‹ Paroisse de Charlesbourg [microforme]Chapitre 2 sur 57 · BOURG · texte numérisé non relu

BOURG

Les temps primic ils

Depuis son origine jusqu'à l'année 1700

La paroisse de Charlesbourg est une des plus anciennes du pays, et on peut dire aussi, sans crainte d’être contredit, que cette paroisse, dont la site enchanteur se développe en amphithéâtre au pied des Laurentides et en regard de Québec.

est une des plus belles Paroisses de nos jépagnes. Céüx qui, dans Jeë Jours de la belle saison, se donnent le Plaisir de la visiter, reviennent de leur excursion pleins d'une admiration enthousiaste pour les Magnifiques points de vue qu'elle offre de tont côté au regard étonné :.

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des hauteurs de la vieille cité de Champluir, ne peuvent s'empêcher de donner libre cours à la même admiration pour le splendide tableau qu'ils ont devant les yeux.

On dit : ‘ Voir Naples et mourir.” Eh!

bien, nous avons vu Naples et du haut du fort Saint-Elme nous avons contemplé avec bonheur le magnifique pancrama qui se présente alors &u regard, et cependant, après avoir admiré ce que la nature, embellie par l’art, offre de plus charmant, au dire des voyageurs, nous n'avons pas voulu mourir sans revoir Québec et, dans les environs de cette ville, la paroisse de Charlesbourg, la petite patrie de notre joyeuse enfance (1).

Les premiers temps de cette paroisse, cependant, comme les commencements de beaucoup d’autres places devenues importantes, cnt été bien humbles et bien pénibles. Malheureusement les détails

(1) “ Le village de Charlesbourg, disait Bouchette, en 1815, est agréablement situé sur une éminence d’une hanteur considérable, à environ une lieue au nord de Québec et est composé d’environ quarante maisons bien bâties, aui ‘: plupart ont une apparence respectable, et d’une belle église et d’un vresbytère. On y tient toujours les élections des membres du parlement pour le comté, ”

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sur ces commencements font souvent défaut, ou ne peuvent tout au plus que se déduire de ce qui est connu et s’est passé ailleurs dans ces temps primitifs de la colonie.

C’est ce qui arrive presque toujours à la fondation d’une nouvelle place ou d'une nouvelle instituiion ; on ne prend point note des premiers faits qui s’y passent parce que ces faits semblent n’avoir aucune importance, et cependant ‘ce qui se fait pour la première fois dans une place, avons nous dit dans des notes sur la Baïe Saint-Paul, les plus petits détails des actions de ses premiers habitants intéressent toujours et cet intérêt croît avec le temps et l'importance des lieux.” Ni, à l'exemple des premiers missionnaires du pays, aux observations desquels rien n'échappait, on avait dans chaque paroisse recuvilli religieusemenrt tous les souvenirs, si l’on avait noté tous les faits les plas remarquables, queile précieuse collection de mémoires n’aurait-on pas formé pour la brillante histoire de notre belle patrie !

Mieux vaut tard que jamais, cependant, et l’on ne doi: point oublier que, si nous

"1 aimons à connaître ce qui s'est passé

PAROISSE DE CHARLESBOURC

avant nous dans les lieux où la Providence nous appelle à jouer le petit rôle de notre vie, ceux qui nous remplaceront auront le même désir. C’esi ce que comprennent aujourd'hui la plus grande partie des curés de la province, et c’est ce que comprend aussi ce nombre toujours croissant d'hommes instruits qui, avec une persévérance Bénédictine, digne de tout éloge, s'occupent de l'histoire du Canada qu'ils enrichissent de nouveaux et précieux écrits.

Les premiers colons qui se décidèrent à s'éloigner du fort de Québec, qui les protégeait contre les incursions des sauvases, suivirent naturellement le fleuve Saint-Laurent sur les bords duquel ils se fixaient et où furent aussi bâties le, premières chanelles que les missionnaires allaient desservir en canot. La paroisse de Beauport, à raison de sa proximité de la ville, fut la place où d’abord durent se fixer les premiers habitants de la campagne venus du Perche, et surtout de Mortagne, avec Sieur Robert Giffard qui arriva à Québec, le 14 juin 1634, et auquel la seigneurie de Beauport avait été concédée, le 15 janvier précédent. On peut donc regarder cette paroïissé comme la plus ancienne après celle de Québec.

