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bourg, probablement sur ie terrain du Château-Bizot, un établissement, car le recensement de 1667 fait connaitre qu'il y avait alors dans la paroisse “ Une habitation appartenant à M. Talon, Intendant, où il y avait 30 brebis, 30 arp. de terre en valeur.” Et l'abbé Ferland dit que, dans ce temps, Talon ‘“ forma, près de Québec, trois villages qui font aujourd'hui partie de la paroisse de Charlesbourg et v établit une partie des soldats de Carignan qu'on avait licenciés,” Il est probable que Talon ne résidait point dans cette habitation lors du recensement qu'il fit faire Iui-même en 1667 et qu'il ne bâtit le château dont il s’agit, (si toutefois il la bâti), et qu'il aurait destiné à être son manoir seigneurlal, qu'après son retour de France, en 1669, sn -à-dire entre cette année et celle de son départ en 1672
Mais est-ce bien Talon is a fait bâtir le Château Bigot ? ou est-ce Bigot luimême ? Voilà une question à laquelle nos archéologues n’ont pu jusqu'à présent donner une réponse satisfaisante.
Quant à nous, nous croyons devoir nous ranger à l’opinion du Grand Vicaire Jérôme Demers citée par l'abbé Ferland,
PAROISSE DE CHARLESBOURG til
dans une lettre du 21 juin 1861, et sur laquelle M. James M. Le Moine, ce chercheur émérite qui travailie toujours, et avec succès, à faire connaitre Québec et ses environs aux étrangers et à nos compatriotes parlant l'anglais, a attiré notre attention.
“J'ai entendu autrefois, dit M. l'abbé Ferland dans cette lettre, dire à Messire Demers que Talon commença à batir son manoir au lieu même ou sont les ruines ; que plus tard ée manoir, vendu avec les terres, fut réparé et agrandi. ?
L'opinion de M. Demers, ce puits de science, comme l'a appelé un de nos moilleurs écrivains, est toujours d'un grand poids; et puis il a véeu dans un temps où il a du connaitre plusieurs des amis de Bigot. D'ailleurs, il est facile de croire avec lui que Talon, ce modèle des Intendants, n'a fait que commencer à bâtir son manoir et que, dans ces premiers temps de la colonie, il n’a pu avoir l'idée de faire une bâtisse avec des proportions teiles que celles qu'avait le Château-Birot et qu'il se sera contenté d’une modeste habilation, dans un lieu de si difficile accès alors.
Et puis il est facile aussi de croire encore avec M. Demers que Bizot. qui ne
regardait pas d'aussi près aux dépenses extrave wantes et au gaspillage, a réparé et agrandi cette bâtisse de manière à la transformer tellement qu'on à pu dire que ce château a été construit par Bigot.
Quoi qu'il en soit, les romanciers aiment è faire remonter à Talon l’origine de cette Maison de la Montagne, car plus une chose est ancienne plis elle se prête à la fiction et à la poésie.
Il s’y retirait en silence, dit l’auteur du Chien d'Or, quand 1l était fatigué des importunilés de ses amis et des persécutions de ses adversaires, ou dégoûté de la froide indifférence de }a Cour pour ses admirables plans de colonisation.” Le Chien d'Or est un roman, sans doute, mais c’est un roman historique, et ce que dit l’auteur est au moins vraisemblable.
Dans tous les cas, nous souserivons volontiers au tribut d’éloge que l’auteur paie au premier et au plus célèbre des Intendants du Roi en Canada.
“Nous ne savons guère, dit M.Jolicœæur, ce qui se passa à la Maison de la Montagne jusqu'à l’année 1748, époque à laquelle François Bigot, treizième et dernier Intendant du roi de France, arriva
à Québec... Il avait été Intendant à
la Louisiane d’abord, puis à Louisbourg où il avait révolté les gens par sa rapacité et sa convoitise. C'était un homme d:
petite taille, mais ‘en fait, d'un port agréable, d'une grande bravoure, actif, aimant le faste, les plaisirs et surtout le jeu. Pour trouver les moyens de satisfaire ses passions il était sans scrupule.
