PAS
PAROLES DE PAIX 123 e
On riait de ces folles tentatives :
on les ridiculisait. Mais à côté des railleries d'hommes politiques, il y avait tout de même le gros bon sens instinctif des peuples, qui, eux, ne riaient pas. Et c’est parce que l’idée a trouvé hospitalité et asile dans le sein des peuples, qu’elle a vécu et grandi.
On a formulé des critiques : Comment empêcher une guerre d’éclater?
La guerre aura fait tous ses ravages avant qu'on ait même pu songer à réunir le conseil de la Société des Nations, et quand celui-ci se réunira, comment ses membres s’entendrontils? Pendant ce temps, l’incendie se propagera, la guerre portera tous ses fruits.
Un jour, dans mon cabinet, =.
: j'étais ministre des Affaires étran- a gères et j'avais l’honneur d’être
président du conseil de la Société des
Nations, — une dépêche m ‘apprend eee qu’en Orient un conflit sanglant vient Fee d’éclater entre deux peuples. Les. Fu
frontières sont franchies, les armées re sont en marche, les fusils crépitent,. ’ les canons tonnent. Toutes raisons de craindre que le conflit ne puisse être limité entre ces deux peuples; toutes sortes de raisons de craindre un retour des événements effroyables qui font planer sur les peuples les ailes sanglantes de la guerre. .
Que faire ? Me &
Immédiatement, j'ai pris mes responsabilités. En accord avec. le sect |
tariat général de la Société des’ Nations, j’ai convoqué d’urgence à Paris les membres du conseil et tout de suite, j'ai fait connaître aux deux peuples qu’ils eussent à s’arrêter.
Ah ! si un homme politique, quel- ques années avant un pareil événement, se permettant de telles prévisions, était venu dire qu'il pourrait faire un jour un geste semblable, quel ridicule se serait abattu sur lui?
Le-conseil de la Société des Nations s’est réuni. Les deux nations convoquées ont comparu. On leur a demandé : « Acceptez-vous l’arbitrage du juge? » Elles ont répondu :
« Oui ».
Je leur ai dit : « Cela ne suffit pas.
Pour délibérer en paix, dans toute
son indépendance, le juge. vous
ordonne de vous arrêter et de vous
écarter les uns des autres. Plus dé”
fusils, plus de canons, la parole à Fu
justice. » \ nn Les deux pays — et c’est à leur | honneur — ont répondu : « C’est
fait : les canons ne font plus entendre
leur voix; les troupes ne sont plus en
contact; nous attendons votre jus-
tice. » Deux jours après, la guerre
était finie.