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Mais il est probable que les excellentes terres de Charlesbourg, en vue et près de la petite ville qui venait de prendre naissance sur le Cap Diamant, attirèrent tout d’abord l'attention des premiers Français qui venaient en Canada avec le dessein de s’y établir, et que, peu de temps après les premiers établissements faits sur les bords du fleuve, à Beauport et à la Côte de Beaupré, des colons se décidèrent à s’y fixer. Mais 1l n’est guère possible de constater en quelle année se fit la première habitation et par qui elle fut faite ; cependant, d'après le Dictionnaire Grénéaluzique de l'Aboé Tanguay, on pourrait croire que Paul Chalifou (ou Chalifour), marié à Québec, le 28 septembre 1648, à Jacquette Archambault, et qui alla s'établir à Charlesbourg après son mariage, fut, si non le premier, au moins

un des premiers habitants de cette paroisse (1).

(1) L’extrait suivant du journal des Jésuites, à la date du 6 janvier 1660, donnerait à entendre que plusieurs habitants allèrent s'établir à Charlesbourg vers ce temps là : ‘Environ ce temps se fit consulte extraordinaire pour adviser sion donnerait des concessions au-dessus des terres de notre ferme de Beauport, c’est-à-dire par delà 20 arpents de profondeur sur 7 de largeur; 7 personnes se présen-

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Le recensement de la colonie que l’'Intendant Talon fit faire en 1666, fait connaître qu'il y avait alors à Charlesbourg, y ce npris l'habitation de Notre- Dame des Anges, 24 habitants mariés, 10 habitants non mariés et 6 volontaires, donnant, avec les femmes et les enfants, un total de 100 âmes seulement pour tont le territoire qui forme aujourd'hui les deux paroisses de Charlesbourg et de Saint-Ambroise ; car il faut bien remarquer dès à présent que la paroisse de Naint-Ambroise toute entière, qui n’a commencé à être habitée qu'après celle de Charlesbourg, a lonstemps fait partie de cette dernière paroisse comme nous le verrons.

De tous les habitants qu'il y avait à Charlesbourg, lors de ce recensement de 1666, huit chefs de familles seulement ont laissé des descendants dans la paroisse :

ce sont Isaac Bedard, marié à Marie Girard ; Jacques Duhault, marié à Marie

tèrent pour y hubiter, et omnibus expensis, la plupart conclut à leur accorder ; toutefois on se contenta d’en accorder au-dessus des concessions voisines et non pas au-dessus de notre ‘erme, d’autant que depuis notre désert jusqu’à la sapinière il n’y restait plus que 6 arpents de bois qu’il fallait conserver pour les fermiers.”

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Lemoyne (1), Mathurin Roy dit Audy, marié à Marguerite Bire; Jacques Gralarneau, marié à Jacqueline Héron ; Jacques Renaud, marié à Marie Charié ; Paul Chalifour, marié à Jacquette Archambault ; Etienne Pasquier, ou Paquet, marié à Henriette Rousseau et Thomas Touchet, mar; Suzanne Ferrier.

Ce même recensement de 1666 fait connaître de plus que, parmi les premiers habitants de Charlesbourg qu’il mentionne et dont plusieurs, soldats licenciés du régiment de Carignan, n’étaient pas mariés, il y avait 5 charpentiers, 2 menuisiers, 2 maçons, 2 cordonuniers, 2 tailleurs d’habits, 1 jardinier, 1 tisserand, 1 chapelier, 1 patissier cuisinier ; c'est-à-dire qu'ils exerçaient ces métiers avant de venir en Canada (2).

(1) Nous croyons que c'est par erreur qu’on a denné le nom de Dubault à la famille actuelle de Louis Jacques, descendant de Louis Jacques, premier de ce nom établi à Charlesbourg et marié à Antoineite LeRoux dit Cardinal, car Jacques Duhault n’a pas laissé de descendants dans la paroisse.

