‹ Paroles d'un combattantChapitre 30 sur 33 · A MES FRERES DE L'A. R. A. C · texte numérisé non relu

A MES FRERES DE L'A. R. A. C

restent des paroles ne sont presque que des mensonges !

Il faut que les peuples n'apportent pas un

INSTANT DE PLUS A l'aSSASSINAT DE l'iDÉAL COM- MUN, DE l'espérance unique, UNE COMPLICITÉ QUI EST POUR LE MOINS UNE ^MONSTRUEUSE IMBÉCILLITÉ !

Il n'y a qu'un moyen de s'opposer à la victoire de l'internationale capitaliste sur la raison, la justice et la liberté, — le moyen formidable que peut créer facilement d'un mot la volonté du peuple : La grève générale !

Est-elle réalisable? Oui, elle est réalisable, comme elle l'aurait été le 21 juillet si je ne sais quelle diplomatie ne s'était mise en travers.

Je sais la gravité de ce que je demande à ceux qui m'écoutent ici et ailleurs, mais je dis que cette grève sacrée — qui pourrait se réduire, si l'on veut, à vingt-quatre heures de menace consciente — sauverait des intérêts bien autrement essentiels que ceux qu'elle dérangerait.

Je sais toutes les conséquences, pour la vie de tous et de chacun, d'un arrêt pacifique du travail, même momentané. Mais il ne s'agit pas de ne pas faire de sacrifices ! Je sais aussi les oppositions, les manœuvres. Les dirigeants de la France sont les ennemis du peuple fran-

182 PAROLES D'UN COMSATTANT

çais, mais on se refusera tout de même à admettre que les dirig^eants de la Confédératioii Générale du Travail soient les ennemis de la cause universelle des travailleurs !

Camarades, Thumanilé tout entière est en danger ! Faites-vous tous, auprès des syndicats ouvriers, les propagandistes acharnés de celte solution urgente, la seule qui ne soit pas utopique, et nous jetons ce même cri à nos amis étrangers.

Camarades, cette réunion est placée sous la présidence d'honneur de Marty. Nous communierons dans l'hommage que nous devons à la désobéissance des marins de la mer Noire qui furent les seuls héros de cette guerre inique sans déclaration de guerre, et de tous les autres soldats révoltés/ en qui l'homme fut plus grand que l'esclave !

Nous qui avons la haine des vieux drapeaux barbares que nous avons vus de trop près, nous nous inclinerons devant ces hommes avant de parler de nos luttes politiques, en même temps que devant le drapeau rouge de la République socialiste des Soviets de Russie !

Madame, Chers Confrères et Amis,

Le pèlerinage qui rassemble ici, à de longs intervalles de la vie, les fidèles et les croyants d'Emile Zola devient chaque fois plus grandiose et plus solennel. Et cette cérémonie d'aujourd'hui qui couronne toutes celles qui se recueillirent el s'exaltèrent en ces mêmes endroits, revêt une importance que nous sentons tous.

Ce n'est pas seulement parce que les cinq années que nous venons de traverser, et qui ont interrompu celte pieuse habitude comme tant dautres, ont mûri et vieilli l'humanité après l'avoir déchirée. C'est aussi, simplement, parce qu'elle reprend après cinq ans. C'est à cause du

1. Discours prononcé le 5 oclobreMDlO, au pèlerinaf,'e de Médau.

seul agrandissement du temps qui passe. A mesure que les jours s'écoulent, que la date oij l'homme a disparu recule dans les lointains, la contemplation de ce qu'il a laissé devient plus sereine, plus haute et plus définitive. Du fond de ces années nouvelles, l'attachement se confirme et s'idéalise à la fois, qui égale l'admirateur, quel qu'il soit, au poète et à l'apôtre.

Déjà — comment ne pas le remarquer et le ressentir — plusieurs de ceux qui ont pris part aux premières manifestations des amis de Zola, de ces hommes d'élite qui continuaient purement dans une fête grave le culte régulier de l'amitié, ont disparu à leur tour.

