée de toute la paroisse, et la majorité de cette assemblée de la paroisse ne voulut pas y consentir. L'église resta donc telle qu'elle était et telle qu'elle est demeurée jusqu'à sa destruction. On refit seulement le clocher qui avait grand besoin d'être renouvelé.

M.Borel acheta, cette même année 177Y, une paix d'argent qui existe encore parmi les vases d'argent de la sacristie. Ceci rappelle un usage dont il est bon de garder au moins le souvenir, comme de bien d'autres usages dont la mémoire se perd trop facilement. La paix était un petit instrument sur lequel était ordinairement un crucifix, ou l'image de quelque saint, et que l'on présentait à baiser au petit clerc qui devait faire la quête dans l'église, ou passer avec la tasse, comme on disait autrefois, parce que cette quête se faisait, au moins à Charlesbourg, avec une petite tasse d'argent. Le clerc se présentait, portant un cierge placé au haut d'un bâton fleuri, à la balustre ou au pied de l'autel, lorsque le célébrant

bénissait le pain ou les pains qu'on offrait. A Oharlesbourg on plaçait dans le cierge même l'offrande en argent que celui qui rendait le pain bénit devait faire et qui était ordinairement un quinze sous (1).

M. Borel aimait à bien entretenir l'intérieur et l'extérieur de son église et aussi à la fournir de tout ce qu'il convenait d'avoir pour la décence et la beauté du culte : il avait le zèle de la maison de Dieu. Dès les premières années qu'il passa à Oharlesbourg il fit réparer le clocher, la couverture de l'église, le crépis

Il acheta des ornements, des rideaux

fit peinturer la chaire, le banc d'oeuvre,

le banc des chantres ; fit faire le cierge pascal, dont on se sert encore aujourd'hui, qui coûta 141 francs et fut doré à l'Hôpital Général. M. Borel était à la tête de tout et, comme en 1Y78, la dépense excédait la recette, il prêta à la fabrique une somme de 387 livres sur laquelle il abandonna 163 livres '* voulant, dit le cahier des Délibérations, contribuer à l'ornement de son église."

Cependant les travaux qu'il fit exécuter, et ceux surtout qu'il voulait encore

(1) Il y avait, en 1775, un coffre-fort (ce n'était plus la boitte primitive) "un sac de liars de nulle valeur."

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faire, n'étaient pas du goût de tous les paroissiens — il est si difficile de contenter tout le monde — et ces dissentiments lui firent susciter des difficultés qui l'engagèrent à laisser Charlesbourg. *' M. Borel laissa la paroisse par mécontentement, dit M. Payment, les paroissiens condescendant difficilement aux volontés de leur curé. Ils défirent une remise adossée au pignon du presbytère ; c'est ce qui acheva de déterminer M. Bord à remettre sa cure à l'évêque qui l'accepta. M Borel se retira alors (vers le 20 juillet 1786, son dernier acte dans les registres étant du 19 juillet,) chez les Récollets dont il était grand ami. Peu de temps après, à la demande réitérée des habitants de Sainte- Foye, il accepta la charge de curé de cette paroisse et il en remplit les fonctions jusqu'au moment de sa mort qui arriva le 5 février 1792. Il mourut à l'Hôpital

Général "à l'âge de 64 ans et 1

mois. Deux jours après sa mort, le 7 février, il eut un service à l'Hôpital- Grénéral, chanté par le Grrand Vicaire Grravé et auquel assistait celui qui devait le remplacer à Charlesbourg, M. Derome.

Son corps fut ensuite transporté à Sainte- Foye où il fut enterré le 9 après avoir été

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exposé deux jours — (dit l'uffe de l'Hôpital Général)

On iif voit plis qu'il y ait eu de visita épiscopak" à Charlebourg pendant le règne du M. Bore! comme curé.

Après le départ de M. Eorel et en attendant l'arrivée de sou successeur M, Deromc, dont le 1'"' acte diuis les registres est du 14 août, suiviint, M, Ilnbert, plu« tard Evèijue de Québec, et M. Robert, plus tard Vii'uire (J-éuéral et Supérieure dn Séminaire de Québec, et alors curé de Bei-t!iicrdeBellechasse,'desservircnt alternativement la paroisse où ils firent un mariaire, un baptême et six sépultures d'enlunls.

