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paresseux qui lui demandait l’aumône.
——"* Donne-lui, dit-il à sa nière et en même temps sa ménagère, donne-lui une bonne aumône, il l’a bien gagnée, le hère, car je lui ai donné une sérieuse leçon.”--C'était bien là le Père Bedard, faisant toujours et partout la guerre aux défauts et aux vices, mais en même temps toujours rempli de pitié et de commisération pour ceux qui les avaient. Prêtre à l'âme vraiment sacerdotale, homme aux vertus austères, mais cachant un cœur d’or sous un extérieu: sévère, brülant d'amour pour Dieu et dévoré de zèle pour le salut des âmes ; tout de feu pour rendre service ; d’une charité qui ne connaissait pas de bornes, n'épargnant ni peine ni fatigue et ne regardant ni au temps, ni à la distance lorsqu'il s'agissait d'aller consoler un malade, réconforter une âme endolorie ou porter se-ours à un confrère dans quelqu’embarras.
Pour satisfaire le zèle dont il était animé pour le bien des âmes confiées à ses soins, et en même temps pour donner à son corps, dont la forte constitution semblait si bien adaptée à l'énergie de son âme, l'exercice dont il avait continuellement besoin, on le voyait souvent,
véritable missionnaire, aller à pied d’une église à l’autre lorsqu'il était chargé de la desserte des deux paroisses de Charlesbourg et de Saint-Ambroise.
Dans ce temps il n’y avait pas à Québec autant de prêtres qu'aujourd'hui et il fallait, pour compléter le nombre voulu de prêtres pour la cérémonie de Ja consécration des Saintes Huiles, le Jeudi-Saint, avoir recours aux curés voisins de Ja ville qui se faisaient un plaisir et un honneur d'y assister et de coutinuer cet ancien usage de leurs prédécesseurs. Nouvent dans ce temps de la Semaine Sainte les chemins sont bien difficiles pour les voitures. M. Bedard alors ne faisait pas difficulté de chausser les bottes sauvages et de descendre à pied de Charlesbourg à Québec. Nous l'avons vu nous-même, en 1836, assister à cette cérémonie du Jeudi-Naintet nous n'avons jamais oublié comme chacun aimait à remarquer, parmi tous les prêtres, le petit Père B:dard à la belle chevelure blanche, aux yeux vifs et perçants, à la figure intelligente et dont la voix douce et sympathique, lorsqu'il chantait à son tour l’Ave sanctum oleum, semblait un écho de sa belle âme.
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M. Bedard était regardé dans son temps comme Je Père Bridaine du Canada.
C'était en effet un prédicateur puissant et populaire et, quand il le fallait, sa diction avait tous les charmes et tout l'entrainement des meilleurs oratenrs sacrés. [Il savait capter l'attention de ses auditeurs tant à la ville, où l’on admirit l’énergique expression de ses gestes et de sa figure, qu'à la camprone où il montrait une profonde connaissance du cœur humain en général et des mœurs du peuple Canadien en particulier.
Il avait parcouru plusieurs fois, comme nous l'avons vu, à la suite de l'évèque dans les visites épiscopales, le diocèse de Québec qui comprenait alors les diocèses actuels des Trois-Rivières, de Nicolet, de Rimouski et de Chicoutimi, et les anciens n'ont pas encore oublié les conférences qu'il faisait alors et qu'il savait rendre si interessantes par la clarté avec laquelle il développait les principes du dogme et de la morale, par là-propos îe ses réflexions, par sa phrase toujours à la portée de son auditoire et souvent aussi par l'originalité de ses expressions et de sa mise en scène C’est ainsi qu'un jour répondant à celui qui faisait la confé-
rence avec lui et qui venait de lui faire l’objection que, si on réglait toujours les difficultés à l’amiable devant le curé ou une personne de confiance, les avocats mourraient de faim ; pour toute réponse à cette objection faite en présence de plusieurs avocats, il dit: “ Eh! bien, s'ils meurent on les enterrera.”
Une autre fois il commença ainsi son instruction: “ Je suis le curé de Charlesbourg ; j'ai demandé dernièrement à quelqu'un de mes paroiïssiens, qui va souvent au marché s’il y avait bien du monde à la ville, il m'a répondu qu'il n’y avait que quelques ivrognes de cette paroisse.” Ce fut son texte et il sut bien le développer.