En saluant leur mémoire, en constatant une pauvre fois de plus la fragilité des liens naturels et ce perpétuel abandon qui punit les survivants, disons pourtant que ce titre d'amis de Zola — d'amis vrais, vaillants et pratiquants — devient de moins en moins l'apanage d'une phalange d'hommes parmi les hommes.

Sa mémoire a franchi le stade oii la mort est encore vivante, oii l'écho du nom est douloureux et endeuillé, où les proches s'en sentent les gardiens privilégiés, exclusifs. SEins doute, les chers détails personnels ne s'anéantiront pas — car ils sont précieux, bienfaisants et beaucoup de mains savent les entretenir — mais ces sou-

v^enirs intimes ne sont plus aussi jaloux que aaguère, et les paroles deviennent de plus en 3lus profondes que prononçait ici un des amis disparus — non le moins cher ni le moins oiîle — Camille Lemonnier : « Hormis au cœur admirable de la veuve, il n'y a plus aucun signe funéraire ».

A côté des vides qui se sont faits — et non à leur place, car les vides humains ne se comblent jamais — d'autres ferveurs, d'autres dévouements sont venus. Déjà beaucoup de ceux qui ai m ont le plus Zola ne l'ont pas connu.

Ah ! nous n'ignorons pas combien cette constatation même est encore poignante, car tous ceux-là, si les lois de la destinée avaient été normales, devaient le connaître ; nous ne pouvons non plus oublier que la disparition prématurée du maître dans la plénitude de sa force nous a privés, en des moments tragiques, du grand secours qu'il nous devait, et nous sentons bien l'émotion qui se cache dans nos paroles.

Mais si les ombres du passé ne sont pas efTa^ables, l'incessante aurore de l'avenir ne l'est pas non plus. Oui, le cercle des admirateurs de son génie et des serviteurs de sa pensée se renouvelle, se rajeunit, s'éternise. Il disait lui-même : « Regardez toujours en avant et jamais en arrière! » Faire ce geste, ce n'est pas nous détourner de lui. '

Nos yeux se portent sur des images de vie — sur sa gloire qui recommence sans cesse à vivre, qui est debout, humaine, qui est. là, et qui est une foule immortelle, et sur les vastes ' dons qu'il a légués et qui ne furent jamais si lumineux, si exigeants : son œuvre et son exemple.

Dire cela, dégager ce puissant appel spirituel et moral, voilà à quoi doit se réduire la tâche qui m'incombe bien qu'elle me dépasse, moi qui ai l'honneur magnifique de parler d'Emile Zola, l'émotion de me trouver là, devant vous, tout seul me semble-t-il, avec cette grande ombre.

L'œuvre ! On en a parlé. On a travaillé autour d'elle encyclopédiquement. On en a tout dit. Le temps a déjà opéré dans cette critique la sélection du bien et du mal comme il aurait fait de l'œuvre elle-même si elle avait contenu quelque chose qui ne s'imposât pas. Le temps a déjà enseveli dans ses bas-fonds les basses calomnies qu'elle a fait naître. Que reste-t-il des cris de fureur que la médiocrité des uns et la jalousie des autres, ont jetés contre l'écrivain qui s'est le plus pieusement approché de la vie réelle? Je ne parle pas de la haine politique qui continue peut-être à s'exercer quelque part.

Qu'en resie-t-il? Quelques débris de plus de cette bêtise humaine que flétrissait Flaubert, et

qui gît aux pieds des statues de tous les novateurs ; quelques exemples de plus de Finfatigable refus de l'ignorance, qui ne crie que pour maudire, devant l'originalité violemment pure et la découverte nue, devant l'audace de ceux qui ont dépassé leur temps et mis l'avenir dans le présent.