(2) Jean Bergevin dit Langevin, souche des familles de ce nom, s’est d’abord établi à Bourg-Royal, de surte que la paroisse de Charlesbourg peut réclamer l'honneur d’aroir été le berceau d’une famille qui a donné à l'Eglise le pre-

Quoiqu'il en soit du temps où les premiers habitants de la paroisse vinrent s’y fixer, il est certain au moins qu’ils allèrent placer leurs demeures non loin de la ligne actuelle de séparation entre la paroisse de Charlesbourg et celle de Beauport, dans un lieu peu éloigné de l'endroit où plus tard fut construite une demeure devenue célèbre sous les noms de Chäleau- Bigot, de l'Hermitage où de Maison de la Montagne. 11s donnèrent au lieu qu'ils avaient choisi le nom de Bourg-Royal qu'il porte encore aujourd’hui. Ce fut près de là, dans un lieu qu'ils appelèrent Bourg-la- Reine, que ces premiers habitants

A bâtirent la première petite chapelle de la paroisse,

Mais à quelle époque remonte la fondation de cette première chapelle ?

quand et par qui y fut dite la première messe ? combien d'année elle a servi au culte ? quand fut-elle abandonnée pour être remplacée par la chapelle bâtie au villige de Charlesbourg, c’est-à-dire, à l'endroit où est l'église actuelle... ra

mier évêque de Rimouski, Mgr Langevin et son frère le Grand-Vicaire Edmond Langevin, et à l’état un ministre distingué, Sir Hector Langevin.

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PAROISSE DE CHARLESBOURC 9

Voilà autant de questions auxquelles il n’est pas possible de répondre. Mais la tradition de son existence n’a jamais été interrompue et ne souffre aucun doute.

On montre encore aujourd'hui (1887) la place de cette petite chapelle de Bourg- Royal, près de la demeure actuelle des Demoiselles Déry et sur un terrain appartenant maintenant à M. Xavier Giroux. On conserve avec un soin religieux dans la demeure de M. Xavier Paradis, un des voisins du lieu où était cette première chapelle, des petits chandeliers et deux ornements en noyer noir, et pel! trés, qui ont servi à cette petite chapelle de Bourg-Royal. Il y a aussi dans cette maison un vieux buffet en noyer noir, et peinturé à l'extérieur, qui date des premières années de l’établissement de la paroisse. Ces ouvrages, vieilles reliques du temps passé, que nous avons visités dernièrement avec grand intérêt, ne semblent avoir été travaillés qu'avec un couteau.

On conscrve enssi, dans la demeure de M. Napoléon Bedard,une petite statue que la tradition donne comme ayant appartenu à cette petite chapelle.

Pour mieur. se protéger contre les attaques des sauvages, auxquelles nos pères

10 PAROISSE DE CHARLESPOURG

étaient si souvent exposés, ils avaient fait tracer en triangles les terres qui leur avaient été concédées et avaient placé leurs demeures au sommet de ces trianles. Par cette sage disposition, réglée par les Jésuites, Seigneurs de ce domaine, ces demeures se trouvaient toutes rapprochées les unes des autres.

Le nombre des nouveaux colons arrivés de France et qui voulaient s'établir sur ces belles terres de Charlesbourg, augmentant chaque année, on ne fut pas longtemps sans penser à former un nouveau village, plus complet que celui de Bourg-Royal, et on choisit pour cela une des plus charmantes et des plus avantageuses situations qu'il fut possible de trouver.

Les Jésuites, auxquels les terres de Bourg-Royal et celles où est actuellement située l’église, avaient été données en fief par le Duc de Ventadour, Vice-Roti de la Nouvelle-France, le 10 mars 1626 (1), et qui par conséquent, en étaient les Seigneurs, concédèrent ces terres et les

(1) Le 12 mai 1678 le roi de France donna des lettres d'amortissement de tous les biens des Jésuites et en partieulier ‘‘ en quatre lieues d’étendue, proche Québec, tirant

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firent tracer, comme à Bourg-Royal, en triangles dont le sominet allait aboutir au lieu où est l'église aujourd'hui et où fut bâtie une petite chapelle qui remplaça pour le service divin la chapelle de Bourg-Royal qui fut alors abandonnée.

