LATE
ment nécessaire dans le domaine de la vie morale.
* La science analyse, pèse, calcule, envisage le pour et le contre, recherche les antécédents et prévoit les conséquences des actes, explique quand elle peut et prévoit quand elle ose. C’est fort bien ; mais cela ne suffit pas à la vie morale, parce qu’il n’y a là aucun principe de vie. La science n’est ni morale, ni immorale. Elle ne connaît que les choses telles qu’elles sont ou telles qu’elles doivent être en vertu d’une nécessité logique. Elle ne connaît pas les choses telles qu’elles devraient être en vertu d’une obligation morale. Aussi le développement scientifique et le développement moral sont-ils indépendants l’un de l’autre : on peut posséder une science étendue et n’avoir qu’une vie morale assez faible, être à la fois savant et égoïste, intéressé, lâche, de mœurs dissolues, tandis qu’on peut joindre à une culture scientifique restreinte une grande élévation morale. Nous en faisons tous les jours l’expérience.
Pour développer notre vie morale, il ne nous suffit pas de savoir, il faut encore être sensible à la beauté du bien, être capable de l’aimer. Pour accomplir notre destinée morale, il ne suffit pas que nous soyons capables de calculer ce qui
nous sera le plus avantageux ; il faut encore que nous éprouvions en nous-mêmes cette impulsion spontanée qui nous porte vers le bien, uniquement parce que c’est le bien. Pour être forts contre la tentation, il ne suffit pas de raisonner le pour et le contre, il faut encore posséder une énergie morale, un penchant intérieur au bien qui puisse contrebalancer l'impulsion de nos sens ou de notre égoïsme vers le mal. Pour accomplir notre œuvre sociale comme pour bien vivre notre vie individuelle, il faut la foi morale; il faut avoir confiance au bien, en sa souverainelé, en son immuable beauté ; autrement la force qui doit alimenter notre vie morale fait défaut. Et plus cette foi sera spontanée, plus elle
jaillira naturellement de notre être intime, plus.
elle aura conservé la fraîcheur et la pureté natives d’une âme vierge, plus elle sera candide, c’est-à-dire plus elle sera semblable à la confiance sereine et instinctive de l’enfant pour sa mère, plus aussi elle sera bienfaisante. Que la science, que l’expérience interviennent pour nous éclairer sur la portée de nos actes, rien de mieux ; mais ce ne sont pas elles qui peuvent nous donner l'inspiration morale. Qu’elles nous enseignent les meilleurs moyens pour faire
régner la justice autour de nous ou pour prati:
quer la charité, c’est excellent; mais ni la science ni l'expérience ne peuvent mettre au cœur de l’homme cette soif de justice qui le fait renoncer à son repos, fouler aux pieds son égoïsme, braver les déceptions, oublier les échecs pour reprendre sans relâche l’œuvre sainte entre toutes du service de la justice. Ni la science ni l'expérience ne peuvent éveiller en nous cet amour du prochain qui nous fait souffrir de ses souffrances, vivre de ses espérances, partager ses joies et qui, au lendemain des plus odieuses tromperies, au mépris des plus rebutantes ingratitudes, nous porte à reprendre, avec une persévérance qui ne se lasse pas, le travail sacré de la solidarité et de la charité. Dans la vie religieuse comme dans la vie morale, il faut aux sources mêmes. de l’être la foi. Il faut se consacrer, se donner spontanément, avec candeur, à Phumanité, à Dieu, à tout ce qui est divin; il faut croire à la justice et non simplement calculer comment il est possible de se tirer d'affaire au meilleur compte ; croire à la charité et non simplement peser ce qui accordera le mieux notre intérêt personnel et l'intérêt général ; croire à la souveraineté du bien, à la Providence éternelle et universelle, et non pas ergoter sur tous les détails de l'univers que nous aurions la préten-
tion d’avoir mieux organisé si nous avions créé le monde ; croire au triomphe de la vie et à la souveraineté de Dieu, sans se laisser arrêter. par les accidents qui nous déroutent.
Aujourd’hui comme en tous temps, les esclaves de la froide raison, les hommes de l’analyse à outrance s’accorderont avec les esclaves de la sensualité pour taxer votre foi d’illusion, votre jeunesse de cœur de folie. Aujourd’hui comme aux origines du christianisme, les hommes qui se vantent d’être avant tout pratiques accueilleront d’un sourire sceptique et railleur votre généreuse confiance. Gardez votre trésor. Leur scepticisme moral est stérile. Ils oublient qu’il ne suffit pas d’ajuster les rouages du mécanisme social pour le faire fonctionner. Tant qu’il n’y a pas de force motrice, tant qu’il. n’y a pas une énergie vivante orientée vers la justice, vers l'amour, vers le bien, les meilleures institutions
demeurent inertes. Pour gagner les batailles, il
faut, sans doute, une longue préparation méthodique, des approvisionnements, des exercices et des études préalables, œuvre de science et d’expérience. Mais il faut aussi la volonté énergique, la consécration au devoir et à la patrie, la confiance, la foi morale sans laquelle tous ces éléments de succès ne servent à rien. C’est la foi
qui leur donne la vie. Le royaume de Dieu est aux hommes de foi spontanée et naïve, aux cœurs purs, aux consciences altérées de justice et de miséricorde ; il s'ouvre pour tous ceux qui viennent à Dieu d’une âme simple et candide ; il est aux enfants et à ceux qui leur ressemblent.
