LE GROUPE .. CLARTE
ie lugubres va-el-vient d'excès et de reculs. \.près s'être reconnus les uns les autres et rejoints fraternellement, après avoir mis en commun leurs aspirations hier encore éparses, les intellecîuels veulent se iournerensemble vers es 'multitudes vivantes, pour les encourager, les instruire, les défendre et les unir; bâtir un avenir meilleur avec elles et par elles.
Ils savent que tout progrès intégralement démocratique est désormais ici-bas le seul qui soit solide. La guerre [a fait apparaître l'abîme où nous allions, et où nous allons encore. Les anciens principes d'oppression, d'autocratie, de privilèges et d'impérialisme — qui ne tiennent plus que par l'argent — ont donné leurs preuves de malfaisance ; ils donneront demain leurs preuves d'impuissance, avec leur moralité provisoire qui s'adapte aux appétits, leur droit qui se fausse comme une arme, leur courte vue et leur mépiis de l'avenir. Tôt ou tard les mêmes causes produisent les mêmes efforts, malgré les déguisements des mois et des choses. C'est une question de vie et de mort pour le genre humain que pose l'antagonisme, inémissiblementdéclanché, de l'ordre nouveau et des forces du passé.
Dans cette lutte pour l'équitable et splendide avenir dont nul citoyen, et surtout nul artiste, ne peut plus se désintéresser, nos camarades qui n'étaient naguère que tirailleurs isolés ou
observateurs détachés, apportent d'un seul coup et dans le même sens, leurs ferveurs et leurs énergies.
Ce n'est pas tout. Serviteurs de l'idée républicaine dans toute sa profonde douceur humaine et dans toute son ampleur mondiale, les écrivains français qui se groupent aujourd'hui estiment qu'ils ont besoin du concours des écrivains et des penseurs des autrespays ; ils leur tendent les mains et appellent l'Internationale de la pensée, parallèle à l'Internationale des peuples.
En agissant ainsi, ils sont plus patriotes que les chauvins. Détenteurs pour une part d'un génie national, que beaucoup d'entre eux ont contribué à faire rayonner, et qui d'ailleurs avait toujours] usqu'ici servi les nobles entreprises, ils savent que le bien de chacun — individu ou nation — est lié au bien de tous. Celui-là honore son pays, qui crie que la cause des souffrants et des sacrifiés ne se renferme pas dans des lignes géographiques, que la vérité n'a pas de dimensions ni de bornes, La justice ne se trompe nulle part, et l'idéal s'embellit en s'agrandissant.
Tel est le sens de l'idée qui a déterminé la coalition scellée entre les écrivains de ce groupe nouveau. Cet engagement pris pai* des travailleurs de l'esprit vis-à-vis d'eux-mêmes et vis-àvis des autres vient à son heure. Il a une imporlance morale qui n'échappera à personne. La
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igue, la f&mille des esprits libres, qui ccm- Diennent et qui aiment le bien public, est lésormais fondée, peimanence vigilante de la )ensc'e. Elle prend conseils et exemple du naîlre le plus admiré et le plus vénéré des ettres françaises : Anatole France.
Elle se grossira sans cesse de bonnes volontés louvellessous la pousséedesgrands événements. Sous appelons amicalement tous nos camarades i nos côtés.
Les adhérents ont choisi pour le groupement, linsi que pour la revue qui en sera le premier DFgane, le titre de « Clarté » afin d'indiquer que a mission qu'ils assument est de combattre les préjugés, les erreurs trop habilement entretenues et surtout, Tignorance qui séparent et isolent les hommes et ont peimis jusqu'ici delesjeter aveuglément les uns contre les autres.
La formidable puissance populaire qui se lève n'a plus besoin de personne aujourd'hui pour secouer ses chaînes. Le mouvement à la tête duquel nous nous plaçons délibérément s'accomplirait sans nous. La démocratie est invincible. Mais cette lésurrection fatale de l'humanité s'épatiouira d'une façon plus calme et plus belle si elle est éclairée par la pensée, si le monde est peuplé de consciences lucides en même temps que de volontés.
L'HUMANITÉ, /" Mai 19i<j.