Cette nouvelle chapelle fut dédiée à Saint- Charles par les Jésuites qui furent les premiers missionnaires de la paroisse.

On tira à une petite distance du sommet de tous ces triangles un /rail-carré sur lequel on fit un chemin qui porte encore aujourd'hui le nom de Trait-Carré, qui s'applique aussi à tout le village qui environne l’église. Les nouveaux habitants placèrent leurs demeures en dedans

vers les montagnes de l'ouest, partie sur la rivière Saint Charles et partie sur le grand fleuve Saint Laurent ; une

pointe de terre avec les bois et prairies y contenus, située proche la petite rivière Layret, à eux concédée par lettres de notre très-cher et très-aimé eousin le Duc de Ventadour, Vice-Roi du dit pays, du dix mars mil six cent vingt six, confirmé le quinze janvier mil six cent trente sept par la compagnie de la Nouvelle France.”?

— Edits et Ord. 1er vol., p. 103,

La rivière Lairet tire son nom de François Lairet, un des premiers habitants de Charlesbourg qui demenrait près de la petite rivière.

ou en dehors de ce Trait-Carré et formèrent le village de Charlesbourg dont le nom s’étendit dès lors à toute la paroisse.

C’est peut-être ici le temps de faire quelques réflexions sur le sort des premiers colons du pays en général et des premiers habitants de Ch: arlesbourg en particulier.

On dit quelquefois que les premiers habitants du pays ont été heureux de pouvoir s'établir sur les bords du fleuve, ou sur de bonnes et belles.terres, voisines de la ville, comme celles de Charlesbourg ; de ne pas être obligés d'ouvrir des terres éloignées et sans voies de communication, comme au Saguenay et dans les Cantons de l'Est. Cela est vrai sous certains ‘apports, mais cependant il ne faut pas leur envier cet avantage, car il a été amplement compensé par des difiicultés bien plus grandes que celles qu'ont à rencontrer lesnouveaux colons d'aujourd'hui, et il leur fallut, pour les surmonter, un courage que l'intérêt et l'espérance d’un meilleur avenir pouvaient sans doute alimenter et soutenir, mais que la religion seule pouvait donner.

Il leur fallait d'abord dire adieu à une patrie chérie, à ce beau pays de France,

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PAROISSE DE CHARLESBOUR(G

“Le plus beau royaume après celui du ciel,” comme on aimait à le dire dans le temps où la religion y fleurissait avec les lis ; il leur fallait traverser l'océan et s'exposer à tous les inconvénients et à tous les dangers d’une longue et périlleuse navigation, dans des vaisseaux voiliers, à la course longue et pleine d’ennuis, pour aller passer leur vie dans un pays sauvage où les choses les plus utiles, et souvent les plus nécessaires, manquaient et qu'il était impossible de se procurer dans ce nouveau pays ; pour aller dans une contrée où ils avaient à affronter les froids excessifs de nos hivers,aux rigueurs desquels ils n'étaient ni habitués ni préparés. Car, il faut bien le remarquer, dans ces premiers temps nos pères n'avaient pas même de poêles, cet ustensile si nécessaire du ménage. Il leur fallait se contenter d’un feu de cheminée (1).

(1) Les premiers poêles étaient loin d'avoir l'élégance et la variété de formes des poêles d'aujourd'hui qui sont un véritable ornement, même pour les salons, quand toutefois ils ne sont pas remplacés par le luxe des fournaises. C'était de grosses musses de fonte, aux quatre faces presque sans ornements, au dessus uni, n’ayant qu'un seul pontou qu’un seul étage et le tout supporté par quatre grosses pattes de

chien. Les poëles à deux ponts ne remontent pas à plus de

Ils n'avaient point pour l'habillement, comme pour les voitures et les demeures, toutes ces améliorations que l’aisance, l’industrie, le luxe et l'amour du contortable, comme disent les Anglais et les Américains, ont mis en usage aujeurd'hui, même chez les cultivateurs. Dans les nouveaux établissments qui se font à présent, au contraire, plusieurs de ces améliorations y sont tout d’abord transportées, et puis on a les magasins des villes où on trouve facilement le nécessaire et l’utile.