Contrairement à MM. Morisseaux et Borel, ses deux prédécesseurs. M. Deioroe prit le tîtro de curé dès le premier acte qu'il inscrivit dans les registres. Il signait : Derome jP""' seulement. L'abbé Tanguay dit de lui : " Né à Québec, le 16 octobre 1752. fils de Joseph Derome et de Marie Angelle Filliau ; ordonné le 20

avril 1^11 ; 1777, curé de Ste-Anne de Beaupré et de l'Ange Grardien ; 1786, curé de Charlesbourg où il décède le 30 septembre 1808."

Avec M, Derome commeiiceut les souvenirs traditionnels de la paroisse. Il y a peut-être encore à Charlesbourg quelques octogénaires qui ont été baptisés par lui, et tous les paroissiens un peu âgés ont souvent entendu leurs parents parler du temps de M. Derome qu'ils avaient connu et dont ils avaient gardé un bon souvenir.

M Derome était le grand oncle maternel de notre poète national Octave Crémazie et de ses deux frères Jacques et Joseph dont le nom est éteint. Madame veuve Joseph Crémazie possède le portrait à l'huile de cet ancien et bon curé de Charlesbourg et elle sest engagée à le laisser après sa mort à la fabrique de cette paroisse qu'il a desservie pendant au-delà de 22 ans. Ce sera un précieux souvenir et le commencement peut-être d'une galerie des portraits des curés de la paroisse bien propre àorner la magnifique sacristie qu'on est à construire (1).

(I) Le 27 juillet 1807 se fit à Charlesboarg, par M. Derome, le mariage de Jacques Crémazie marchand, père

" Lorsque M. Derome arriva à Charlesbourg, dit M. Payment, il y trouva une congrégation en mauvais ordre ; c'était une vieille bâtisse en pierre ; il n'y avait pas de sacristie. Il se mit à Tœuvre en arrivant et il réussit à faire construire une sacristie et un local pour lesCongréganistes." C'est la très-petite sacristie à la suite de laquelle était la chapelle de la congrégation que les anciens de la paroisse ont vue avant 1830.

Il y avait longtemps que la paroisse de Charlesbourg n'avait pas eu l'honneur et le bonheur de recevoir la visite de son premier pasteur, (à raison du grand âge de Msrr Briand et des infirmités de son successeur Mgr D'Esglis) lorsque Mgr Jean François Hubert fit sa visite épiscopale, le 23 juillet 1789.

Ce Prélat ordonna qu'à l'avenir quand un banc viendrait à vaquer il serait crié, conformément à l'ordonnance du 9 juin 1723, et adjugé au plus offrant et dernier enchérisseur et que le prix de l'adjudication serait payé chaque année, au lieu de

des trois frères Crémazie, avec Mario Anne Deschènes, fille de Germain Descbônes et de Marie Anne Derome sœur de M. le onré Derome.

la rente que Ton avait toujours payée jusqu'à ce moment là. Il permit de prendre dans le coffre l'argent nécessaire pour la réparation de la grande porte de l'église, attendu que la misère de la présente année mettait les habitants de la paroisse hors d'état de subvenir à cette dépense.

La seconde visite épiscopale que reçut M. Dérome fut celle de Mgr Pierre Denaut qui eut lieu le 12 juillet 1V98. Il ne fit aucune ordonnance.

La troisième visite fut celle de Mgr Jos. Oct. Plessis, le 26 mai 180Y. Il alloua les comptes de la fabrique et ordonna entre autres choses, de faire placer dans le jubé autant de bancs qu'il en faudra pour remplir l'espace resté vide.

Pendant que M. Derome était curé il se fit une grande amélioration pour les habitants de Charlesbourg, si souvent obligés d'aller à Québec ; ce fut la construction, en 1787, d'un pont sur la rivière saint Charles, auquel on donna le nom de Pont Dorchester, qu'il porte encore aujourd'hui, en l'honneur de Lord Dorchester, alors gouverneur du pays. Jusque-là il avait fallu passer la rivière sur un bac et on voit par les comptes que

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tous les ans la fabrique payait une certaine somme, surtout à la fête de Saint Charles " pour le passage des prêtres." Le premier ou plus ancien passager connu de ce bac de la rivière Saint Charles, est Jacques Griinel (on dit à tort Dinel), premier ancêtre de la famille de ce nom à Charlesbourg, auquel le père Rafeix, Jésuite, bailla et délaissa pour trois ans, le 24 mars 1686, à titre de loyer, le passage de la rivière Saint Charles.

