‹ ParsifalChapitre 10 sur 22 · LE PREMIER CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE PREMIER CHEVALIER

Le Roi voyait, comme un heureux présage, Planer ce cygne sur le lac...

Un trait partit...

Des éeuyers et des chevaliers amènent Farsifal. PLUSIEURS CHEVALIERS et ÉCUVERS

C'esl lui! C'est lui!

LE PREMIER CHEVALIER, montrant le tat

(""est sa flèche!

LE DEUXIÈME CHEVALIER, montrant l'aie.

Voici l'arc qui la lança.

GURNEMANZ, à 1'..

C'est loi? toi, qui tiras ce cygne?

FARSIFAL

Mais oui !

J'atteins ce qui vole Au vol!

GURNEMAXZ

Tu fis cela.

Sans craindre cette cruauté.

Parsifal (M. Van Dyck) brisant son arc après avoir tué le cygne (Bayreuth)

LES ECTJYERS et LES CHEVALIERS

Frappe le lâche!

GURNEMANZ

0 forfait maudit ! Ici on meurtre,

Là, dans l'ombre auguste

Du bois, si calme autour de toi ! —

Sans peur, les bêtes du taillis sortaient.

Et venaient, douces, vers toi.

N'as-tu pas compris

Ce que chantait l'oiseau1?

Dis! que t'a donc fait ce cygne?

Cherchant sa femelle.

Il planait, volant vers elle,

Sur le lac bleu.

Son vol .- aérait les ondes du bain.

Quoi! tu n'as rien vu?

Au seul attrait d'un jeu sauvage

N'as-tu pas cédé ?

— Il nous aimait; qu'était-il pour toi?

Vois, ici le trait porta ;

Le sang est figé.

Là, pendent les ailes.

Ce corps de neige est tout souillé.

Inertes les yeux !

Mort le regard !

Parsifal a écouté Gurnematiz avec une émotion crois santé. Maintenant il brise son arc et jette ses flèches.

Sens-tu combien ta faute est grande?

Enfant, réponds:

Connais-tu ton péché .'

Parsifal passe la main sur ses yeux.

Comment l'as-tu donc commis?

Je l'ignorais, moi!

GURNEMANZ

D'où viens-tu donc?

Le sais- je, moi !

GURNEMANZ

Quel est ton père?

Le sais-je, moi !

GURNEMANZ

Mais qui t'a montré la route?

Le sais-je, moi !

GtTBNEMANZ

Ton nom, dis-le?

.l'en eus bon nombre.

Pourtant je n'en sais plus aucun.

Parsifal, Gurnemanz et le cygne (Monnaie).

LA PETITE ILLUSTRATION

GUBNEMANZ

Alors, tu ne sais rien?

A part.

D'aussi si upide. je ne connais Que Kundry seule!

Aux écuyers dont le nombre s'est accru sau-

Allez! vos soins, le roi les réclame au bain. Allez!

Les écuyers ont relevé respectueusement U

déposent maintenant sur une civière faite rie brandi. vertes; ils s'éloignent ensuite vers le château. Il ne reste enfin en scène que Gurnemanz. Parsifal ci Kundry à l'écart.

GUENEMANZ,

ra Parsifal.

Voyons, si tu n'as pu me répondre

Dis-moi, que sais-tu.

Car tu sais bien quelque chose?

Je connais ma mère.

Herzeleide est son nom.

Au bois, près la lande sauvage, Nous demeurions.

GURNEMANZ De qui vient cette arme'.'

C'est moi qui la fis Pour éloigner les aigles de la plaine.

GUBNEMANZ Tu semblés issu pourtant de noble race ; Pourquoi ta mère ne t'offrit-elle Des armes meilleures?

KUNDRY, toujours couchée dans le coin de la foret et regar riant fixement Parsifal. voyant que celui-ci ne répond pris s'écrie maintenant d'une voix rauque.

Sa mère, orphelin, le mit au monde;

Dans la guerre tomba Gamuret.

Pour que son fils n'eût pas à craindre Un sort semblable, Loin de tout, sans armes, Sa mère en fit un simple, La simple!

PARSIFAL. rjui a écouté avec une vive attention.

Oui! Et, une luis, près de la forêt, Montant de belles bêtes.

Vinrent de brillants hommes.

Je voulus les suivre.

Ils rirent et fuirent au loin '■ Pois je courus, mais sans pouvoir les rejoindre.

J'errai par monts el plaines.

En des lieux déserts,

Oh! bien des jours el bien des nuits!

Mes flèches me protégèrent

Contre bêtes et grands hommes...

KUNDRY, qui s'est levé. deux hommes

vivement.

Oui! il fit s'enfuir huions el géants!

De tous, par sa force, il se faisait craindre.

.Mais, qui me craint, dis .'

KUNDRY

Les méchants!

PARSIFAL Ceux qui m'attaquent, le sont-ils?

Qui est bon ?

GURNEMANZ, de nouveau si Bonne est celle que tu délaisses Et qui, pour toi, se consume en pleurs !

KUNDRY Finis, ses pleurs... car sa mère n'est plus!

PARSIFAL, dans une terrible épouvante.