Peut-être ne ferez-vous pas difficulté d’adméttre ces vérités, fdmilières à ceux qui ont médité sur l'Évangile et réfléchi aux conditions morales de notre vie moderne. D’une part, il est indiscutable que Ia foi, telle que Jésus la réclame dans l'Évangile, est avant tout une disposition morale-et ne porte ni sur un système dogmatique ni sur un ensemble de rites. D’autre part, tous ceux qui sont au courant des études morales, peuvent constater l'impuissance des philosophes lorsqu'ils entendent tirer de la seule logique scientifique les prémisses de Ia morale. Mais quoi! il ne suffit pas de constater que l'Évangile et l'expérience nous enseignent également que la vie morale 4 sa source dans une foi morale, spontanée, pure, jaillissant du cœur de l’homme. Nous ne demanderions pas mieux que de posséder cette foi. Mais comment ne l’aurions-nous pas perdue au contact du monde? De même que nous n’avons plus dans l’âge mûr la fraîcheur d’impression, la confiance vive et
gracieuse de l’enfance, de même nous ne possédons plus cette foi virginale de l’âme encore innocente qui se porte naturellement vers Dieu, parce qu’elle n’a pas été altérée par les contagions impures. Comment garderions-nous cette com fiance naïve au bien dans un monde où nous constatons, dépuis que nous sommes en âge de comprendre ce qui se passe autour de nous, des désordres cachés et publics de toute Le.
nature? Ne sommes-nous pas obligés à. une ; défiance perpétuelle de par la composition Da même de la société? La charité, dit l’apôtre, ne soupçonne pas le mal. Que deviendrions-nous si nous mettions cette maxime en pratique?
Depuis la moindre maîtresse de maison quis:
défie de ses serviteurs jusqu'aux plus vastes administrations où le principe de la sagesse est de faire contrôler fonctionnaires et employés. À les uns par les autres, partout ik faut renoncer À à avoir confiance en son voisin sous peine d'être dupe, Comment la foi morale aurait-elle résisté en nous à toutes les duplicités, à tous mensonges, à toutes les injustices que 1 constatons sans cesse autour de nous? cs 72
foulant aux pieds le droit, pour n’avoir pas
perdu la générosité première.
Dailleurs, point n’est besoin d'aller chercher la paille dans l’œil du voisin, quand nous avons nous-mêmes une poutre dans l’œil. Sila fraîcheur et la pureté de notre foi morale ont disparu avec nos fraîches impressions d’enfance, c’est qu’à mesure que nous avons pris conscience de nous-mêmes, nous avons reconnu davantage l'impureté qui hante notre propre cœur. Nous avons éprouvé quel empire l’égoïsme exerce en nous, combien nous sommes personnels et vindicatifs. Avec l’âge les passions ont surgi en nous, tumultueuses et désordonnées, et même quand nous avons réussi à les vaincre, même quand nous avons refoulé, sans parvenir à les détruire, les appétits sensuels de la bête humaine, il est resté une flétrissure en nous de cette lutte intérieure entre la meilleure partie ds nous-mêmes et la pire. Puis sont venues les épreuves, les déceptions qui ont brisé les ailes à nos jeunes espérances, les douleurs profondes dont la cicatrice, cachée au monde, ne s’est jamais complètement refermée au fond de notre être! les plus saintes et les plus pures affections brisées, les vides cruels ouverts à nos côtés! Comment la foi joyeuse et confiante de notre
M baut,
.É 2 "4 Li eée Pe PV"
jeunesse aurait-elle résisté à ces coups de la destinée et à ces flétrissures du péché?
O sainte et belle vision du passé plein de candeur, Ô foi rayonnante qui montait vers le Père céleste avec toute la fraîcheur et linexpérience de l'enfance, combien de nos semblables t’ont poursuivie dans les rêves de leur âge mür, ont imploré ton retour dans leurs prières, sans pouvoir te ressaisir, alourdis qu’ils étaient par leurs doutes et retenus à la terre par leurs se péchés! Aux heures de recueillement et de méditation solitaire — car même les plus dégra=. 44 dés ont parfois des lueurs de vie morale — . à combien pleurent leur misère en évoquant la vie sereine et pure qu’ils ont méconnue, comme un paradis perdu!
Est-il donc vrai, comme le disaient nos pères, que cette foi sereine et filiale, cette impulsion spontanée vers le divin qui est le privilège des. saintes âmes, ne sont données qu’à un petit … nombre d’élus, que seulsles prédestinés, auxquels l'Éternel dans sa toute puissance a accordé cet inestimable bienfait, possèdent la nature harmonieuse et équilibrée qui conserve, à traw rs les doutes et les impuretés, la foi native à D et au bien dont procède le salut?
- Mais pourquoi nous laisser entraîner vi
AVR RTS