Il y avait sur ce premier pont, détruit plus tard par un incendie, deux petites maisons où malheureusement les passa* gers pouvaient se procureur des boissons qu'on y plaçait en contrebande et auxquelles on donnait le nom de petite bière d'épinette. Les piétons payaient autrefois un sou pour leur passage sur ce pont, qui eut longtemps pour gardien , ou plxttôt pour gardienne, la bonne femme Villeneuve, véritable virago, célèbre par ses allures et ses goûts masculins. Pour s'amuser un jour et aussi pour l'engager à débiter une partie de son riche répertoire de gros mots, plusieurs jeunes ouvriers qui travaillaient au nord de la rivière Saint Charles passaient le pont, après leur journée, ayant chacun d'eux un de leurs com-

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pagnons sur le dos. Ils ne lui donnaient qu'un sou pour deux, parceque, disaientils, ils passaient avec leur charge. Puis une fois passés, ils déposaient leurs fardeaux vivants et tous ensemble, porteurs et portés, riaient aux éclats en recevant le bombardement de compliments saccadés que leur lançait la bonne femme, et cela se renouvela plusieurs fois dans le même mois.

Ils n'ont pas été les seuls qui aient ainsi fraudé leur passage et soient passés en contrebande. Mais ces contrebandiers n'ont pas toujours été également heureux dans leur désir de tromper les gardiens :

témoins, entre autres, ces deux jeunes, étudiants de Charlesbourg qui, dans l'été* de 1834, s'étaient avisé de passer le pont Dorchester sur des poches de farine que le meunier de la paroisse transportait dans des voitures à Québec. Mal leur en prit car le vieux gardien d'alors, qui les avait remarqués, les mit dans un grand > embarras lorsque, avec un grand sérieux apparent, il voulut exiger d'eux le double, pour l'aller et le retour.

Témoins encore ailleurs ces deux bojis vivants qui, voulant jouer le mêmetoUr que les jeunes ouvriers dont on viçnt ^

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de parler, furent mis par le gardien dans l'alternative ou de donner chacun un sou," ou de payer huit sous pour les deux.

" Je n'ai qu'un sou à payer, dit celui des deux qui portait l'autre, parce que je passe seul avec ma charge et mon compagnon passe à cheval'' " C'est bien, dit le gardien, mais pour un homme à cheval^ c'est huit sous ; voyez le tarif." Force alors fut au cavalier de redevenir piéton afin de ne payer qu'un sou comme son compagnon qui le portait.

M.Derome s'adressa, en 1^87, à l'Evêque de Québec pour obtenir du Souverain Pontife une indulgence plenière pour le jour de la fête de Saint Charles et pour l'octave. Cette indulgence fut accordée le 20 janvier 1788, par le Pape Pie VI.

Mgr Hubert reçut l'induit le 9 octobre seulement et permit à M. Derome de la publier au prône. Cette indulgence est à perpétuité et applicable aux âmes du purgatoire.

En 1794 lord Dorchester, gouverneur du Canada, craignait une révolte de la part des Canadiens qui, à Montréal surtout, ne se gênaient pas de blâmer ouvertement les actes du gouvernement du pays. Plusieurs furent cités devant les

tribiinaiix et condamnés à de fortes amendes. Il parait qne dans la paroisse on ne restait pas étranger à cette agitation, causée par le mécontentement, et " trois habitants de Charlesbonrg, dit Gamean, furent accusés de haute trahison ; mais leur crime était si peu grave que les poursuites furent abandonnées."

C'est au commencement de cette même année 1794, le 5 janvier, que le Prince Edouard, Duc de Kent et père de la Eeine Victoria, laissa le Canadaoù il était arrivé le 12 août 1791. Le prince faisait de fréquentes excursions dans les environs de Québec, s'eiitretenant volontiers, dans le meilleur français possible, avec les cultivateurs au milieu desquels il devint trèspopulaire et très-aimé. Il avait un grand ascendant sur tout ce qui l'entourait.