La peinture de Rembrandt, constructeur de lumière, fut considérée par tels de ses contemporains comme outrancière et barbare, et quelle répulsion hautaine n'a-t-elle pas accueilli dans le monde académique de la musique, la venue des orages de Beethoven!

Il devient déjà difficile d'exhumer ces rancunes inconsistantes et éphémères, ces fragiles insultes dont une partie réduite mais bruyante de l'opinion publique a toujours éprouvé le besoin, dans les périodes importantes de l'histoire de l'art, de s'accabler elle-même.

Comme l'a écrit Verhaeren, toute critique, à côté de cette œuvre, apparaît vaine et inutile.

Il avait conçu dans sa jeunesse un plan immense. Inconnu, obscur, môle aux autres jeunes gens et par efilleurs semblable à eux, il portait ce plan en lui comme le croyant porte son paradis. Il l'a exécuté jusqu'au bout avec une prodigieuse volonté. 11 a bâti tout son rêve.

Pourtant ce n'est pas la rigueur méthodique de sa conception qui consacre son œuvre.

La qualité de cette œuvre est d'ordre artistique — et c'est pour cela qu'elle est intangible.

La puissance créatrice de Zola dépasse monumentalement toutes les formules, toutes les méthodes de travail et de documentation; elle dépasse même sa wlonté qui fut si vaste.

Un critique a rassemblé, d'ailleurs avec talent et non sans intérêt, les notes, les études, les documents que Zola avait accumulés pour composer U Assommoir. En lisant cette étude, on ne peut s'empêcher de songer que, peut-être, malgré tout, d'autres écrivains, très scrupuleux, très acharnés, très savants sur un sujet, auraiient pu établir quelque plan similaire. Mais combien y eut-il de génies capables d'édifier un livre qui vaille celui qui est sorti de cette ébauche, ce livre qui a la beauté grondante et débordante et les sombres entrailles d'une ville! Entre le plan et la réalisation, il s'est interposé une toutepuissance qui ne dépend plus ni des procédés, ni des intentions.

Les réalisations de Zola, exemple unique dans l'histoire de l'art, dans les merveilleuses aventures des constructeurs de l'esprit! Nul autant que lui n'a respecté la simplicité du vrai — avec un respect agissant et hardi, — nul autant que lui n'en a peint la grandeur. Avec des éléments

pris, déracinés fortement de la vie elle-même, il a établi, créé les formes, l'àme et la vie des grands ensembles.

Les personnages tiennent trop profondément au milieu et au drame pour qu'on puisse les en disjoindre. Chacun d'eux est un fragment surgi de l'ombre, un geste, un cri, une passion qui se pousse, un appétit qui s'exhibe, une résistance qui se débat, une beauté ou une laideur qui passe, une sorte de schéma vivant, saignant, profond, déchiré d'un être, et tous ces aspects momentanés et toutes ces fractions d'àmes et d'hommes, comme dans la fresque sublime, sont emportés par le souffle surhumain de tous. Ni l'immortel Balzac, ni aucun autre, sauf peut-être, parfois, Tacite et Victor Hugo, ne sont arrivés à ce réalisme démesuré.

L'œuvre de Zola, c'est un mouvement de masses, une mêlée, une rumeur d'appels, de prières ou de plaintes collectives ; des multitudes, des milieux, des panoramas humains, des étendues vivantes sans bornes, des maisons peuplées et des faubourgs infinis, des organismes monstrueux de civilisation, des duels d'anges et de bêtes, des vices, des systèmes, des puissances, des débâcles, des déluges — oii la poésie passe d'un bout à l'autre, lourde, palpable, comme une vague de fond, — et c'est enlin la vérité, c'est-à-dire la beauté, cette espèce de rayonne-

ment inconnu qui sort de ce qu'on connaissait.

Cette orientation mystérieuse et extraordinaire des parties dans le tout commande aussi à la forme même qui traduit ces visions, à leur enveloppe verbale.

