‹ Paroles de Dieu; réflexions sur quelques textes sacrés 1923Chapitre 39 sur 44 · DE DIEU · texte numérisé non relu

DE DIEU

mort la proie qu’elle tenait ;: mais il laisse aux hommes ce soin, parce que les hommes en sont capables. Il se réserve de ressusciter le mort, parce que lui seul en est capable. RS Il leur laisse leur part dans l’œuvre, celle qui est à la portée de leurs bras. Saint Augustin conslate cette attention, ce partage. Les hommes, en Ôtant la pierre du tombeau, concourent, pour leur petite part, à la résurrection qu'ils ne peuvent opérer. Mais celui qui peut opérer la chose possible et la chose impossible leur laisse la première, et se réserve la seconde. F5 Mais les larmes de Jésus ont coulé ! La résur rection n’est pas loin. Amen.

Dans les deux autres résurrections racontées par l'Évangile, ce sont les autres qui pleurent.Dans la résurrection de Lazare, c’est Jésus lui-même. D'où partaient ces larmes ? De quelle profor ie deur, de quel abîme ? © 74710 Lui, Jésus, pleurait. ne Il avait devant lui Lazare mort. Lazare q ai était un homme, et qui, en même temps, repré sentait l’homme, TEE

PT

Le

un alinéa est consacré à ces larmes.

Fc

e TT avait un ans Édyaut 12 yeux, et en même

temps il avait la mort.

. Et ce mort était son ami.

Quel sentiment dut soulever dans le cœur de … Jésus ce mort, et quel sentiment dut soulever la . mort!

7" (ui peut savoir de quel œil il la comtempla, à quelle profondeur il la sentit !

+ Qui peut savoir ce qu'était pour lui ce mot, et ce qu était pour lui cette chose, la mort !

Les hommes ont, en face d'elle. la ressource de l'oubli, la ressource de la lécèreté, la ressource de la bravade, mille ressources, comme ils savent

en trouver, et l’amour-propre fournit sa part d’aveuglement, et cet aveuglement se mêle aux

ons de la vie.

Mais Jésus n'avait ni amour-propre, ni aveu-

glemñent, ni légèreté, et il voyait la mort comme

elle est. Il la voyait sans déguisement ; il la voyait dans sa nudité horrible ; il voyait le péché, dont elle était la suite et l'ombre, et il le voyait

comme il est, et il savait ce qu'il allait lui coûter.

| Et Jésus pleura.

__ Etce mot constitue un verset tout entier. Tout

Ve

Lacrymis cepit rigare pedes ejus.

(Luc, chap. VII, v. 58.)

Elle commença à arroser ses pieds de larmes.

TE

re CAE MES e Que dire de Madeleine? Ses larmes sont deves nues tellement illustres, qu'elles sont incorporées à sa personne, identifiées à son souvenir et immortalisées dans sa gloire. e or à Madeleine et ses larmes ne peuvent pas être séparées dans la mémoire des hommes. Madeleine et ses larmes sont unies dans la langue terrestre. Au ciel, elle ne pleure pas. Mais les larmes qu'elle a versées l'ont introduite dans la place qu’elle y occupe. Qui peut sur terre se représenter Made leine autrement que pleurant? L'Art a consac ses larmes par toutes les cons

dispose. La Peinture et la Sculpture se metten

Canova a su faire pleurer le marbre. La chose | plus froide et la plus dure qui soit, celle m qui symbolise la froideur et la dureté, le marb en faveur de Madeleine est devenu pathétique

Et comme si les hommes n'avaient pa

LES LARMES DANS L'ÉCRITURE 3 dignes Ge les voir couler, ces larmes de Madeleine * ont été données en spectacle au désert. Elle a versé devant les hommes quelques larmes que l’histoire | a recueillies et que le genre humain a contem- plées. Mais bientôt elle est allée au désert, et là ont coulé ces torrents de pleurs qui sont restés des secrets pour les hommes. .