Le salaire qu’on lui accordait était peu élevé, mais il savait se dédommager en manipulant les deniers du roi. Dans les dernières années de la domination française nos ancêtres passèrent par des temps de malheurs et d'épreuves. Presque toujours sous les armes, ils négligeaient la culture de leurs terres, aussi les choses nécessaires à la vie étaient-elles rares.
En 1756 la misère était tellement grande à Québec que les habitants en étaient réduits à quatre onces de pain par jour et à une livre de viande, soit de bœuf, soit de cheval, ou bien de morue sèche, ".ncore tout le monde n’en avait point, e 1] n'était pas rare de voir des gens s'affaisser sur la route exténués de faim.
La France avait bien envoyé des secours, mais malheureusement la distribution en était confiée à Bigot. Au lieu de se prodiguer pour soulager la misère du peuple, ce monstre spéculait avec ses confrères
sur les provisions du roi. De plus il faisait acheter sous main le peu de blé qu'on récoltait et le revendait à gros profits. La tradition a conservé la mémoire de son fameux magasin qu'iltenait près du Palais et que le peuple, dans son langage pittoresque, avait baptisé du nom de La EFriponne. L'histoire fétrit les noms de Deschenaux, Cadet, Corpron, Varin, Jénissant, Maurin, Estebe, de Noyan et Péan, les complices et les compagnons de plaisir de Bisot. Il se donnait au l'alais de Fintendant des bäls maoniliqueset, pendant que les convives s'éœavalent autour d'une table chargée de mets et de bons vins, on voyait roder, dans ie voisinage, des pauvres quicriuent la faim. On jouait des sommes folles ex les soldats ne recevaient point leur solde et étaient à peine nourris et habiliés, tandis que les ofliciers étaient oblivés d'emprunter pour vivre. C'est en vain que le Marquis de Montcalm adressait en France les plaintes les plus énergiques, on ne l’écoutait pas. Bigot était protégé par Madame de Pompadour (1).”
(1) Montcalm écrivait entre autres choses au Maréchal Belle-Isle, en 1758 : “ On fait d’immenses accaparements de toutes choses que l’on vend ensuite à cent cinquante
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‘ Quelque temps après son arrivée à Québec, Bigot avait acheté Ja propriété de la Montagne, La maison en pierre, à deux étages, avait cinquante-cinq pieds de front sur trente-cinq de profondeur ; elle était construite solidement ; les murs, comme on peut le voir encore (1), avaient quatre pieds d'épaisseur ; an milieu était un mur de refend ; les deux € tages 6 étaient percés chacun de six fenêt tres ; la porte était au milieu de la façade du sud ; une longue galerie faisait le tour de la maison ; au pignon nord-ouest s'élevait une tourelie au bas de laquelle était un caveau vouté qui cormuniquait avec la cave.
Ce devait être un lieu de sureté pour
pour cent de bénéfice pour Bigot et ses adherents.”” Et
dans une autre lettre : ‘* Bigot ne parait occupé que de faire une grande fortune pour lui et ses adhérents et complaisants.”?
Pris au nom du roi chez les habitants un bœuf se payait environ 312 et était revendu jusqu'à près de 5300. ‘Le roi peut prendre tout ce que nous avons, disaient avec résignation les habitants, pourvu que le Canada soit sauvé.’ (Ferland 2e vol. p. 551 et 558).
(1) Nous avons visité nous-même le Château-Bigot en 1840. Il y avait encore alors une partie de la couverture sur les murs et on voyait encore des restes des plantations du jardin et du verger.
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placer la belle vaisselle en l’absence du maitre, ou, peut-être, était-ce le cellier où l'on encavait les vins ou les provisions.”
“ Bigot fit restaurer la maison, l’embellit pour en faire un lieu de plaisance ; il fit planter des arbres, des lilas, des pommiers, des pruniers, des groselliers ; fit tracer des allées; de plus il fit percer à travers le bois un chemin commode.