C'est un vain attentat que d'arracher de leur place une ligne ou un passage de ses livres et de les examiner en eux-mêmes — malgré les splendeurs d'expressions qui abondent dans ces quinze mille pages. C'est comme si on isolait pour y appuyer, avec la lourdeur d'une observation partielle, les quelques notes qui forment le motif d'une symphonie. Mais chaque détail est nécessaire à l'ensemble et l'ensemble est irrésistible. Donc chaque détail est impeccable. Et celui qui donne par miracle la vie à des masses agglomérées de créatures et de rouages, sait remuer en de frémissants emportements la foule des pages. Comment, sinon par la force de chaque ligne?

De nos jours quelques jeunes écrivains — par suite de ce morne va-et-vient bien difficile à surmonter et qui impose des espèces de modes dans la littérature — sont, à leur insu, des adorateurs du détail lui-même. Ils se penchent trop assidûment sur Fingéniositc chatoyante de l'expression, sur l'entomologie des mots. Qu'ils

L'ŒUVI'iE ET LEXEMPLE DE ZOLA 191

lèvent la tète et recueillent à une source désormais classique les secrets de la grandeur.

^ Une pareille œuvre se hausse, naturellement, à une portée sociale. Si vivante, pouvail-elle rester à l'écart du grand conflit des idées qui dispose de la vie? Le drame de tous se plante dans chaque cœur. Quand on a vu et montré à ce point l'étendue de la misère du peuple à travers la guerre et à travers la paix, et les tares ie l'humanité, et qu'on leur a fait crier leur sinistre et spacieuse clameur, on est voué à chercher passionnément les causes et les remèdes de la plainte universelle; au reste, le génie qui voit ce qui est voit aussi ce qui doit être.

11 espère, à travers les sombres couleurs des temps, la réalité grossière et écrasante et la tristesse de la souffrance ; il a foi dans l'avenir, foi dans la valeur régénératrice des précurseurs et aussi des artistes : « C'est par le livre et non par l'épée, a écrit Zola, que l'humanité vaincra le mensonge, l'injustice, et conquerra la paix finale de la fraternité entre les peuples». Comme toute conscience pure, en présence de cette noirceur d'hiver qui enveloppe le vieux monde et ses lois, il est d'un optimisme désespéré ! L'optimisme n'est pas atteint par le malheur ambiant. Il en souftre, mais ne change pas; c'est la santé de la conscience. S'il n'avait pas donné

à ses derniers livres le nom d'évangiles, ce titre sortirait d'eux-mêmes. « Après vingt-cinq romans, a dit un de ses frères d'armes, ce cœur noir et tragique éclate en cantiques aux dieux nouveaux. »

Il a choisi et pris parti. Ecrivain et homme, la vérité l'a toujours mené dans le même sens, et aussi loin qu'on peut aller, et contre la même espèce d'ennemis.

Le critique qui, au début de sa carrière, pauvre, sans appui, s'est fait chasser d'un journal oii il était entré de façon inespérée, parce qu'il voyait déjà, lui, la gloire d'Edouard Manet et qu'il osait le dire, a été guidé toute sa vie par la même lucidité et le même courage. Il n'a jamais pu désobéir à la vérité.

. La notion de la responsabilité qu'on a vis-àvis de la loi morale et vis-à-vis des autres hommes et l'amour acharné du juste, le tenait prêt au sacrifice, prêt à devenir, s'il le fallait, son propre ennemi.

Et à l'apogée de sa gloire, il s'est servi de cette gloire pour sauver un homme innocent; il s'en est dépouillé pour la donner à un autre, et, autant que dans ses livres, il a ainsi prêté la vie à la vérité et à la justice. Car, selon la parole de ceux qui étaient debout à ses côtés, ce fut alors, partout, une résurrection des âmes.