Tous les ans, à la clôture de la neuvaine, le petit Père Bedard de Charlesbourg, comme on l’appelait ordinairement, montait dans la chaire de la Cathédrale de Québec et, comme on s’y attendait, il y avait foule à vêpres ce jour là, comme plus tard aux Conférences de M.
Holmes, et on voyait chacun s’échanger des signes de contentement lorsque le petit Père Bedard passait dans le chœur pour aller demander la bénédiction de l’Evêque. Une fois en chaire, il promenait
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son regard d’aigle sur tout J’auditoire qu’il semblait avoir fasciné avant même de commencer à parler. On l’écoutait avec attention et les figures étaient souriantes d'approbation lorsque, avec une verve d’éloquence entrainante, il distribuait aux hommes de professions et aux marchands des vérités que son âge et sa réputation de sainteté faisaient accepter volontiers et avec grand profit pour leurs âmes. Il avait par fois des mouvements oratoires pathétiques et d’un effet merveilleux.
Homme éclairé, clairvoyant et de bon conseil il était l’oracle de ses paroissiens, la lumière de ses confrères et, dans les difficultés que rencontrent souvent les Supérieurs Ecclésiastiques, il était un guide sûr et à l’opinion duquel ils aimaient à s'en rapporter. Ils avaient confiance dans sa haute intelligence et dans sa rare perspicacité ; aussi voyait-on souvent l'Evêque de Québec, ou son Coadjuteur, monter à Charlesbourg et honorer de leur visite ce prêtre vénérable et estimable à tous égards.
. Une des œuvres les plus méritoires peut-être de M. Bedard, à raison de la vivacité de son caractère, c’est l’abnégation qu'il a pratiquée et la gêne à laquelle
il a bien voulu se soumettre pour donner, dans son presbytère, des leçons de latin et de français à des jeunes gens qu'il préparait à faire un cours d’études classiques au Séminaire de Québec. Dans un âge avancé, alors que naturellement on aime Ja tranquillité, avec un caractère prompt et. bouillant, s’astreindre à faire la classe à des enfants, les garder en pension dans son presbytère, endurer leur tapage, condescendre pour les amuser jusqu'à jouer avec eux, quel dévouement !
Et cela il le fit longtemps et pour un grand nombre d'élèves qui tous ont béni ou bénissent encore Son nom.
Le premier et le plus ancien des élèves dont il se fit ainsi le maître d'école fut M. J. Frs. Gagnon, longtemps curé de Berthier d'en haut, où jl est mort, le 7 avril 1875. Comme on lui demandait un jour pourquoi le nom de M. Bedard Jui revenait si souvent dans la conversation, pourquoi il aimait tant à en parler. “ C’est que, dit-il, M. Bedard était le modèle d'un bon et saint prêtre et que toute mon ambition est de tâcher de l’imiter et de lui ressembler.” Parmi ses autres élèves on doit citer son neveu le vénérable Monsieur F. X. Delâge, curé de l'Islet
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pendant 49 ans et qui vient de mourir (12 août 1887) dans la mème paroisse à l'âge de 82 ans ; son petit neveu Michel Racine, frère ainé des Evêques de Sherbrooke et de Chicoutimi, professeur et prédicateur distingué, dont le Grand- Vicaire Demers disait que ce n’était pas un homme ordinaire, mais que la nort, qui népargne personne, pas même ceux dont les talents donnent les plus belles espérances, est venue frapper à l’âge de 29 ans ; les notaires Thomas Bedard et J. Bte Trudelle ; le Protonotaire Charles Déry; l'Abb: Charles Beaumont et quelques autres qui n’ont pu faire leurs cours classiques.
Quant à nous-même, qui écrivons ces lignes, nous n ’oublierons jamais ce que nous lui devons de reconnaissance pour toutes les bontés qu'il a eu pour nous pendant les dix-huit mois que nous avons passés avec lui dans le vieux presbytère de Charlesbourg, en compagnie de son petit neveu, Antoine Racine, devenu le zélé et éloquent premier évêque de Sherbrooke ; mais alors rempli d’espièsleries et de spirituelles plaisanteries qui égayaient bien son vieux grand oncle. Nous fûmes les deux derniers élèves qu'il eut
en pension dans son presbytère et auxquels il fit la classe, en même temps qu'à l'Abbé Charles Beaumont et au fils du Capitaine Joseph Bedard, qui tous deux étaient externes.