.Morte? ma mère?... tu dis!...

KUNDRY J'errais pas là, j'ai vu la morte.

Son adieu je te l'apporte!

Parsifal saute furieux sur Kundry et la saisit à la gorge. C.urnemanz le retient.

GURNEMANZ

Enfant sauvage! Frapper encor!

Après avoir délivré Kundry.

Qu'a-t-elle donc fait? Elle a dit vrai: La sage Kundry ne ment jamais.

Deux aspects successifs du décor panoramique qui conduit au temple du Gràl (Bayreuth).

Le temple du Gràl à Bayreuth.

FAL, qui est resté un moment coram

pétrifié, est pri

d'un tremblement violent.

Ah! j'étouffe!

Kundry, en voyant chanceler Parsifal,

s'est élancée aus

sitôt vers une source du bois; elle en

rapporte de l'eai

dans une corne et, après avoir mo

uillé le visage «1

Parsifal. elle le fait bi i

île:

Gurnemanz traîne ina-

GURNEMANZ

("est bien! Telle est du Gràl la

Bannir le mal par le bien que l'on fait,

KUNDRY, sombre.

Ha!... Quel bien fais-je?

Elle st.' détourne tristement, tandis que s'occupe paternellement de Parsifal, et se perçue d'eux vers un buisson du bi

J'aspire au calme!

Le calme!... Je suis lasse!

Dormir!... Que nul no me réveille!

Se redressant.

Non! Dormir, non!... Je frissonne!

Après un cri strident, elle est prise d'un tremblement convulsif. puis elle laisse tomber les bras, courbe la tête et marche avec accablem< nt.

Lutte inutile!... Les temps sont là!

Dormir!... dormir!... Il faut!...

Elle s'affaisse derrière le buisson et reste, de ce moment, inaperçue. Mouvement du côté du lac; on voit passer I- cortège des chevaliers et des écuyers portant la litière du Roi et retournant au château.

GURNEMANZ Déjà du bain le Roi revient, Le jour rayonne; Viens à présent et laisse-moi te conduire. Si tu es pur, Tu peux du Grâl goûter la sainte nourriture.

Gurnemanz passe doucement autour de son cou le bras de Parsifal et lui enlace la taille. 11 le conduit ainsi lentement.

Qui est le Grâl?

GURNEMANZ

Nul ne le dit...

Mais s'il t'élit à son service.

Tout ce qu'il est, tu vas l'apprendre; Et vois, je crois que je t'ai bien jugé: Vers lui ne mène aucun chemin; Personne jusqu'ici n'arrive, S'il n'est guidé par le Grâl même.

Je marche à peine et suis déjà bien loin. GURNEMANZ

Mon fils, l'espace, ici, s'égale au temps!

Tandis que Gurnemanz' et Parsifal semblent marcher, la scène change insensiblement de gauche (iarrlini i droite (cour). Le bois disparait, une muraille de rochers s'entr'ouvre et se referme sur eux. Sons d< trompes (sur le théâtre) qui enflent doucement en si prolongeant. Tintement progressif de duchés. Par des gale-

LA. PETITE ILLUSTRATION

: • arrivés d

très élevée, livre seule passade à la lui dn ssées autour d'un

upi le milieu du la coupole.

immobile et comn

irde bien et fais-moi voir — Si tu es simple el pur — Pour quel savoir le ciel t'a désigné.

I» es d dx côtés, DUvxcnt «les portes. Par

celle d t les chevaliers du C.râi

qui vont se ranger devant les tables. Pendant le chant suivant, un groupe d' par une porte

latérale et. d'ut gagne le tond en

travei sa

LES < UEVALIURS

Soyons prêts à toute heure Pour le repas d'amour.

La lin sera meilleure A nuire dernier jour.

Celui qui fait le bien Vienne ;in banquet divin :

Son âme y recevra La manne des élus.

Les chevaliers se rangent devant les ial,lc>. Par la port, de gauchi (jardin) entrent rie, écuyeïs et des frères servants portant Amfortas sur une litière; devant lui t quatre page, portant la châsse >hi Grâl recou verte d'uni étoffe pourpre. Ce cortègi se dirige vers le milieu de la scène, au fond, où se trouve une couche exhaussée sur laquelli on éti après qu'il a quitte la litière. Devant cette couchi est une table de marine sur laqHi 11' !■ - pagi ■ placent la châsse verte.

VOIX D'ADOLESCENTS, de la mi-hauteur de la salle. Pour l'homme coupable.

Dans la souffrance, Coula le sang du Juste.

Au Sauveur ilu monde D'un coeur plein île gratitude Mon sang .je l'offre.

Pour nous il a donné son corps.

En nous qu'il vive par sa mort!

VOIX d'eXFAXTS, du haut de la coupole.

La toi renaît.

Au ciel paraît La blanche messagère.

Binez ce vin qui coule pour vous, Mangez le pain des âmes.

Après que tous les chevaliers ont pris place aux tables, au milieu d'un silence général, se fait entendre la voix de Titurel. venant d'une niche voûtée, tout au fond de la salle, derrière l'autel, comme si elle sortait d'un tombeau.

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