‹ Parsifal de Richard Wagner, ou, L'idée de la rédemptionChapitre 37 sur 38 · SO PARSIFAL · texte numérisé non relu

SO PARSIFAL

sur une vision qui le fascine. Il repousse le& bras nus de Tenchanteresse. Violemment, il presse la main sur son cœur, et un cri déchirant, dont les vibrations iront se répercutant à travers l'infmi des mondes, parce qu'il exprime dans son agonie l'éternelle vérité de la rédemption, s'échappe de sa bouche :

« AmfortasI »

Ce cri, qui produit une impression bouleversante, n'est-il pas comme la réponse à l'appel de Kundry, un instant auparavant :

C'est la revanche du ciel contre l'enfer. Le monde de pensées évoqué par l'appel enlaçant de la magicienne devait précipiter le Simple et le Pur dans l'abîme. Les souvenirs ineffables et sacrés, éveillés par ce nom « Amfortas », vont le sauver pour toujours.

Amfortas 1 Amfortas ! la blessure, elle me brûle moi aussi. Tout se dévoile maintenant aux yeux du Simple et du Pur ! la pitié Ta

rendu voyant! Pourquoi la sent-il saigner en lui, la blessure? Pourquoi comprend-il ce que lui dit la douleur?

C'est qu'un jour, là-bas, dans un lieu saint et mystérieux, il a soufïert avec celui qui souffrait. Lui, le simple, Tignorant, il a senti son cœur blessé par le dard de la sympathie humaine. Il ne savait rien, mais il a aimé. Voilà pourquoi, à l'heure de la tentation, la sensation ardente qui le brûle, lui aussi, sera le moyen de son salut. Le souvenir d'Amfortas revient vivant en lui et résout pour son intelligence le mystère que son cœur seul avait compris. Les deux premières étapes de l'initiation ont été traversées. Maintenant l'Amour, devenu conscient, éclairé par la Sagesse, va se transformer en Pouvoir.

(( La loi des lois, la force des forces, c'est l'amour (1). » Parsifal s'est jeté à genoux ; il supplie, il s'accuse en phrases haletantes.

(1) Bernard Ragazzi.

Il se souvient du Graal et vit lui-même l'agonie d'Amfortas. « 0 plainte! affreuse plainte ! elle crie vers moi du plus profond de mon être. Au cœur est l'incendie, le désir ardent, le désir terrible et effréné... » Kundry qui sent sa proie lui échapper se rapproche. Alors Parsifal, toujours sous l'obsession du souvenir d'Amfortas, se représente la scène où le roi du Graal a succombé. « Oui, c'est bien cette voix qui l'appelait et ce regard qui lui souriait. Je les reconnais. C'est ainsi qu'ondoyaient les boucles de ses cheveux, ainsi que le bras, enlaçant son cou, caressait mollement sa joue. C'est ainsi que sa bouche, en lui versant toutes les tortures, lui ravit le salut de son àme... Ah ! ce baiser ! (1) » Avec ce cri où se concentre toute la violence de la tentation et l'horreur de la chute, il se relève et repousse violemment Kundry.

Alors un revirement soudain se fait dans

(1) Traduction de Kufferath.

DEUXIÊ&fE ACTE 33

Fàme de la séductrice. Désormais elle n'est plus l'esclave de Klingsor qui obéit à une impulsion reçue. C'est une vraie femme en proie aux aflres d'un amour méprisé, mais qui, dans le délire de la passion, poursuit un rêve plus haut. Elle sent que cet homme tient sa vie entre ses mains, la vie de son àme. Dans ses yeux elle a vu la lumière qu'incessamment elle cherche à travers les ténèbres de sa conscience, et, rendue voyante par l'excès de la douleur et de l'amour, elle comprend enfui l'énigme de sa destinée.

Dans son âme blessée, passionnée, mais toujours aspirante, Parsifal se confond avec le Sauveur qu'autrefois, dans une lointaine existence, elle a méconnu et repoussé.

<( Depuis l'éternité je t'attends, toi, le Rédempteur qui as tant tardé à venir. Oh ! si tu savais la malédiction qui, dans le sommeil et la veille, dans le tourment comme dans la joie, se retrempant pour les douleurs nouvelles, sans cesse me poursuit à travers l'existence. Je le vis, Lui ! Lui ! et fai ri.

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