‹ Paroisse de CharlesbourgChapitre 16 sur 20 · partie des habitants de Saint-Ambroise · texte numérisé non relu

partie des habitants de Saint-Ambroise

passent par la route Sainte-Claire de Charlesbourg pour se rendre à Québec.

Peu d'années avant la séparation de Saint- Ambroise de Charlesbourg, en 1Y92, le coffre-fort fut visité par des voleurs

qui en enlevèrent 460 livres, ou près de $YÏ. Nous ne voudrions point faire injure à la paroisse en donnant à penser que ce vol aurait pu être fait par quelque paroissien trop soigneux du bien d'autrui ; mais cependant, s'il y a quelquefois des mauvais garnements dans les meilleures familles, pourquoi n'y en aurait-il pas eu parmi les paroissiens d'alors, si francs et si honnêtes ? Ce qui nous porte à le croire c'est que, vers ce temps là, il se passa quelque chose à Charlesbourg que nous avons plusieurs fois entendu raconter dans notre jeune âge à des témoins oculaires et auriculaires, et que nous croyons pouvoir nous-même rapporter ici en reproduisant le récit, un peu humoristique, que nous avons fait de cet événement dans une histoire intime et inédite de la famille Trudelle, de Charlesbourg.

Il est bon de conserver pour l'histoire le souvenir d'usages qui tombent de plus en plus dans l'oubli, même lorsque ces usages sont loin d'être trouvés louables et lorsqu'on ne voudrait pas les voir reparaître, comme la flagellation et le pilori, châtiments auxquels on condamnait autrefois dans le pays.

" Près de la Côte du Boi^ à main droite ea^ montant de Québec à Charlesbourg,

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demeurait une famille sujette à tomber dans un petit défaut, celui de voler. Il paraît que ces braves gens avaient un goût particulier pour les volailles et les viandes fraîches. Pendant un certain hiver surtout, le père et ses deux garçons s'étaient donné le trouble de parcourir les laiteries et avaient amassé force provisions en cas de disette. Afin de les conserver avec toutes leurs qualités, et aussi afin de les soustraire aux regards indiscrets des curieux, ils avaient placé ces provisions dans une grande glacière facilement pratiquée dans un énorme banc de neige qui se renouvelle chaque hiver dans la œulée profonde que l'on voit au nord-est de la Côte du Roi, Personne ne pense à passer par cet endroit en hiver, impossible donc de mieux placer une cachette. Mais ne voilà-t-il pas qu'un bon jour des enfants (oii ne va-t-on pas à cet âge) s'avisent d'aller y glisser !

Le joyeux bataillon, dans la côte rapide, Allait, venait, allait sans perdre un seul instant. Quand tout à coup l'un d'eux, d eachette perfide l Sent tout crouler sous lui et tombe tremblotant Sur un amas confus de fratches côtelettes, De poules, de poulets, de gigots de mouton Parmi lesquels était, sur un plat d'andouillettet Le roi des basses-oours, un superbe dindon

Dit-oti.

La rumeur aux cents voix répandit en peu de temps la nouvelle de cette découverte et désigna les Pélissons (qui heureusement n'ont laissé ni descendants, ni parents dans la paroisse) comme étant les propriétaires de la cachette en question.

Bref, le père et ses deux garçons furent pris et conduits à Québec. On ne sait pas trop ce qui se passa à la cour criminelle ; mais quelque temps après les trois Pélissons furent fouettés à la porte de l'église de Charlesbourg. Le fouet et le pilori étaient encore de mode alors.

Rester à Charlesbourg après cette humiliante cérémonie était chose impossible. Il fallut donc déguerpir et l'un des deux garçons alla résider, sous un nom d'emprunt, dans une des paroisses de la Beauce. Il s'y comportait en vrai bon garçon et jouissait d'une si belle réputation qu'il était en voie d'épouser la fille de l'un des meilleurs habitants de la paroisse. Déjà même les publications étaient commencées à l'église et tout semblait devoir aller à merveille. Mais il était décidé que le goût trop prononcé qu'il avait eu pour les volailles lui serait funeste jusqu'à la fin.

Un soir donc qu'il était en visite dans la famille de sa prétendue voilà qu'arrive

un habitant de Charlesbourg en recherche d'un cheval à vendre. " Tiens, dit-il en entrant, après avoir salué la famille, te voilà ici, Pélisson." Ce nom de Pélisson, révélé et prononcé par une personne aussi inattendue et dans une circonstance si critique, causa un peu de surprise dans la famille, et fit sur celui qui portait ce nom presque le même effet que les coups de fouet qu'il avait reçus devant l'église de Charlesbourg.

Cependant le maître de la maison et le nouveau venu allèrent tous deux à l'étable placer le cheval du voyageur pour la nuit et, profitant de l'occasion où il se voyait seul avec lui, le père de la famille se hâta de le questionner au sujet de son gendre futur ; le nouveau nom qu'il lui avait donné l'intriguait. — " Vous le connaissez donc bien ? " dit-il. — "Oh ! oui, répondit l'étranger, car il est de ma paroisse." — ** Mais il porte un autre nom ici." " Cependant c'est bien certainement un Pélisson." — " Serait-il, par hasard, parent des Pélisson qui ont été fouettés ? '* ** C'en est un lui-même." — " Oh ! alors cela va bien faire changer les choses : il de^ vait se marier avec ma fille, mais à présent impossible."

