PREMIER ACTE
Les chevaliers du Graal, Gurnemanz à leur tête, et les pages, sont en conversation , ils parlent de la maladie d'Amfortas, roi du Graal, maladie que rien ne parvient à guérir, lorsqu'arrive Kundry, montée sur un cheval sauvage. Elle apporte un baume efficace qu'Amfortas accepte avec gratitude. On emporte le roi, tandis que les pages contemplent avec méfiance Kundry, qui s'est jetée à terre, évitant les remerciements du roi ; les pages, ce voyant, l'invectivent. Mais Gurnemanz leur ordonne le silence, leur rappelant combien Kundry sert avec zèle les chevaliers du Graal, en expiation d'une faute probablement. Que ne procure-t-elle l'épieu perdu du roi Amfortas, dont le retour amènerait la guérison! s'écrient les pages. Gurnemanz leur explique l'impossibilité où se trouve Kundry d'accomplir cette tâche. Et nous apprenons de la bouche de Gurnemanz l'histoire d'Amfortas. Lorsque son père Titurel lui confia le pouvoir du Graal, Amfortas partit, plein d'ardeur, combattre l'ennemi du Graal, Klingsor, lequel avait jadis en vain tenté d'être reçu dans la chevalerie de Titurel. Pour se venger de cet ostracisme, Klingsor créa un jardin magique, peuplé de filles splendides expertes en l'art de séduire les chevaliers, et plus d'un trouva là sa perte. Amfortas succomba également; il y perdit même son épieu sacré, dont s'empara Klingsor, qui lui fit ainsi cette blessure « qui ne veut se fermer ». En un rêve, Amfortas apprend la seule possibilité de guérison : seul un pur simple éclairé par la pitié, peut être le sauveteur d'Amfortas, et ce en reprenant l'épieu des mains du détenteur illégitime; du même coup, il
sauverait de la perte la chevalerie du Saint Graal, menacée par le pouvoir grandissant de Klingsor.
A peine Gurnemanz a-t-il terminé son récit, que s'accomplit un fait stupéfiant : un des cygnes sacrés vient d'être abattu d'une flèche dans l'enceinte même du domaine du Graal. Parsifal, reconnu comme auteur de ce crime, est traîné devant les chevaliers. En le questionnant, Gurnemanz reconnaît que Parsifal a péché par ignorance, car, pénétré de remords, il brise son arc; il est hors de doute que Parsifal est ce pur simple attendu. Dans l'espoir de trouver en lui le sauveur du roi Amfortas, les chevaliers autorisent Parsifal à prendre part à la Sainte-Cène. Quoique profondément ému du spectacle auquel il vient d'assister, il est exclu du Graal, car il n'est au fond qu'un pur simple, un ignorant qui ne comprend rien.