‹ Paroles d'un combattantChapitre 27 sur 33 · NOUS ACCUSONS · texte numérisé non relu

NOUS ACCUSONS

rayer définitivement les deux fléaux que les théories de folie ont imposés jusqu'ici au genre humain : l'exploitation des multitudes et la guerre.

Et c'est justement à cause de cela, à cause de la valeur de vérité i-léaliste et pratique et de rayonnement du bolchevisme, et non à cause de quelques mesuies dictatoriales prises par les commissaires du peuple — conséquences transitoires et justifiées de toute révolution réalisatrice, — et non à cause de tels désordres dont les Alliés savent bien que les bolchevistes ne sont pas responsables, que nos maîtres — nos ennemis — ont entrepris le supplice et l'anéantissement de la Russie.

NOUS ACCUSONS les Alliés d'avoir travesti la vérité en ce qui concerne I'h Ititude des Russes au moment de la paix de Brest- Litowsk. Les Russes proposaient une paix pleinement démocratique, sans aucune arrièrc-pi usée. Les Alliés ont refusé d'adhérer à cette proposition : ils auraient dû, pour cela, avouer leurs buts de guerre, qui étaient annexionnistes et inavouables. Ce ne sont donc pas les Russes, ce sont les dictateurs delà France et de l'Angleterre qui, dans ces circonstances comme dans d autres, ont été des traîtres à la cause des peuples et de lu paix, ont prolongé la guerre et décimé les

armées nationales ; comme ce sont eux qui ont ensanglanté la révolution russe par leur féroce opposition intéressée et l'aide hypocrite apportée sans arrêt aux contre-révolutionnaires; comme ce sont eux qui, par l'organisation systématique des massacres, de la ruine et de la famine, ont amené en Russie une ère de catastrophes qu'ils ont ensuite dénoncée comme là conséquence du régime soviétique.

NOUS ACCUSONS les gouvernements bourgeois de l'Entente d'oser jeter les dernières ressources et les dernières forces des peuples, qu'ils mènent, dans une cause ouvertement, cyniquement réactionnaire, que l'on ne peul sans déloyauté qualifier autrement : celle de ces bouchers, de ces bandits, de ces tsaristes qui s'appellent Koltchak et Denikine.

NOUS LES ACCUSONS d'avoir laissé des armes, des cadres et des soldats innombrables à l'Allemagne, de s'être fait les complices de cette réorganisation militaire pleine de menaces de revanche, dans le but de mieux écraser les revendications populaires de Russie, d'Allemagne et d'ailleurs, et d'avoir ainsi sacrifié, une fois de plus, la sécurité de la Patrie et la paix future, à la haine de classe.

NOUS accusons:... 151

A un moment où la situation économique de notre pays est presque irrémédiablement compromise, où la delte des Français atteint el va dépasser le chiffre de toutes leurs ressources, otî les charges de la vie et des impôts vont dépasser leurs forces, oii aucune prophétie n'est assez sombre pour dépeindre le goutîre oii nous roulons, nous accusons ces indignes représentants, non des nations mais des castes, d'entreprendre, pour sauver leur infâme formule sociale, pour étouffer un exemple trop probant et trop lumineux, une guerre et un blocus qui coûtent des milliards, entravent le commerce universel, font des millions de victimes et susciteront ensuite d'autres guerres. Nous les accusons de précipiter la ruine de la France, tout en la déshonorant.

Nous mettons notre espoir et notre foi dans la vérité, résolus de ne pas assister au plus grand crime de l'histoire sans faire lout ce que nous pourrons pour le démasquer. Nous n'admettons pas qu'une seule conscience puisse demeurer indifîérente à tant de cynisme et de duplicité. Nous prendrons toutes nos responsabilités civiques. Nous crierons la vérité : que le peuple sache au moins contre quoi il marche et qu'il finisse par comprendre que c'est contre lui-môme. Pour rester les maîtres des choses et

des hommes, les éternels exploiteurs utilisent contre ceux qui remplissent, et plus largement encore, le rôle des Français de 1793, la seule force susceptible de faire échec à ces esclaves rebelles devenus des justiciers : la multitude de tous leurs frères.

Camarades, hommes, jeunes gens, femmes, mères des martyrs futurs, anciens combattants, qui portez au cœur la malédiction de la guerre, travailleurs manuels et intellectuels qui avez tous ici-bas — ne le voyez-vous pas — un intérêt commun, Français attachés encore ailx nobles traditions libératrices françaises qu'on prétend étouffer et souiller : en Russie, les soldats de tous pays, les enfants et les femmes meurent par monceaux! Ne resttz pas plus longtemps, en face de ces événements, dans l'ignorance grossière, dans l'effroyable aveuglement de l'égoïsme, dans l'inertie, dans la honte. Refusez de vous mettre du côté du despotisme et de la sauva o:erie.

Sauvez la vérité humaine en sauvant la vérité russe. Soyez sûrs que les générations futures jugeront les honnêtes gens de la nôtre dans la mesure où ils se seront levés en ce moment pour crier : Non 1

L'HUMANITÉ, 12 Octobre 1919.

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