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M ns r 5 \ PAROLES DE PAIX 153
tionnelles comme la France, c’est ‘parce que c’est un peuple d'élite et parce qu'il possède en soi des qualités telles. La guerre ne les lui donne pas; elle lui procure seulement l’occasion de les employer.
Mais s’il a l’occasion de les employer -pour la paix, dans le domaine du progrès humain, il le fera aussi bien que sur les champs de bataille. Et je ne ferai pas à mon pays l’injure de croire que parce qu'il se sera tourné vers la paix, il perdra les magnifiques qualités qui ont fait sa gloire à travers les siècles et qui rayonnent sur lui depuis la victoire.
La France a fait connaître sa véritable pensée. Pendant quelques
années, on nous a représentés comme
154. ARISTIDE BRIAND des troublpares on Sn dt au u peuple français des arrière-pensées de conquêtes, on le voyait toujours prêt à.
se jeter dans la bataille, comme aie
n’avait pas d’aptitudes à faire autre ÿ:
chose, le peuple qui a donné Pasteur, le peuple qui a donné Hugo, le peuple a qui a donné tant de valeurs morales :
à à l'humanité ! La réalité, c’est que la France sait faire face à tout. Atta- F
quée, elle sait se défendre, mais elle :
a aussi les grandes vertus de la paix. 8
Je sais bien aussi qu'il ne sut F pas de la parole d’un homme, de.
dix hommes, de mille hommes, dans deux pays qui se sont battus à tra vers les siècles, pour rendre tous des”
cerveaux aptes à la paix. Si la guerre :
était de nouveau imposée à la France,
elle saurait se défendre. Elle n’a pas perdu son ressort. Ce n’est pas parce
qu’elle s’est tournée résolument vers
la paix qu’elle a perdu les qualités
de sa race... Mais elle a adressé à tous des paroles pacificatrices; elle signe avec tous des conventions d'arbitrage de même qu'entre les hommes le coup de poing brutal n’est pas un argument inévitable, elle demande qu'entre nations des solu-
tions juridiques puissent, dans la mesure du possible, se substituer
aux solutions par la force.
La France fait tout cela !
La France qui est aimée, admirée du monde entier pour les sentiments
- qu’elle sut susciter chez tous les
peuples, la France dont on sait . qu’elle porte pour tous ce flambeau qui ne pourrait s’éteindre sans que
l’obscurité s’étende à tous.
Le peuple français est un peuple .
de raison. Il s’est mis au travail, il sait bien que le travail ne peut se développer, qu’il ne peut apporter :
la prospérité à une nation qu'à la condition de se développer dans la paix. |
On sent la paix partout sur notre territoire. J’ai dit à tous les étrangers qui m'ont parlé de notre pays et de son état d'esprit : allez vous promener dans nos villes, entrez dans nos
maisons, approchez nos paysans,
pénétrez dans nos fermes, regardez notre sol, mêlez-vous à toutes les classes de la nation : tout vous crie :
la paix, la paix, la paix. Mais vous ne pouvez pas l’empêcher de relire les pages de son histoire, vous ne pouvez pas l’empêcher de se trouver dans des conditions géographiques déterminées, vous ne pouvez pas attendre d’elle qu’elle renonce à défendre sa vie !
Pâr conséquent c’est pour elle une nécessité que de n’envisager la paix que dans la sécurité; c’est ce qu’elle cherche. Alors, si l’on veut être juste envers elle, qu’on ne la critique pas d’avoir gardé le souvenir de victoires remportées en commun. Qu’on
la comprenne ! Qu’on s’associe à ses
158 nn :
efforts, et alors on verra qu elle travaille pour la paix. :
La France est assez sage pour ne pas se laisser duper par des illusions, elle sait que tout danger n'est pas dissipé parce que des pare de e paix
ont été prononcées. :
Notre pays est résolument tourné vers des buts pacifiques,et si les autre nations acceptent d’entrer dans cette
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voie, une guerre semblable à celle
que nous avons subie ne e risque plus £ de s’abattre sur nous. Fes
C’est à cette œuvre, tant € que j' ’aurai l’honneur de remplir mes fonctions, que je consacrerai tous mes efforts et toute ma claivoyance. LS
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Léon Bourgeois à la Société des Nations — dirai-je son remplaçant?
Non! C’est inexact — son substitut plutôt lorsqu'il était souffrant. J’ai connu sa pensée intime et je peux dire que ce fut une bonne fortune pour moi de trouver cette pensée associée à tous les efforts tentés. Dans … les moments difficiles — il y en a eu — où en présence de certains obstacles, mon esprit pouvait être porté au découragement, j'ai reçu le réconfort de sa bonne parole, j’ai été soutenu par l'exemple de toute sa vie tournée vers la païx, non pas une paix ver- bale, mais une paix réfléchie, solide, n'emportant pour son pays aucun risque de duperie.
Lorsqu'un homme est chargé de
ces négociations redoutables qui sont - FU de nature à faire peser sur Jui de rudes et lourds soucis, il faut qu A sente la pleine et entière confiance des ) 4 mandataires de son pays, autrement ; il risquerait de commettre des 4
erreurs.
Le danger pour un homme public c’est de s’arrêter d’avance à toutes + les critiques que, quoi qu’il fasse, il, | 4 est certain de rencontrer. Une telle préoccupation au moment de l’ action conduit forcément à la paralysie. …
C’est la certitude d’é chapper aux critiques, mais c’est aussi la certitude de laisser peu de chose derrière …
soi et, tant qu’à faire, si lon se trouve
dans la politique, c’est pour tendre
à un autre résultat.
. La vie publique internationale est
compliquée, on n’y recueille pas que des satisfactions, tous ceux qui l’ont
vécue pourraient l’attester, mais ce
n’est pas une raison pour désespérer.