Elles retentissent encore à nos oreilles ces

paroles par lesquelles notre grand Séverine a raagniûé l'héroïsme de la sincérité :

« C'était dans un grand édifice tout plein de rumeurs de bataille... Nous nous sommes trouvés en pleine foule, en pleine folie, à la descente de l'escalier du Palais de Justice... Et alors, j'ai vu le héros, plus beau que l'antiquité ne l'a jamais conçu, celui qui, à travers tout, contre tout, sur tout, exige le nom de héros! Il était maladroit, il était myope: il tenait gauchement son parapluie sous son bras, il avait les gestes et l'allure de l'homme d'études. Mais quand il descendit une à une les marches du Palais de Justice, parmi les cris de haine, les clameurs de mort, sous une voûte de cannes levées, ce fut comme un roi descendant sous une voûte d'épées nues l'escalier de l'Hôtel de Ville, ou comme Mâtho descendant le grand escalier de Carthage, dans « Salammbô ;>. C'est ce que j'ai vu de plus grand dans ma vie : c'était le triomphe d'une conscience, d'une vérité, d'une individualité! »

Ah! en cela aussi, car il faut qu'on sente le commandement qui sort des gestes purs, quelle impérieuse leçon pour les travailleurs intellectuels! Beaucoup d'écrivains ne font pas leur devoird'hommes. Ils croient demeurer purement artistes l en se détournant des mouvements sociaux, c'est-à-dire de l'ordre de faits qui broie ou qui sauve le genre humain. Il ne s'agit pas

d'asservir sa plume à de la politique. Il s'agit de ne pas réiluire le rôle de Fartiste à un rôle d'amaleur détaché des choses les plus ample-' ment vivantes d'ici-bas, de ne pas tirer gloire d'une indifférence — qualifiée pauvrement indépendance — à l'égard des grandes aspirations humaines et des crises de la conscience collective, — et dont on ne sait si elle est une impuissance à vouloir ou une incapacité de comprendre. Et pourquoi, et par quelle aberration et quel triste paradoxe, l'esprit serait-il étranger aux idées qui, en définitive, conduisent tout 1

Ce dilettantisme dont Louis Havet disait que c'était une théorie cruelle, cette abdication des hommes de pensée, rapetissante en tous les temps, devient criminelle aujourd'hui entre le chaos d'oij nous sortons et celui où nous allons.

Nous vivons dans des jours graves et difficiles. La vérité et la justice sont toujours à sauvegarder.

Nous sommes tous loin de songer ici à nous servir, pour faire valoir des doctrines et des préférences personnelles, de la haute mémoire que nous sommes venus célébrer en une parfaite communion d'esprit et de cœur.

Mais c'est de notre devoir de nous pénétrer

de son exemple au seuil de la maison qui fui sienne et où nous nous figurons, avec une puérile émotion, qu'il est plus présent qu'ailleurs. Mais nous tous qui, fidèles à l'enseignement du poète formidable et de l'infaillible citoyen, l'entendons toujours, et voulons toujours le triomphe de la raison et de la justice, sachons voir, osons voir à quoi nous nous engageons quand nous proférons ces mots-là au milieu d'une société que le mensonge, l'erreur et la corruption poussent aux abîmes. Et rendons-nous compte avec fermeté des protestations et des révoltes qu'il convient que ces mots magnifiques soulèvent chez l'honnête homme lorsque les meneurs de peuples les proclament sans leur donner leur sens, et que, mutilés, ils servent de prétextes et de pièges.

Nous savons tous que nous sommes à un moment de la vie universelle oii l'ordre social ne peut plus rester ce qu'il est. Trop de malheurs et de crimes permettent de le juger et obligent à le haïr. L'avènement des temps futu rs, annoncés et montrés aux hommes par le visionnaire de Germinal et Travail^ réaliste de l'avenir — d'un ordre nouveau oh chacun aura sa place au soleil sous une règle de sagesse et d'équité inconnue depuis six raille ans d'histoire, où les abus et les injustices qui se tiennent et se provoquent tous, seront cassés l'un après l'autre

comme les chaînons d'une grande chaîne — devient une question de vie et de mort pour le genre humain.