'' Le 27 juin 1792, dit Tauteur de 50 ans, lors de la clôture des poils à Charlesbourg, on abattit les husiings et il y eut une émeute qui était sur le point d'éclater par des actes de violence lorsque le Prince s'avança et se plaçant de manière à être vu de tous : " Messieurs, dit-il, y en a-til un seul parmi vous, quelqu'il soit, qui ne regarde le roi comme le père de son peuple ?" A ces paroles le peuple répond

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par des hourras et des cris de Vive le Roi. " Y en a-t-il un seul qui ne regarde la nouvelle constitution comme la meilleure qu'il soit possible de donner aux sujets de Sa Majesté ? " Je vous recommande donc, continue Son Altesse Royale, de vous retirer en paix et que je n'entende plus parler de cette odieuse distinction d'anglais et de français : vous êtes tous les sujets bien-aimés Canadiens de Sa Majesté Britannique." Vive le Prince !

cria le peuple, et le tumulte cessa. "

La population augmentant toujours dans la partie de la paroisse de Charlesbourg qui forme aujourd'hui la paroisse de Saint-Ambroise, il fallait enfin penser sérieusement à faire la division depuis longtemps demandée par les habitants de la future nouvelle paroisse. M. l)erome lui-même la désirait, parce qu'il lui était difficile de bien desservir une population dispersée sur un aussi grand territoire, et puis l'église de Charlesbourg qu'on n'avait pas voulu agrandir, à la demande de M. Derome, ne pouvait plus contenir toute cette population.

Il est vrai que le Père Girault, le dernier missionnaire résidant chez les Hurons de la Jeune-Lorette, aidait quelquefois

le curé de Charlesbourg, mais, n'étant chargé que des Hurons, il n'était pas tenu de le faire. D'ailleurs il commençait à plier sous le poids des années, et, en 1^92, il cessa peu à peu de desservir la mission de la Jeune-Lorette et se retira de temps en temps au Collège des Jésuites à Québec. Plus que jamais donc, à cette époque, la division de la paroisse était désirée et demandée et on s'adressa au Père Grirault qui, de même que sous M. Morisseaux, encouragea les habitants de la paroisse actuelle de Saint-A mbroi«e à la demander.

Mgr Hubert, étant à Montréal, dans le mois de mai de cette même année 1^92, écrivait au Père Grirault, '* Mon Révérend Père, j'apprends que vous êtes encore à la Jeune-Lorette et que les habitants, voulant vous y tenir, vous ont persuadé que mon intention était qUe vous y demeurassiez. A la vérité je serais flatté que vous y allassiez de temps à autre pour la consolation des sauvages, mais pour ce qui est des habitants je les ai tous remis sous la desserte de M. Derome depuis que vous avez commencé à demeurer en ville Votre résidence

en ville (si pourtant vous n'y avez pas trop de répugnance) me paraîtrait plus

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convenable tant pour votre santé que pour la consolation du Père Casot."

Mgr Hubert refusa encore, le 4 avril 1^94, d'accorder une nouvelle demande que lui firent les habitants de cette localité, d'accord avec M. Derome, d'avoir un curé et de former une paroisse séparée parce qu'il n'avait pas alors de prêtre à sa disposition pour ce poste. Mais enfin, le 15 septembre de la même année 1^94, il écrivit à M. Derome : *' Comme je me trouve cette année un peu plus au large pour les prêtres que les années précédentes, je désirerais savoir si vous persistez à désirer un prêtre à la Jeune Lorette qui, en desservant les sauvages, se chargerait aussi des habitants d'alentour qu'il s'agirait en ce cas de détacher de Charlesbourg, non comme ils l'entendent par leur requête de l'hiver dernier à laquelle je n'ai pas voulu répondre, mais comme nous l'avions projeté d'abord afin de ne pas affaiblir votre paroisse. M. Masse demande à changer de cure, je crois qu'il pourrait remplir avantageusement cette place, et qu'il serait plus propre qu'aucun autre à préparer les voies à la construction d'une église et à l'érection d'une paroisse dans cette partie. Faites moi

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savoir ce que vous en pensez car voilàle temps de terminer ces sortes d'affaires."

M. Derorae fut très-content d'apprendre qu'enfin il allait être déchargé de la desserte d'une grande partie de son vaste territoire ; qu'on allait y ériger une nouvelle paroisse et y placer un curé. Il en écrivit dans ce sens, le 16 septembre 1^94, à Mgr Hubert qui lui répondit deux jours après : " Vous aurez décidément un curé à la Jeune Lorette. Ce ne sera pas M.

Masse, comme je l'avais projeté d'abord ; il m'est devenu nécessaire dans un autre endroit. Mais vous aurez M. Paquet, présentement curé de l'Isle Verte, dont le zèle et la régularité peuvent être infiniment utiles aux fidèles de cette partie."