Nos pères devaient surtout se condamner à vivre dans un pays couvert de forêts parcourues par des nations sauvages et plus redoutables par leur cruauté que les bêtes féroces qui les habitaient. Ils avaient continuellement à craindre de tomber entre leurs mains, et de devenir le jouet de leurs amusements barbares dans une dure captivité, ou d’être mis à

60 ans dans les campagnes. Comme accompagnement obligé il y avait un fonrgon cn fer, et souvent aussi un fourgon en bois, pour attiser le feu, et puis une casserole de tôle dans laquelle étaient ordinairement les petites pincettes pour prenére le charbon dont on se servait pour allumer la pipe ; var les allumettes simplement souffrées, qu’on regardait alors comme une grande amélivration, ne sont venues que vers 1835 et les allumettes chimiques plus tard.

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mort au milieu des plus affreux supplices.

Il fallait donc un grand courage,et les premiers habitants de Charlesbourg eurent ce grand courage en allant ainsi s'établir au milieu de la forêt et loin du fort de Québec. La tradition cependant ne nous apprend pas qu'ils furent troublés et molestés par les indigènes. Ils durent sans doute cette protection spéciale du ciel à leurs ferventes prières et à la messe fondée par les Jésuites pour la conversion des sauvages, qu'on appelait {x messe du vœu, ét qui a toujours été célébrée jusqu'à présent dans l’octave de la fête de Saint Charles, comme nous l'avons mentionné précédemment dans une note.

Quel ennui aussi de vivre dans des privations continuelles et de tout genre, au milieu des souches et des chicots noircis par le feu ! de vivre en compagnie des moustiques et des maringouins dans l'été, dans de petites chaumiëres de bois rond ou grossièrement équarri, souvent couvertes en paille, mal éclairées pendant le jour par quelques petites fenêtres, et le soir par la lumière terne et blafarde d’une lampe à bec remplie de mauvaise huile, ou par la pâle lumière d’une chandelle de suif au lumignon fumant! On ne

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pensait pas alors à l'huile de pétrole, ni au gaz et encore moins à la lumière électrique.

Quel ennui encore, les dimanches et fêtes, de ne pouvoir se réunir que dans une petite chapelle couverte en paille “ bâtie de pieux et prête à tomber ” dit un mémoire de 1683 que nous allons bientôt citer.

Point de poêle dans cette chapelle, cela va sans dire, car le luxe des poêles dans les églises n’a été introduit, comme or le sait, que depuis 1540 environ (1}.

() Monsieur le Grand-Vicaire Deschenanx, mort, curé de l'Ancienne Lorette, le 9 juillet 152, est Is premier qui ait introduit l’usage des poêles, d'abord das la chapelle de la Sainte Vierge annexée à l’église de cette paroisse et ensuite dans l'église même, et à ses frais, On en parlait comme d'une chose bien extraordinaire. Il faut bien remarquer aussi qu'autrefois la messe sur semaine ne se disait que dans l'église et sans feu. Nos pères qui voulaient vivre en Canada comme ils vivaient en France, c’est-à-dire, sans poêle daus les églises, n'avaient pas même souvent des poêles dans les sacristies, ces petites sacristirs qui ne consistaient quelquefois que dans l’espace compris entre le retable de l'autel ei le rond point du mur, Chose singulière et qui peut faire comprendre la difficulté qu'on a de rompre avec une vieille: habitude : malgré les souffrances que le froid faisait endurer. lorsqu'il s'agit de placer des poêles

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Et pour se rendre à cette chapelle, de méme que pour aller à Québec, que de fatisues en été et de misères en hiver | D'abord les chemins, à peine ouverts, étaient loin d’être macadamisés et dans des terres fortes et basses, comme au Gros Pin, quelle triste snite de cahots et de bourtiers il fallait traverser !