M. Bedard, servant Dieu dans la simplicilé de son cœur, comme dit PEcriture, ne tenait pas toujours compte des rubriques et il aimait à faire quelquefois des cérémonies non ordinaires, mais toujours propres à édifiersontr 'ple. I] semblait persuadé que le Bo: ‘eu avait pour agréable tout ce qui pouvait tendre à cette fin. Ainsi, à la bénédiction du Saint Sacrement avec le KNaint Ciboire aux prières du carême, il chantait un cantique et donnait la bénediction en chantant ces dernières paroles de ce cantique :
“ Et répandez sur nous vos bénedictions.”.—Le jour de la Toussaint au soir, veille du jour des morts, il faisait chanter par un de ses chantres placé dans le jubé le cantique “ O maudit de ton Dieu,” et lui-même remplissant la partie du damné, répondait du fond de la sacristie dont la porte était ouverte.
M. Bedard mourut subitement, le 9 mai 1837, pendant qu'il était à table pour diner en compagnie de MM. C. F. Cazeau,
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alors secrétaire du diocèse, et Ferland vicaire à Nuint-Roch de Québec, qui étaient venus lui faire visite. M. Cazeau n'eut que le temps de lui donner l'absolution et de Ini faire une onction sous condition. Cette mort inattendue jeta la consternation dans la paroisse qui l’aimait comme un pèreet le vénérait comme un saint ; elle eût du retentissement dans tout le diocèse, qui avait appris à le connaitre, et elle at particulièrement sensible à Mer Signay et à son Coadjuteur, Mer Turgcon, qui avaient tous deux Ja plus grande confiance dans ses sages avis.
[1 fut enterré, le 11 mai, dans le € hœur de l'église, côté de lPévangile. Il avait 66 ans et 9 mois. Malgré le mauvais état des chemins, à cette epoque de l'année, dix-huit prêtres et treize ecclésiastiques du séminaire de Québec assistèrent à sa sépulture qui fut faite par Mgr Turgeon.
Les pleurs qu'on vit couler avec abondance à cette sépulture témoignèrent de l'amour que lui portaient les paroissiens de Charlesbourg qu il aimait tant lJuimême. Jlétait né ei avait passé la prus grande partie de sa vie au milieu d’eux, et ses RUE reposent avec toute une génération de parents et de paroissiens
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qui attendent avec lui, et comme sous sa protection, le jour du grand réveil.
Dans son testament olographe du 10 avril 1837 M. Bedard avait mis les deux dispositions suivantes
2° ‘ Je désire que mon corps soit enterré dans l’église de la paroisse dont je mearral curé; Je ne veux pas être exposé ; si je meurs n'étant curé on mettra mon corps dans le cimetiere de la paroisse où je mourrai, à moins que je meure à Charlesbourg ou à Nt-Ambroiïse ; si je meurs accompagnant l'Evêque dans ses visites que mor corps soit mis dans le ciinetière de Ja pa iroisse où je décèderai.”
3" “ Je donne à la fabrique de Charlesbédré pour aider à soutenir une école au Trait-Carré, ma maison ainsi que les dépendances, le terrain appartenant autrefois aux Demoiselles Nicolet, Ia terre de Vide-Poche, la terre de la Rivière Jaune, excepté un arpent que je donne à François Bedard aujourd’hui à mon service ; je fais cette donation à condition que tant que ma sœur Thérèse Bedard vivra, elle logera dans la maison, jouira sa vie durante du terrain des Demoiselles Nicolet, de la terre de Vide-Poche, prendra son bois soit à Vide-Poche, soit à la Rivière Jaune.”
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PAROISSE DE CHARLESBOURSG 219
“ Ce terrain des Demoiselles Nicolet était situé dans le Trait-Carré, au sud du chemin venan: de Saint-Jcseph et qui conduisait à l’église par un détour qu'on a fait disparaitre pour arriver droit à l'église. Mais d'où venaient donc ces Demoiselles Nicoiet que les anciens de la paroisse ont connues et dont on parle si souvent encore aujourd'hui? Nous avons di que M. Le Boullenger était allié aux premières familles du pays, ou en rapport d'amitié avec elles; ainsi nous voyons que le 13 février 1730 M. Le Boullenger célébra à Charlesbourg le mariage de Joseph Poulin Nicolet, fils de J. Bte.