Écoutons la voix d'un des puissants du jour, un des maîtres de la terre :

« Le vieux monde, dit-il, doit disparaître. Aucuneffortne peut le protéger plus longtemps. Si quelques-uns se sentaient disposés à le maintenir, qu'ils preanent garde qu'il ne s'écroule sur leur tête et ne les ensevelisse, eux et leurs demeures, dans sa ruine. »

Qui est-ce qui parle ainsi? C'est un homme que mes amis et moi nous n'aimons pas. C'est le ministre anglais Lloyd George. Quels que soient les mobiles qui aient arraché à ce vieillard cet aveu pathétique, et même s'ils ne sont pas ce qu'on croit, son imprécation n'en est que plus forte contre cette vieille machinerie sociale qui — ce sont encore ses propres expressions — « a été déshonorée par l'exploitation des hommes ».

La réalité est menaçante. C'est par la raison et la conscience que nous, nous les vivants, qui sommes le souffle et la chair de Fidéal, nous lui ferons face et que nous nous aiderons les uns les autres à sauver l'avenir.

Si nous valons quelque chose, ce n'est pas par suite d'initiations mystérieuses. Nous n'avons rien inventé de ce que nous servons; l'idée d'égalité — le mot le plus créateur, le plus divin

qui soit — n'est pas une idée nouvelle. La grandeur morale — nous enseigne celui qui nous réunit ici — la grandeur morale, ce n'est pas de savoir ce que les autres ne savent pas : c'est car il y a une vertu de l'intelligence) de comprendre ce que Ton sait et de vouloir ce que l'on veut. La grandeur, c'est d'être réalistes, et aussi, d'être intégralement sincères, c'est-à-dire d'être logiques de la logique implacable et sacrée qui remonte jusqu'aux causes.

Unissons-nous le plus que nous pourrons et que nous saurons le faire. Essayons de dégager sans arrière-pensée, dans le trouble actuel, des voies pures et droites à l'humanité qui s'est levée hors des siècles de misère, de famine et de catastrophe oiî elle se débattait, et qui, comme il le disait, lui, de la vérité, est en marche. Sachons considérer que la cause du peuple qui souffre injustement depuis qu'il existe, est exactement la môme que celle d'un innocent condamné par toutes les puissances obscures.

Unissons-nous dans cette croyance commune qui, ici et en cet instant, doit s'imposer nettement à nous : rien ne se fait contre la justice ; rien de durable ne se fait qu'avec ellé^; mais, au milieu du désordre des choses et des institutions, la justice est lerriblo.

Pui>^ons dans le souvenir de l'homme exceptionnel, dont les générations actuelles sont orphe-

Unes, la force de n'avoir jamais peur de l'accomplissement de la vérité, et chacun selon nos ressources, selon nos moyens et notre mission, de ne jamais laisser avorter les espoirs qu'il a semés! C'est le suprême hommage que ceux qui vivent encore doivent rendre à ces grands disparus auxquels chaque année qui passe apporte un renouveau de grandeur.

C'est l'esprit filial qui anime le salut que j'apporte à Emile Zola au nom de mes amis de « Clarté » et aussi, car nous sommes trop unis pour nous séparer en aucune circonstance, de mes frères innombrables et sûrs de l'Association Républicaine des Anciens Combattants.

Citoyens, camarades,

Les organisateurs de cette réunion, qui m'ont chargé de vous saluer en leur nom, ce que je fais avec une joie, fraternelle, vous ont conviés ici dans le but de commémorer la Commune de 1871.

Notre ami, le D' Gillard, que je n'ai pas besoin de vous présenter, et qui est en même temps un grand savant qui a sauvé beaucoup de vies humaines et un admirable combattant de noire cause commune, et d'autres camarades, vont vous parler de cet émouvant épisode de l'histoire de la libération populaire. Ils le rapprocheront de certains événements contemporains, montreront la leçon qui se dégage du passé, et diront

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