L e Jour du Seigneur. Épuisé
re à RENE
qu'il y a entre sa conquête et sa demeure quelque corrélation. Un seul arbre défendu, une seule Vierge Marie conçue sans péché, et dans cette personne Dieu fait sa demeure, d’une façon mystérieuse.
Celui qui m’a créée à demeuré dans mon tabernacle.
Dieu, dans la multitude des peuples, se réserve un peuple. Et voici l'arche d'alliance, voici le Propitiatoire. Voici la fumée qui remplit letem-
ple. Voici la gloire du Seigneur qui éblouit et qui
écrase. Le Seigneur fait sa demeure dans le lieu réservé. Il habite ce qu'il a choisi, et le mystère de la Prédestination, celui que Thomassin appelle le mystère horrible, Aorrendum mysterium, apparaît dans le lointain autour des nuages de gloire qui désignent et couronnent l’Anathème du ae
Plus une chose est éloignée de Dieu, plus elle est accessible à sa pensée créée et à la lumière naturelle. Aïnsi la loi qui s'applique aux créatures est promulguée en termes précis. Plus nous sommes dans le multiple, dans le monde des choses nombreuses et profanes, plus l’idée est distincte et la parole claire.
Plus au contraire nous nous enfonçons dans les choses divines, plus le Nuage sacré qui répand l'Ombre est près de nous, et si nous nous enfonçons davantage, voici que l’ombro épaissit. Le soleil éclaire les choses que Dieu a livrées aux créatures. Le Nuage protège et garde celles qu’il
a réservées pour lui-même. Aussi les Personnes et les Choses consacrées d’une consécration exceptionnelle se dérobent aux jugements humains, et l'esprit créé se trouble à leur approche, comme il arrive devant des Étrangers qui parlent une langue qu ‘on ne sait pas, et disent dans cette langue inconnue des secrets trop terribles pour être exprimés par les mots que l’homme comprend. On dirait que l’Incompréhensible qui préside à leurs discours est une condescendance et une miséricorde, ils ne veulent pas effrayer.
La loi est faite pour tous ; l’Exception est faite pour un seul. Le mystère de l’Anathème est le mystère de l’Exception. On dirait qu'en promulguant la loi, Dieu parle des autres, et qu’en désignant l’Anathème, Dieu parle de lui. Quand il parle des six jours et de la loi du travail, Dieu pourvoit aux créatures. Quand il parle du septième et de son Sabbat redoutable, Dieu parle de lui! Il ouvre une fenêtre qui donne sur ses propriétés. Quand il parle des six Jours, il semble que Dieu regarde du côté des créatures. Quand il parle du septième, 1l les invite à regarder de son côté. Quand il parle des six jours, Dieu abaisse ses
regards sur les créatures. Quand il parle du
septième, il les invite à lever les yeux vers lui. L’attentat des créatures contre J’Anathème, c’est l'attentat spécial et direct contre Dieu. C’est l’attentat qui vise au cœur, c’est l'attentat de la haine, et non celui de la faiblesse.
Certes le mot Horma est cité à propos, et la
langue hébraïque est à sa place ici. La os qu'il s'agit d'indiquer est si essentiellement et si absolument primitive que la création elle-même ne
semble pas primitive à côté d'elle. Il s’agit de
réveiller ou plutôt d’éveiller dans l’âme humains des Échos qui répètent des Paroles extra antéhistoriques. Il s’agit de se placer en dehors du temps, avant et après lui, pour découvrir en lui ce quiest la Réserve de l'Éternité. Il s'agit de
découvrir parmi les dépôts confiés aux siècles
ceux qui sont le plus singulièrement possédés par un autre que par eux, ceux dont il leur sera
. redemandé un compte de et spécial. En
effet l'Étranger est plus spécialement sacré que
l'habitant. Homre déclare qu’il vient de la part
du Seigneur, ainsi que le Pauvre. Le Pauvre et l'Étranger portent sur le front des reflets singuliers. Ils né sont pas chez eux. Loth les protège, à quelque prix que ce soit, et quand la foule menace de lui arracher ceux qui viennent de loin, il ne recule devant rien pour les sauver. Non seulement l'Écriture garde ici le mot Hébreu, mais quand elle le traduit, elle le traduit en grec plutôt qu'en latin, comme si elle allait toujours chercher une langue plus ou moins loin-
taine pour exprimer une des idées les plus loin-
taines qui soient. La langue française, la langue la plus accidentelle peut-être et la moins essentielle qui soit, n'a pas de mot pour traduire l'Horma des Hébreux. Aucun mot latin ne vient
à son secours pour l'aider dans la fabrication d'uu
terme qu’elle ignore, et elle répète en grec: &ve, ayw, OÙ rm; elle parle en grec de Celui qui est placé loin, ou qui est placé haut, et ne fait pas pour fabriquer un mot original un effort que d'avance elle sentirait inutile. ï
Horma, qui veut dire Anathème, veut dire aussi destruction. Il semble qu’une certaine destruction serve de base à la consécration de l’Anathème. I] semble que la Destruction soit la matière dont l’Anathème estla forme.