Poulin “conseiller du roi et son procureur en la jurisdiction royale des Trots- Rivières,” ec de Dame Louise Cressé d’une part, et Anne Chéron, fille de Sieur Martin Chéron, Conseiller au Conseil Supérieur de Québec, et de Dame Marie Josephte Le Boullenger, sa sœur, de la paroisse de Québec. De ce mariage de Sieur Poulin Nicolet avec Anne Chéron, nièce de M. Le Poullenger, naquirent les deux Demoiselles Marie-Anne et Marie- Josephte Nicolet qui, ayant perdu leur père en bas âge, vinrent demeurer avec leur mère auprès de leur grand oncle le
curé de Charlesbourg. Elles sont mortes toutes deux à Charlesbourg dans un âge bien avancé ; Demoiselle Marie-Anne, le 20 juin 1817, à l’âge de 84 ans et 10 mois, et Demoiselle Marie-Josephte, le 21 juin 1826, à l’âge de 90 ans. Quant à leur mère, Anne Chéron Nicolet, après un veuvage de 40 ans, elle était morte aimée et respectée de tous, le 13 août 1774 à l’âge de G£ans. Elle fut inhumée dans l'église par M. de Rigauville, en présence du Père Crespel, Récoliet et de M. Borel, alors curé de la paroisse.
Voici à présent d'où venait ce terrain des Demoiselles Nicolet que M. Bedard à donné à l’école du Trait-Carré. Louis Jacques, le chef de la famille de ce nom, possédiuit prinitivement ce terraln que M. Morisseaux acquit par échange et qu'il vendit, le 17 décembre 1759, à Dame Anne Chéron, veuve Nicolet et mère des deux Demoiselles Nicolet L'acte de vente dit que c’est ‘un terrain de 45 pieds environ, sur la profondeur qu'il peut avoir d'un chemin du roi à l’autre qui conduit à la grande route pour aller à la ville de Québec, borné au nord-est aux représentants de feu André Dubreuil Avec la maison de 82 sur 20 pieds, pour le
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prix de douze cents livres et à la condition que demoiselle Greneviève Le Boullenger (sœur du curé) aura droit d'y rester tant qu’elle restera fille, et de régler les droits seigneuriaux avec les Jésuites...” Ces droits furent réglés à la Jeune Lorette, le 12 mars 1760, avec le Père de Glapion.
Le 52 mars 1811, les deux D'ies Nicolet,
vendirent à M. de Bourcherville leur
propriété du Trait-Carré et leur terre de Saint-Pierre “ pour deux cent cinquante livres de la Province et à la condition de payer aux deux Demoiselles et à la dernière survivante, la rente et pension viagère de vingt-cinq livres, en deux paiements égaux de douze livres et dix shellings.” De plus, par un acte du même jour, M. de Boucherville s'engagea à entretenir et à réparer leur maison et à pourvoir à toutes les charges pour che- HUNS 00
M. de Boucherville avait acheté de plus, le 21 janvier 1818, de Jacques Bedard, le terrain sur lequel, il fit construire la maison d'école actuelle, dans laquelle il est mort, et qu’il donna par son testament à M. Bedard, ainsi que la propriété des Demoiselles Nicolet. Nous venons de
voir que M. Bedard, aussi par son testament, donna toutes ses propriétés à la
fabrique pour le soutien de l’école du.
Trait-Carré.
Les Demoiselles Nicolet ont laissé dans, la paroisse la réputation de vrais modèles de respectabilité et de types parfaits de
notre ancienne noblesse canadienne. Leur.
langage même était des plus correct et des mieux soigné, et Madame Crémazie, mère de notre poêté Octave Crémazie,
étant toute jeune et en vacance chez son
oncle le curé Derome, reçut à ce sujet une petite leçon qu'elle aimait à faire connaitre. Elle demanda un jour à une de ces Demoiselle un plit brin d'eau pour boire. - Oui, dit cette Demoiselle, un p'tit brin d'eau. et on dit aussi, un ptil brin d'herbe, un p'tit brin de foin... Madame Crémazie comprit. La maison des Dies Nicolet était le rendez-vous de plusieurs bonues vieilles de la paroisse avant les oflices du dimanche,
Nous avons dit que M. le curé Antoine Bedard est une des gloires de Charlesbourg, c’est le temps de faire connaître quelques uns de ses parents que, la paroisse peut réclamer au mêmetitre,
Le premier de ces parents auquel la
paroisse peut se gloriüer d’avoir donné
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