Il faut bien remarquer encore que dans les premiers temps, avant 1665 au moins, et même plusieurs années après cette date, il n’y avait pas un seul cheval à Charlesbourg, puisque, d’après le Journal

sèrent longlemps sous le prétexte surtout que la fumée de ces poêles gâterait l’intérieur des ézlises. Souvent dans Icg plus grands froids on était obligé de placer un réchaud sur l’autel pour le célébrant qui, sans cela, aurais éprov ré une bonne onglée aux doigts.

Le 24 octobre 1796, Mgr Hubert écrivait à M. Deschenux : “ Il vous est permis par ces présentes de bénir la sacristie et d'y dire la messe les jours qui ne sont point chômés seulement et encore dans les froids o41 votre santé pourrait en être diminuée. Si cette réponse vous parcît stricte c’est afin de ne pas donner occasion à d’autres prêtres de Gemander pereille dispense, ce qui me paraît être contre les règles, à moins d’une grande utilité pour Ia santé.’

Cette permission de dire la messe dans les sacristies s’accorde facilement aujourd’hui, d'autant plus que la plupart

des scristies que l’on construit à présent sont de véritables chapelles,

des Jésuites, le premier cheval amené en Canada est arrivé à Québec, en 1647, et fut mis à l'usage de Montmagny, second gouverneur du pays ; et que le second envoi de ces animaux, si utiles ou plutôt si 1écessaires, surtout aux agriculteurs, n'arriva que dans l'été de 1665. C'était toujours grande réjouissance à l’arrivée des vaisseaux venant de France, mais cette année là, “ ce qui causa une grande joie parmi les habitants e un vif étonnement aux aborigèn:., : l'abbé Ferland, fut le débarquement de douze chevaux que le roi envoyait au Canada. A l'exception d’un cheval donné près de vingt ans auparavant à M. de Montmaoeny, c’étaient les premiers qu’on y voyait.

Aussi les sauvages examinèrent attentivement et s’étonnaient que les orignaux de France fussent si truitables et si soumis aux volontés de l’homme.”

Il fait donc aller à pied, ou dans de

misérables voiturestrainées par d :oufs.

Triste et ennuyante manière de .ger, surtout dans les tempêtes et les «7 :ds

froids de l'hiver, et d'autant plus peutble qu'il faut se rappeler qu’on était loin alors d’avoir ce luxe d’habits à fourrures dont on se couvre aujourd’hui, et de

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voyagerdans de hellescarrioles couvertes, pourvues de bonnes peaux de buflles ou d'autres animaux. Nos bonnes grand'mères allaient ainsi à l’église, à la ville … n'ayant sur leurs £2noux que des couv ‘tes de droguet ou des catalognes ; sur la tête une caline comme en France, mais que la nécessité apprit bientôt à doubler et à redoubler de manière à former une coiffure chaude, connue sous le nom de Grosse-Téle ou de Thérèse, et dont l'usage s’est longtemps conservé ; et sur les épaules ‘an simple chäle où une mente d'indienne redoublée.

Mais ne nous arrêtons pas plus longtemps à considérer le sombre tableau des misères qu'eurent à endurer nos pères, et entrons aans le récit des évènements qui ont eté accomplis pour fonder cette belle et riche paroisse de Charlesbourg, si légitimement fière aujourd’hui de ses terres améliorées, de ses routes macadamisées, de ses jardins et de ses vergers, de ses résidences toujours propres et souvent du meilleur goût, de ses nombreuses écoles, de ses deux couvents, de sa chapelle de Notre-Dame des Laurentides, de son église si richement et si convenablement décorée à l’intérieur, et dans laquelle les

sons d’un orgue puissant et harmonieux réjouissent les oreilles des heureux paroissiens du temps présent, et guident les voix bien exercées d’un chœur de chantres auxquels le zèle et le bon goût ont attiré une réputation flatteuse, depuis longtemps bien connue et justement méritée.