La Destruction est le fondement, l’Anathème est l’Édifice.
Quelle est cette voix que j'entends ? Quels sont les cris de ces troupeaux, disait Samuel à Saül ? C'étaient les cris des troupeaux, épargnés contre l’ordre suprême, épargnés au mépris de l’Anathème qui exigeait leur destruction. Et à propos de cette destruction omise, voici un des mots les plus terribles et les plus mystérieux de l’Écriture qui arrive inopinément.
Je me repens, dit le Seigneur, d’avoir établi Saül roi.
Le mot qui précède le déluge *ÉADREES 1CI, Voici le Repentir de Dieu.
Peut-être que l’Anathème et le Repentir de Dieu sort deux mots qui s'appellent et se répondent dans quelque langue inconnue.
Jéricho est prise : le son des trompettes sacrées a renversé ses murailles. Jéricho est anathème. La conquête de Josué appartient au Seigneur qui
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la réclame. Voici encore la conquête, la destruction et l’Anathème qui apparaissent ensemble. Dieu fait sa demeure en pays conquis. Mais Israël, qui doit être vainqueur, est vaincu. Qu'’estce que cela veut dire?
Seigneur, mon Dieu, que dirais-je, s'écrie Josué, voyant Israël tourner le dos ? Et cet homme qui avait vu Moïse fait une prière à la Moïse. Il se répand devant Dieu en obsécration. Il invoque le grand Nom du Seigneur, Celui dont Moïse sem-
blait l'ange gardien.
Et l'attentat contre l’Anathème lui est révélé, et la mort d’Achan qui avait enlevé une partie du butin rend la victoire aux armes de Josué.
Quelle vérité, dit de Maistre, ne se trouve pas dans le paganisme? Rome croyait que la victoire abandonnait ses légions si une de ses vestales était infidèle à ses vœux, et qu'il fallait l’enterrer vive pour redevenir invincible. C’est la contrefaçon exacte et parfaite de l’Horma des Hébreux.
Le sens précis de ce mot, Anathema, échappe à la détermination. Il défie l'analyse. Plus l'homme s'éloigne de Dieu, moins il le comprend et moins il le sent. Quand il se rapproche de Dieu, je n’oserais pas dire qu’il le comprend, mais il incline à le sentir. Plus il incline, plus il prie, Cen’est pas une affaire d'explication, c’est un
acte de prière.
Plus l’homme est baigné dans l'Océan divin,
208 PAROLES DE DIEU plus il sentce mot mystérieux qui a l'air de venir d'une langue supérieure à la langue humaine. On dirait un Étranger, et de l'accueil qui lui est fait beaucoup de choses dépendent peut-être pour celui qui le reçoit ou qui le repousse. Re
Vraiment le Seigneur est ici, etje ne le savais pas, dit Jacob.
Ettremblant: que ce lieu est terrible ; il n’est pas autre que la demeure de Dieu, et la porte du ciel!
Ne vous semble-t-il pas qu’il est des instants où l'on a besoin de se réfugier dans le silence, comme s’il n’était pas tout à fait étranger aux choses comprises dans ce mot: Anathema, comme s’il n’était pas étranger à la demeure de Dieu et à la porte du ciel?
Voici maintenant Ephpheta qui est encore
resté dans la Vulgate, tel qu’il a été prononcé. Il 4
s'agit des lèvres et des oreilles du sourd-muet et le mot Ephpheta est précédé d’un Soupir. Ce soupir a l’air de sortir d’une Profondeur immense,
ou la chute humaine a été aperçue tout entière.
Ces oreilles faites pour entendre et pour croire,
ces oreilles, faites pour recevoir le Verke, pour … lui donner l'hospitalité, elles étaient fermées, « comme les portes de l’avare. Ces lèvres faites 1 pour célébrer la gloire et pour chanter la Jouange, . elles étaient fermées, comme la bourse del’avare. Qui pourra dire ce que c’est que la bouche de 4
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l’homme fermée ! Cette bouche, organe etlouange
Il comprendrait quelque chose à ce Soupir qui dut être Immense, et à l'Ephpheta qui à suivi le Soupir. Et pour réclamer ce Soupir et pour réclamer cet Ephpheta, il n’est pas nécessaire d'avoir absolument perdu la Parole, dans le sens matériel; il suffit d’avoir perdu lux Joie de la
Parole, qui chante, la Joie de la Parole qui loue!
il suffit d’avoir perdu la Liberté de l'Adoration. Il
suffit de ne plus dire, dans la Joie de son âme:
Alleluia, alleluia !
1 LT ENST A