à PUS rèr
deur et que, dans la balance du Juge auquel rien n'échappe, votre vie de sacrifice sera estimée d'un plus haut prix que tant d’existences brillantes de prétendus grands de ce monde, dont la valeur individuelle aura été d'autant plus petite qu’ils ne sont jamais sortis de leur égoïsme.
Et en nous relevant ainsi à nos propres yeux dans notre misère par la bonne nouvelle du sacrifice, le Christ nous fait faire une autre expérience, plus étonnante encore et qui choque encore plus la sagesse vulgaire de l'intérêt. C’est qu’en renonçant à poursuivre la satisfaction de notre égoïsme, en renonçant, selon l’apparence, à notre bonheur pour obéir à la loi divine, nous ne tardons pas à nous apercevoir que nous avons trouvé dans le sacrifice même la source du vrai bonheur, du seul dont on ne se lasse pas. Celui qui veut sauver sa vie la perd, mais celui qui la perd pour l’amour de Christ la sauve.
Demandez au savant, à l’artiste dont je vous parlais tout à l’heure, quelles ont été les heures les plus heureuses de leur existence, celles où ils se sont sentis vivre le plus complètement, celles dont le souvenir leur est le plus précieux. Ils vous diront certainement que ce sont les heures où ils avaient oublié leur égoïsme, où ils s’imposaient des efforts et des peines pour cher-
cher la vérité si ardemment désirée ou la forme parfaite entrevue dans leurs rêves. C’est la grandeur même de leur abnégation. au profit de la cause supérieure qui a été pour eux la mesure de leur bonheur. Demandez à l’apôtre, qui a renoncé à sa fortune personnelle, qui a sacrifié au service de la vérité dont il se sent dépositaire, le repos et le bonheur matériel de sa vie, demandez-lui au déclin de ses jours s’il voudrait changer son sort contre une’destinée nouvelle où il pourrait jouir de toutes les satisfactions égoïstes qu’il a méprisées, et vous verrez avec quelle pitié il repoussera vos offres. Ces sacri-, fices qu’il a consentis par amour pour sa vérité, ils sont sa joie, son honneur, sa grandeur. Ils ont fait la saveur de sa vie. Que venez-vous lui offrir les joies creuses dont ila mesuré le néant! Voici un homme qui, pour demeurer fidèle à sa conscience, a renoncé à de brillantes perspectives de fortune et à toutes les satisfactions que celle-ci aurait pu lui procurer. Croyez-vous qu’il le regrette ? En voici un autre qui aurait pu se donner toute sorte de distractions et de plaisirs, mais il était l’aîné d’une nombreuse famille privée de son soutien naturel. Il s’est sacrifié, il a travaillé, non pour lui, mais pour ses frères et sœurs. La tâche a été rude. Bien des fois la
vision de tous les biens qu’il aurait pu se procurer en ne vivant que pour lui s’est présentée à son esprit. Mais croyez-vous que s’il avait écouté leurs séductions, il eût goûté en joies faciles autant de bonheur que lui en procure la conscience d’avoir fait son devoir envers ses frères et sœurs en se sacrifiant ?
Ah ! dites-moi, n'est-il pas vrai, vous tous qui êtes réunis dans cette enceinte, jeunes ou vieux, connus ou inconnus et dans quelque situation que vous soyez, n'est-il pas vrai que si vous repassez à cette heure dans votre mémoire votre existence passée, les souvenirs qui vous apparaissent comme les plus beaux et les plus heureux de votre vie, ce ne sont pas seulement ceux des joies légitimes qui ne vous laissent pas de remords, mais encore ceux qui vous rappellent des sacrifices accomplis en vue d’une tâche bonne et sainte ? N’est-il pas vrai que le panorama qui se déroule devant vos yeux au haut de la montagne, après que vous l’avez gravie à la sueur de votre front, vous cause une émotion plus vive que le spectacle tout pareil qui vous passe sous les yeux sans que vous ayez fait d'efforts pour le voir ? Oui, elles sont bénies entre toutes, les heures où nous avons pu réaliser une œuvre pour laquelle nous nous sommes
ENT SAM imposé de nombreuses peines. Ils sont bénis entre tous, les biens que nous avons acquis à force de renoncements. Elles sont sacrées entre toutes, les causes qui nous ont coûté le plus de sacrifices.
C’est le sacrifice qui engendre le véritable bonheur et qui le cimente. Les joies les plus saintes de la vie, celles de la famille, n’ont cette valeur ‘exceptionnelle pour nous, que parce
qu’elles sont entretenues et comme nourries par une succession continuelle de petits sacrifices, du mari à l’égard de la femme, de la femme à l'égard du mari, des parents envers les enfants et réciproquement. Le jardin que nous avons planté sans ménagér nos peines nous est plus cher que celui que nous achetons tout planté. Et si je fais appel enfin aux souvenirs les plus intimes de votre vie religieuse et morale, n'est-il pas vrai qu'après avoir triomphé de la tentation, après avoir renoncé à la séduction du mal, pour vous soumettre humblement à la loi divine, vous avez éprouvé un bonheur calme et pur, plus durable que ne l’eussent été les satisfactions troublées que vous promettait le péché ? De même que notre bonheur domestique s’alimente de tous les sacrifices que nous nous consentons réciproquement dans la vie quotidienne, de -
même que le bonheur de la patrie se constitue par tous les sacrifices que s'imposent les citoyens pour sa prospérité et sa grandeur, de même notre piété s’alimente de tous les renoncements et de tous les sacrifices que nous acceptons par amour pour notre Père céleste et par fidélité à notre foi chrétienne.
Une vieille tradition brahmanique veut que les dieux se nourrissent des flammes des sacrifices. Ce qui est vrai, c’est que la foi des fidèles se nourrit par le sacrifice. Voilà pourquoi les pratiques du culte et les doctrines théologiques peuvent changer, la croix chrétienne n’en restera pas moins le symbole par excellence de la grandeur morale, parce qu’elle est la plus haute expression de la loi du sacrifice, de la plus puissante inspiratrice de la vie morale, d’où procèdent et la véritable grandeur et le bonheur durable. Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix et qu'il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de mot, la sauvera.
CLRI
FR ONCUTTEX