Saint Pierre offre, lui, quelque chose de tout à fait particulier. ee Il montre la faiblesse et la force, les larmes et la pierre incrustées dans sa personne et dans son

nom.

; EE "à s

La

posée l'Eglise contre laquelle les portes de l'Enfer ne prévaudront pas, lui-même a des larmes dans __ sonhistoire, et que de larmes, et quelles larmes!

Lui, le rocher, lui la force sur laquelle est ee -

__ © Celui dont le nom doit signifier la force, lui,

J'invincible représentant de l'Église invincible ; Juien qui sont condensées tant de souveraines énergies; lui qui est Pierre, et sur cette pierre Jésus-Christ a bâti son Église, lui, lui, Pierre ]l pleure, il pleure amerement! Le chant du coq l'avertit qu'il a renié son maitre, qu'il Va renié par peur d'une servante, et de cette faiblesse, les larmes, aveu sublime de la faiblesse repentante, vont sortir par torrents, ei Pierre ss est Pierre, saint Pierre à jamais, et les clefs sont entre ses mains, qui doivent lier et relier. :

Que de larmes! que de larmes dans les fonde-

ents de l'Église! Quelles larmes durent être les

280 PAROLES DE DIEU Se larmes de Pierre! c’est le rocher qui se fendait ! Quelle affectation semblent mettre la force el la faiblesse à s’embrasser dans le nom de Pierre et dans son répentir! Fe. |

L'un s'exprime par le rocher et l’autre par les jarmes ! : Ne.

À l'instant où il renia son maitre, Pierre se chauffait. Je suis toujours très frappé quand je trouve dans l'Évangile une circonstance qui sem- 4 ble indifférente au sujet du drame. Je suis certain d'avance qu’elle est particulièrement intéressante. Quelquefois je suis embarrassé, et J'ignore la nature de cette importance. .

Dans ce moment terrible, Pierre se chauffait. Je suis bien loin de lui en faire un reproche. I] avait peut-être mille fois raison de se chauffer Mais le soin que prend l'Évangile de constater ce détail, lui donne je ne sais quel air singulier. Pierre se chauffait. Calefaciens se. Ce petit mot se donne à sa manière de se chauffer dans ce À. moment solennel je ne sais quelle immortalité étrange. | 3

Saint Jean nous ditque Pierre se chauffait:

Erat autem Simon Petrus stans et calefaciens se. Le Or, Simon Pierre était debout, se chauffant. se Et saint Marc, nous parlant d’une des servantes du grand-prèêtre, ajoute: v |

Et cüm vidisses Petrum calefacientem se, PS 4, Joannes, cap. XVIII, v, 4%, à

Hi

Ne de UE UD fées tu Ml RL

PA RSS Ne ce LR ETS

LES LARMES DANS L'ÉCRITURE se

Et quand elle eût vu Pierre se chauffant‘.

Et un instant auparavant saint Marc venait de dire :

« Quelques-uns se mirent à cracher sur fui (sur Jésus-Christ), à voiler sa face: on le déchirait à coups de poing. On lui disait: Prophétise ! et les serviteurs l’écrasaient de soufflets. »

Le même récit nous avertit un instant Spies que saint Pierre se chauffait.

Ïi était monté sur le Thabor et il renia Jésus- Christ. Faut-il s’en étonner? Pas le moins du monde. Celui qui connait l’homme ne s'étonne pas de l’histoire humaine. Celui qui a fait l’homme s'étonne encore bien moins; et il a donné le gouvernement à celui qui avait renié, parce qu’ensuite il avait pleuré.

Il n'y a de grand que celui à qui Dieu parle, ei dans le monde où il lui parle

Le chant du coq réveilla en saint Pierre le crt de la conscience. Le chant du coq, qui ne semble

avoir avec le reniement ou le repentir aucun

rapport apparent, est frappant et étrange comme toutes les circonstances rapportées et non expli- quées par l'Évangile. Peut-être le chant du coq, qui indique la fin de la nuit, symbolise-t-il par là même le repentir ? En tout cas il oublit la source des larmes, et les larmes fendirent la pierre du

Page 1