Le même jour, 18 septembre 1^94, Mgr Hubert écrivait à M. Joseph Paquet :

" On a besoin d'un prêtre à la Jeune Lorette pour y former une nouvelle paroisse, j'ai jeté les yeux sur vous pour remplir cette place ; elle vous sera à bien des égards plus avantageuse que celle que vous occupez présentement, et puis avec le temps elle vous conduira, j'espère, à quelque chose de mieux. Rendez-vous le plus tôt possible."

M. Paquet se rendit dans le mois d'octobre dans sa nouvelle paroisse à laquelle

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Mgr Hubert donna Saint-Ambroise pour

piitroii, le 11 iinv. nf)"j, mais dont il ne fixa pas tout d'abord les limites. M.

Paquet l'ut donc le premier curé deSaint- Ambroise de la Jeuue Lorette où il mourut, le 17 août 1799 à Tâge de 36 ans seulement.

Il s'était mis à l'œuvre en arrivant à Saint-Ambroise et fit bâtir dans l'été sui- .vant, 1795, une chapelle au sujet do laquelle Mgr Hubert lui écrivit le 12 novembre de la même année, hii permettant de la bénir : il Ini recommandait en même temps irenclore le cimetière et de désigner la place do co cimelièri' dL' manière à ne ]ms nuire à l'emplacement de l'église qu'on devra bâtir plus tard. 11 lui permettait aussi de biuer, ou de dire deux messes le même jour, eu faveur de la mission des Ilurous. " Le temps qui vient à bout de tout, ajoutait-il, fixera peu à peu les bornes de celte paroisse."

Ce qui engageait Mgr Hubert à agir ainsi c'est qu'il n'y .avait pas accord parfait parmi les intéressés, ce qui arrive presque toujours lorsqu'il s'agit de donner do nouvelles limites à un endroit quelconque. Ainsi le 31 octobre 1794 plusieurs habitants avaient demandé par

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une requête de ne pas faire partie de la nouvelle paroisse de Saint - Ambroise, tandis que le 22 décembre de la même année quelques habitants du fief Saint- Ignace, près de Chouaguen, demandaient au contraire d'être annexés à cette nouvelle paroisse de la Jeune Lorette.

Enfin, le 6 octobre 1796, Mgr Hubert jugea à propos, de fixer les bornes de la paroisse de Saint-Ambroise qui sont les mêmes que celle qu'elle a aujourd'hui, à l'exception du Petit Saint- Antoine, ou de Saint-Eomain, qui n'a été détaché de Charlesbourg et annexé à Saint-Ambroise que plus tard, vers 1835. Lors de l'érection de la paroisse de Saint-Ambroise le village de l'Ormière faisait partie de l'Ancienne Lorette et Mgr Hubert l'en détacha pour l'unir à Saint-Ambroise. (1)

Depuis cette séparation la paroisse de Charlesbourg est restée avec les mêmes limites qu'elle a aujourd'hui et n'a pris

(1) Le 18 octobre 1810 Mgr Plessis consacra l'église et l'autel en l'honneur de Saint-Ambroise et de plusieurs martyrs nommés dans l'acte qu'il en a dressé.

Lorsque M. Cook, plus tard 1er évéque des Trois-Rivières, était curé de Saint-Ambroise, Mgr Panet chargea M. Antoine Bedard, le 8 août 1827, de prendre les procédés nécessaires pour ériger ecolésiastiquement Saint-Ambroise en paroisse.

d'augmentation en étendue que par l'établissement des nouvelles terres de la Rivière Jaune, en arrière du village de Saint-Pierre. Les quelques habitants de la Roche Plate ont été d'abord desservis par le curé de Charlesbourg et n'en ont été séparés que lorsqu'il y a eu un curé résidant à Stoneham. Les premiers habitants du Lac de Beauport ont aussi été desservis par le curé de Charlesbourg avant qu'il y eut un prêtre résidant à Laval.

Mais on peut dire que la séparation des habitants de Charlesbourg et de Saint- Ambroise n'a jamais été bien complète.

Il y a toujours eu, et il y a encore aujourd'hui, beaucoup plus de rapports, plus d'alliances, plus de sympathies entre ces deux paroisses qu'entre Charlesbourg et Beauport. Les fêtes du village des Hurons et, pendant longtemps, surtout la fête de saint Louis, ont contribuée maintenir des liens d'amitié Plusieurs

habitants ont encore des terres à bois au

Lac Saint-Charles et puis une bonne

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