Le plus ancien document des archives de la fabrique de Charlesbourg est le premier cahier des ‘“ Comptes et Délibération ” qui remonte au 25 mars 1678

(les 2 premières pages manquant). (1) Ce cahier nous apprend que le dernier Père Jésuite qui desservit la paroisse,

avant que les prêtres du Séminaire de Québec fussent chargés de cette desserte, et aussi le premier prêtre connu comme desservant fut

LE PÈRE GUILLAUME MATHIEU ler Desservant connu.

Il faisait les fonctions de curé à Charleshourg avant la reddition des comptes

(1) Les régistres remontent au 21 juillet 1679, et s’ouvrent par l’acte de sépulture de François Vivier, enfant âgé de 2} ans. Le 1er bantême dont l’acte a été inscrit dans les régistres est celui de Thomas Morin, le 6 août 1679.

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du premier marguillier connu, Jacques Bedard, le 7 juillet 1675. L'abhé Tanœuay, dans son “ Répertoire du Clergé Canadien” que nous aurons occasion de citer plusieurs fois, dit que le Père Guillaume Mathieu, ‘ Jésuite, arrivé le 5 août 1667, fut employé, en 1670, à NSillery, et à Charlesbourg, en 1674. Il partit pour retourner en France, le 6 üctobre 1684 ”

Le Père Mathieu avait pu se procurer pour la paroisse de Charlesbourg deux reliques qui, malheureusement, n’existent plus ; c'était une partie de la robe de Saint Charles et sa propre signature, renfermées dans un buste de ce Naint.

Il avait obtenu ces reliques, le 27 mars 1674, du Père Paul Oliva, général des Jésuites, par l’entremise du Père Calvé, alors procureur de la province de France à Rome. M. de Bernières, Vicaire- Général, avait permis, le 20 octobre suiant, au Père Mathieu, d'exposer ces reliques. C’est tout ce que l’on sait de l'administration de ce premier prêtre connu qui à desservi la paroisse. Le mémoire du Frère Joseph, de la Compagnie de Jésus, dont on va parler et qui fut présenté en ce temps pour le règlement des comptes des Jésuites avec le

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Séminaire de Québec, fait connaître, de plus, que les Jésuites voulaient charger 30 livres au Séminaire pour la nourriture du Père Mathieu pendant qu'il desservit la paroisse ; mais, en fin de compte, cette demande fut abandonnée.

À cette époque done, c’est-à-dire vers le 7 juillet 1675, les Jésuites abandonnerent la desserte de Ja paroisse dont le Séminaire de Québec se chargea, conformément à la volonté de Mer de Laval, premier Evêque du pays. Par un mandement du 26 mars 1663, sanctionné par le roi de France, au mois d'avril suivant, il avait aiecté toutes les dimes des paroisses au Séminaire de Québec qu'il venait de fonder et qu'il voulait mettre en état de subvenir à ses dépenses, tant pour l’éducation que pour la desserte des cures qu'il voulait lui annexer et dont il voulait le charger. Ce règlement ne fut en vigueur que jusqu'en 1692, où il fut aboli par son successeur, Mer de St. Vallier (1).

(1) Le roi, en approuvant, en avril 1663, le mandement de Mgr de Laval, qui établissait le Séminaire de Québec, régla “que toutes les dimes, de quelque nature qu'elles puissent être, tant de ce qui naît par le travail des hommes que de ce que la terre produit d'elle

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Ce changement dans la desserte de ‘la paroisse nécessita un règlement des comptes, des recettes et des dépenses faites par les Jésuites, le Séminaire de Québec et les marguilliers. Le Frère Joseph, agissant comme procureur des Jésuites, présenta un mémoire, (1) le Séminaire en fit autant relativement à ce qu'il avait reçu pour l’église ; les inar-

au Séminaire qui, de son côté, serait obligé d'entretenir tous les ouvriers évangéliques, de payer leurs voyages de France, aller et retour, et quand le Séminaire aura fourni toutes les dépenses annuelles, ce qui pourra rester de son revenu sera employé à la construction des églises, en au-

mônes et en autres bonnes œuvres.