> > Il est des heures où il faut savoir
rester impassible et faire appel à
toutes les ressources de la maîtrise
et du sang-froid. |
Ce ©
C’est notre devoir, à nous, hommes
politiques, de prendre des situations
comme elles sont, en hommes d’affaires, et Dieu sait si j'étais porté à ce genre d'exercices.
S'il y a en l’homme une part de force
intuitive, elle n’est pas absolue et il
faut bien qu’il reçoive des événements une part d'enseignement qui est inévitable : l’essentiel est qu’il en
profite.
Quand on a l’honneur de représen-
ter un grand pays comme la France,
qui a su de tous temps et dans les
circonstances les plus dificiles, prou- Ë
ver qu’elle avait un haut souci de
l’honneur et de la dignité, je crois |
qu’on peut montrer du sang- froid
sans risquer d’affaiblir moralement .
sa patrie. VE Ce sont là les heures ke plus délicates, celles qui, le plus vite, et qui
le plus aisément, peuvent s’achemi-
ner vers une issue tragique. C'est à ..
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‘ce moment-là qu'il faut s’affermir sur ses pieds pour résister aux poussées, parce que s’il vient à se produire le moindre glissement, on ne peut plus savoir jusqu’où il va vous entraîner.
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Quand on assiste à des assemblées des nations, comme celle de Genève, quand ôn voit les représentants de cinquante-deux nations venir aflirmer à la Tribune, la nécessité d’un pacte général de sécurité, d’une espèce de société d’assurance mutuelle, avec toutes les précautions correspondantes, — bien que cela n'ait pas encore été approuvé par tous les gouvernements, — c’est tout de même un élément de travail consi-
164 ARISTIDE BRIAND dérable, c’est un élément d'espérance | que les représentants de la France seraient bien coupables de négliger. à
La oi intérieure a un pays À
comme la France n’est pas négligeable. Nous savons que le monde :
entier a les yeux sur notre pays. N otre .
pays, à toutes les périodes de son.
histoire, a été le guide, le conducteur; “
c’est le grand souffle de la Révolution + française qui a passé sur le monde. et a
qui a fait germer la liberté. C'est Je e souvenir de cette tradition révolu- :
tionnaire qui, hier, sur le champ de bataille, appelait les peuples à esprit
libre. Tous ces petits pays nés de la
victoire à laquelle ils ont concouru :
ont les yeux tournés vers Ja France.
La France g'orieuse qui, hier, sur
les champs de bataille, n’a pas abdi-
qué dans la victoire son passé et ses
traditions est bien décidée à marquer
dans la paix qu’elle entend monter vers un progrès toujours plus grand.
; Ce Sous l’influence des passions politiques, les hommes ne sont que trop portés à nier tout progrès qui ne s’afirme pas par une violence au détriment de leurs adversaires. Je tiens à le dire hautement, le progrès ainsi compris n’est pas dans ma manière.
Ce © SH y a, en Orient, au Maroc, en Alsace-Lorraine, trop de questions
importantes communes entre la
ER
France et Rome, pour qu’un gouver- |
nement se refuse de causer avec le … Vatican. C’est d’autant plus néces-
saire qu’une politique d’apaisement et de tolérance est à souhaiter. : ; Ce qui peut aider à trouver la solu- .
tion sous une forme toute différente k du passé, c’est l’attitude du clergé
pendant la guerre. Cette solution sera
d’autant plus facilitée si les prêtres ne se préoccupent plus que de religion et ne se laissent plus entraîner comme jadis par des extrémistes de:
droite à participer à des luttes poli- = tiques passionnées. 2 ne 2 Ÿ Nous sommes à une heure où ce pays sent un grand, un irrésistible besoin d’union, de concérde et. de
fraternité. Il comprend, lui, si beau dans le passé, si grand encore dans le présent, et d’un si bel avenir, qu’il ne peut remplir, non pour lui seulement mais aussi pour l’humanité tout entière, son plein destin qu’à la condition que c’en soit fini des haïnes et des luttes fratricides entre ses enfants.
PAP Chez moi, l’idée se présente surtout dans ce qu’elle contient de possible et de réalisable. Je suis un homme de réalisation, et c’est dans ce sens que ma vie est orientée. Dans une démocratie, un gouvernement, même avec ses idées, même avec ses partis pris, même avec ses
préférences, doit donner la liberté à tous les citoyens dès lors qu'ils 5 ne sortent pas du cadre de la légalité et que leur pensée, de droite et de gauche, se manifeste d’une façon correcte, sans porter atteinte à la loi. | Rs PPS LT MAN Le
C’est un honneur pour Je. parti républicain, qu'ayant eu, après des” batailles passionnées, violentes, hai- :
neuses même, à régler dans ce pays le :
sort des croyances, c ’est-à-dire, | de qu’il y a de plus délicat, c’est un .
honneur pour le Parlement, pour 1 République, d’avoir fait aux con-.
sciences leur ample part de la liberté, d’avoir permis à tous les. sentiments religieux de s “pans lbrem
Le
sans avoir à craindre aucune perse-
cution.
* Nous avons la bonne fortune d’être le pays de tous les pays, celui vers lequel sont tournés tous les regards d'espérance du monde entier, celui qui a fait le geste de libération, celui qu’on aime, pour ce qui pourra sortir
de lui demain, dans tous les ordres
du progrès. ;
eZ
J'ai condamné les violences, toujours j'ai fait effort pour assagir la
classe ouvrière, pour l’appeler à une méthode raisonnée, pour l’amener à une collaboration efficace avec les partis de démocratie, pour l’organi-
. ser dans son ensemble, afin d’assurer
Ps
l’amélioration de son sort,.et, dans la.
mesure du possible, son émancipation. :