À cette époque une bonne partie de Charlesbourg était encore couverte d’une épaisse forêt, habitée par des animaux sauvages de plus d’une espèce, Très souvent Bigot partait de Québec avec quelques compagnons ; ou faisait la chasse toute la journée et, quand on était bien fatigué, on se rendait à la Montagne Aprèsavoircopieusement soupé et savouré les meilleurs vins, on se livrait à des jeux et souvent au jeu de l'argent. De temps à autre Bigot invitait la société de la ville et le Gouverneur s'y rendait quelquefois. Alors on voyait monter de beaux ‘arrosses remplis de dames, tandis que les hommes chevauchaïient à côté. Nos erands pères ont dü plus d’une fois voir passer sur la Côte du Roi de brillantes
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de
cavalcades se dirigeant vers le Bourg Royal” (1)
Mais cela devait être de courte durée.
En 1759, c’est-à-dire, onze ans plus tard, les Anglais s’'emparaient du pays. En dilapidant les deniers du roi, en privant les troupes des secours nécessaires, Bigot peut être accusé justement d’avoir contribué pour une g (Anse part à nos revers.
Il retourna en France avec ses compapagnons, «us ho pes de richesses mal acquises ; mais là la justice les attendait.
Ils furent enfermés à la Bastille et, après avoir subi leur procès, furent condamnés à restituer, à payer l'amende et quelquesuns à être bannis du royaume. Il fut prouvé au procès que Bigot avait volé au pays la bagatelle de 400 mille louis.”
“ Les derniers habitants du Château Bisot furent quelques familles de Québec qui vinrent y chercher refuge pendant que l’armée anglaise, campée à la Pointe Lévis, bombardait la ville et la réduisait en cendres.”
(1) Tout ce que dit ici M. Jolicœur est bien vraisembluble, seulement il est probable que les équipages devaient ordinairement monter à Charlesbourg par la route qui va de
la Canardière à Bourg-Royal.
Après la conquête Je Souvernement anglais s'empara de cette propriété et la vendit plus tard à Ja famille Stewart dont un des membres à fait Connaître dans une lettre que plusieurs Y Passèrent Une partie de l'hiver de 1776 à 1776, pendant qu'Arnold aSsiégenit Québec, C’est peut-être la dernière fois que cette demeure fut habitée, La Propriété $e détériora pétit à petit, faute d'entretien, et n’est plus aujourd'hui qu'une ruine Complète, “Hl}]a était encore intacte au COMmMmencement du siècle, dit encore M.
Jolicœur, Quand les bons Vivants de Québec SY rendaient en Pique-nique et Y Passaient une Joyeuse Journée, leu à peu Ja maison fut laissée solitaire, ou plutôt Peuplée par Jes fantômes, Alors COMmence la légende, Sui ‘ani Ja chronique du village il] Y avait un trésor dans 6 CaTeau ; suivant d’autres Ja maison était hantée par des esprits... (1)
L. Jolicœur termine sa conférence par une belle réflexion et un juste tribut de louange Payé au mérite d'un homme
(1) Voir les Tomans : “Le Chien d'Or,” de Kirby ; “Le Château de Beaumanoir, ?? par Rousseau ; “L'Intendant Bigot,”” par Marmette ; ‘Uaroline, Par Amédée Papi- Peau ; ‘ Maple Leaves,’ Par Lemoine.
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dont la paroisse de Charlesbourg aime à garder un bon souvenir, le Chevalier Muire, fondateur de la chapelle et du couvent de Notre-Dame des Laurentides, dans le village de Saint-Pierre ; nous en parlerons plus tard.
‘Disons en terminant, dit done M.
Jolicœur, que les orgies et les iniquités dont le Château-Bigot a été le théâtre demandaient une expiation. C’est pour cela que les bons anges de la paroisse ont inspiré à un citoyen éminent et doué de fortune, le dessein de fonder un couvent sur les hauteurs de Naint-Pierre et d'y appeler les bonnes sœurs du Bon- Pasteur.”
Le 26 juin 1780 le Château-Bigot fut vendu par son propriétaire, Charles Stewart, avocat, aux sieurs John Lees, Nimon Frazer et William Wilson, marchands, de Québec, qui cédèrent cette propriété, le 12 août 1805, à Charles Stewart qui la revendit de nouveau à Williain Crawford, qui enfin l’a vendue à M. Léger Brousseau, le propriétaire actuel (1887).
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