(1) Il est probable que les Récolets qui avaient laissé le pays après la prise de Québec par les Kertk, en 1629, et qui ne revinrent en Canada que le 18 août 1610, desservirent quelquefois la paroisse après leur retour, ou au moins qu'ils y eurent des affaires, car on voit par les comptes du Frère Joseph qu'il leur avait puyé, le 22 oct. 1678 ‘pour tous les meubles, ustensiles, ornements qui sont restés à l'église et généralement toutes autres choses qui pourraient appartenir aux RR. PP. Récolets, quatre vingts livres.”?

Le mémoire du Frère Joseph était ainsi terminé : “toutes choses donc ainsi arrestées le dit Frère Joseph demeure quitte envers l’église de Charlesbonrg et l’église pareillement envers luy ainsi que le dit Fire le recognait par sa quittance couchée par écrit sur la fin de ce livre en datté du 7 mars 1680.”

guilliers Pierre Cicateau, Olivier Le Roy, Pierre Lefebvre et Pierre Grolleau, successivement marguilliers, depuis 1675 à 1680, présentèrent aussi leurs comptes et tout fut réglé dans une assemblée des marguilliers, le 24 juin 1680 présidée par

MONSIEUR CHARLES GLANDELET,

2ème L'esservant.

Monsieur Glandelet était prêtre du Séminaire de Québec et il est le premier prêtre séculier qui a desservi la paroisse après les Jésuites. Arrivé en Canada au mois d'août 1675 il avait été aussitôt chargé de la desserte de Charlesbourg.

Tous les comptes et notes du premier cahier de la fabrique ont été écrits et sigœnés par lui, depuis l'acte de l'élection comme marguillier de Pierre Martel, le 25 mars 1678, jusqu'au 18 mai 1681où ce même Pierre Martel, du village de Saint Joseph, fut réélu de nouveau, parce qu'étant parti pour la France la même année de sa première élection, “ sans laisser espérance de retour,” dit l'acte, il avait été rempiacé l’année suivante.

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Par les comptes du Frère Joseph on voit qu'avant le 16 avril 1675 les Jésuites avaient acheté une cloche, (la première de la paroisse) qu'ils avaient payée 61 livres (environ $10.20). Elle devait avoir la voix bien faible, cette petite cloche de dix piastres comparée aux riches accords des carillons de plusieurs mille livres qu'il est de mode aujourd’hui d'installer dans les tours, aux flèches élancées, de nos magnifiques églises.

Dès les premiers temps de la paroisse l'usage de rendre le pain bénit, selon l’expression reçue, était établi, et on rendait au moins ce qu'on appelait des pains bénits de dévotion aux grandes fêtes, car en 1675, le Frère Joseph avait donné 3 livres de v ingt sous “ pour payer Cicateau de deux pains bénits offerts lun à la Saint-Charles et l’autre à Pâques.” Uet usage de rendre le pain bénit, si respectable par son antiquité et par lesouvenir des Agapes des premiers chrétiens qu'il rappelait, a été conservé jusqu'à ces derniers temps, et n’a été abandonné qu'à raison des inconvénients et des abus qui s'étaient introduits et dont on parlera plus tard.

M. Glandelet acheta, en 1679, le premier calice d'argent que la fabrique a

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possédé ; jusque là on s'était servi d’un calice que les Jésuites apportaient avec eux dans leurs missions.

C’est pendant que M. Glandelet desservait la paroisse qu'il est fait mention pour la première fois d’un bedeau, personnage important dans l’église puisque, suivant la réponse d’un enfant un jour an catéchisme, c’est lui qui l'éclaire et la gouverne.

On voit, en eflet, par les comptes de Pierre Lefebvre, marguillier, rendant ses comptes du 25 mars 1678 au 3 avril 1679, que le premier bedeau connu de la paroisse fut Jean Boismay ou Boismé (1), auquel les marguilliers n'avaient alloué pour gages que 20 francs par année.

C'était peu, mais aussi cette charge n'avait pas alors l'importance qu’elle a

(1) Liste des bedeaux de la paroisse jusqu'à ce jour :

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