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De retour à la maison tout s'expliqua.

Adieu le mariage et les noces. Pélisson sortit triste et honteux, d'abord de la maison, puis bientôt de la paroisse même, pour aller cacher encore une fois sa honte ailleurs Qui sait ce qu'il est devenu ? "

Le 1er août 1802, Mgr Dçnaut avait publié un Mandement ordonnant une messe d'action de grâce " suivant le rite des plus grandes solennités," suivie d'un Te Devm, pour remercier Dieu de la conclusion de la paix et des succès de la lutte de l'Angleterre "contre une nation puissante dont les agents coupables n'aspiraient alors à' rien moins qu'à la destruction de tous les trônes et de tous les autels." Cela, parait-il, ne fut pas du goût de plusieurs patriotes du temps qui crurent l'occasion bonne pour faire ce qu'on appelle du capital politique. Remplis du même esprit de piété qui a porté toutdernièrement(188ï) un grand nombre de nos compatriotes à faire chanter des services pour Riel, ces patriotes se proppsaient de profiter de la circonstance pour faire une démonstration' selon leurs vues anti-Britanniques. M. Derome, vou- Jant déjouer leur projet, annonça d'abord la messe pour 6J heures — c'était un peu

matin — puis au lieu d'une grand'messe il ne dit qu'une messe basse,après laquelle il chanta le Te Deum, avec le seul chantre alors rendu à l'église. Le tout fut terminé avant que la plupart des paroissiens furent arrivés, ou plutôt avant qu'ils furent entrés dans l'église, car ne croyant pas la messe commencée, ils prirent la 'sonnerie du Te Team pour le dernier couj) de la grand'messe qu'ils s'attendaient d'avoir. De là, grand mécontentement et une plainte en forme adressée à l'Evêque sous forme de requête au nom de la paroisse, et présentée le lî du même mois d'août, par le Sieur Louis Paquet, alors membre pour le comté de Québec, et signée par lui comme représentant dé Charlesbourg. La requête resta sans réponse et pour le coup ce fut un véritable feu de paille.

L'année qui précéda la mort de M.

Derome, c'est-à-dire, en 180*7, les paroissiens réparèrent le presbytère qui était en mauvais état. Le 22 décembre de l'année précédente on avait présenté à Mgr Plessis une requête demandant la permission d'ajouter un second étage à ce presbytère. Mgr Plessis y consentit, le second étage fut ajouté et le tout se fit

paisiblement. Les paroissiens louèrent une maison près de l'église pour leur jcuré qui y passa l'été. A l'automne il put revenir habiter son presbytère dont les travaux étaient terminés.

Ce presbytère est demeuré, ainsi réparé et à deux étages, jusqu'au temps où il a été remplacé par celui qu'a fait bâtir M.

Eoy et qui a été lui-même remplacé par le beau presbytère actuel bâti par M.

Beaudry Ce vieux presbytère à deux étages, que le plus grand nombre des paroissiens de Charlesbourg ont vu, a été successivement habité par MM. Derome, Boucherville, Bedard et Roy. Il est demeuré cher à notre souvenir, car nous y avons passé dix huit mois heureux, en compagnie du digne et éloquent Evêque actuel de Sherbrooke, pour y étudier les éléments du latin, sous la direction du bon et vénérable père Antoine Bedard.

" Les deux dernières années de sa vie, dit Mr. Payment, Mr. Derome était souvent malade et s'affligeait de ne pouvoir desservir sa paroisse comme il l'aurait dé' siré. Il prêchait alors rarement et il était obligé de faire faire le catéchisme de la première communion par un laïque ; pour les offices publics il avait recours à

Mr. Antoine Bedard, curé de St.-Ambroise, qui, pour contenter ses paroissiens et ceux de Charlesbourg, faisait l'office en entier dans les deux paroisses et chantait, outre cela, tous les dimanches et fêtes, le salut du S. Sacrement aux sauvages de la Jeune Lorette."

M. Derome mourut le 30 septembre 1808, à l'âge de 55 ans, 6 mois et 15 jours, dit son acte de sépulture. Il avait été curé de Charlesbourg pendant 22 ans, deux mois et 15 jours. Il fut inhumé le lendemain de sa mort, 1®^ octobre, dans le sanctuaire de l'église, par Mgr Plessis en présence de MM. Louis- Jos. Desjardins, chapelain de l'Hôtel-Dieu, Vanfelson, curé de Beauport, Antoine G-agnon, vicaire à Québec, Antoine Parent, du Séminaire de Québec, et Antoine Bedard, curé de Saint-Ambroise.

M. Derome a laissé la réputation d'un prêtre régulier, exact à remplir ses devoirs de pasteur et surtout plein de zèle pour la prédication de la parole de Dieu et pour l'instruction des enfants et desjeunes gens. Il avait donné par son testament 300 francs à la fabrique de Charlesbourg.

lies temps modernes

De 1800 i\ 1850.

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