LA VOIX DE TITUREL
Mon fils. Amfortas, officies-tu?
Long silène, .
Le Grâl sacré dois-je le voir et vivre?
Long silence.
Ou mourir, si sa faveur me manque .'
AMFORTAS. dans une explosion de désespoir, se redressant à demi.
Grâce!
0 cruel tourment !
Mon père! oh! reprends cette Fois encor le Grâl! Père, vis!
Que ion l'ils meure !
LA VOfX DE TTTUREL
Dans tombeau, grâce au Sauveur,
• le vis. trop faible, hélas! pour son service.
Toi, sers-le donc, pour expier!
Découvrez le (irai!
IMPORTAS, arrêtant les pa j
Non ! laissez-le voilé !
') supplice!
Oui peut mesurer
Combien faii souffrir
L'aspect qui vous ravit! — Qu'est ma blessure, la fureur du Près du tourment — tourment d'enfer — D'être contraint à ce devoir!
— Charge cruelle dont. seul, j'hérite.
Moi, seul coupable entre Du saint des saints d'avoir la gardé, Sa grâce, de l'implorer pour vous, les justes!
• » peine ! peine vin- pareille
Qu'hélas! m'inflige le roi des Grâces!
Vers lui, vers sa miséricorde, Mon âme ardente aspire; Sous le remords i|iii le torture Vers lui mon cieur s'élance; Voici l'instant :
Cn clair rayon d'en haut descend sur l'autel. Et l'heure » ient :
dant l lui.
Au sain! cristal, le sang très précieux Soudain s'embrase et resplendit.
■ le sens, dans une douloureuse extase. La source du sang divin Verser >es ondes dans mon sein.
Alors le flol de mon sang corrompu,
En vagues furieuses
Dans mon eu ur reflue;
Vers le monde impur des sens
Avec effroi, il s'épanche; M rompt l'écluse à nouveau, Et, comme un torrent bondit.
Là, par la plaie, La plaie, hélas! qu'ouvril à mon côté
Le même ïqv.
Auquel le Sauveur ilul s;t plaie à lui. Et d'où, sanglantes larmes, Coulèrent ses pleurs sur l'opprobre humain, En gage 'le sa "race: — De ma plaie à moi.
— Dans, ce sanctuaire t m sont les hautes reliques.
Où je tiens le baume insigne, - Le sang- d'impureté jailli..
Renouvelé «lu Désir infâme Qu'hélas! ne tarit aucun remords! Oh!
Grâce! <i;
O Roi des Grâces, pardonne!
Prends ma couronne !
Ferme ma plaie!
Qu'enfin je m'éteigne
Pur et sans tache.
Il s'affaisse comme s'il perdait connaissance.
Le temple du Grâl au théâtre de la Monnaie
VOIS DES ENFANTS ET DES ADOLESCENTS à mi-hauteur de la coupole.
< Par la souffrance, un simple instruit, Doit venir: espère en lui! »
LES CHEVALIERS, à voix basse.
< "est ce qu'a dit l'oracle!
Attends en paix!
Remplie ton sacerdoce.!
\.\ VOIX DE TITUBEL Découvre le Oral !
Amfortas s'est de nouveau soulevé lentement et avec peine; les pages découvrent la châsse d'or et en retirent une antique coupe de cristal couverte d'un voile qu'ils enlèvent également ; puis ils déposent la coupe devant Amfortas. Une obscurité crépusculaire se répand dans la salle, tandis qu'Atnfortas s'inclina pieusement devant le calice et s'abime dans une fervente prière muette.
VOIX d'en HAUT Prenez mon sang, Prenez mon corps Que mon amour vous donne!
VOIX D ENFANTS, de la coi
Prenez mon sang;, Prenez mon corps En souvenir de moi!
pôle.
Un rayon éblouissant venant d'en haut pénètre la coupe et l'embrase d'une lueur pourpre toujours croissante qui se répand alentour. Amfortas, transfiguré, élève le Grâl et le balance dans tous les sens; puis il consacre le pain et le vin. Tout le monde est â genoux.
LA VOIX DE TIT0REL 0 joie ineffable.
( 'ombien grande est ta grâce, Seigneur!
Amfortas dépose le Grâl qui pâlit â mesure que les ténèbres se dissipent. Les pages replacent la coupe dans la châsse. Le jour reparait complètement.
VOIX D'ENFANTS, de la coupole.
Vin et pain du jour suprême.
Jadis le maître du Grâl même, Par amour les a changés, En ce sang qu'il a versé En ce corps martyrise.
VOIX D'ADOLESCENTS, à mi-hauteur de la coupole.
Sang et chair du sacrifice.
Par sa grâce à vous propice, Le Seigneur les a changés En ce vin que vous buvez, En ce pain rjue vous mangez!
Les quatre pages, après avoir fermé la ch:sse, ont pris sur l'autel deux cruches de vin et deux paniers de pains qu'Amfortas avait bénits en élevant le Grâl au
LA PETITE ILLUSTRATION
dessus d'eux; ils distribuent le pain aux chevaliers et remplissent de vin les gobelets places devant ceux-ci. Les chevaliers s'assoient pour le repas; de même Gurnemanz. <iui garde u\n- place vide à côté de lui; du geste, il invite Parsifal à prendre part au repas; mais Parsifal reste debout à l'écart, inerte et totalement perdu.
LES CHEVALIERS, première moitié.
Prenez ce pain, <|tie votre corps Y puise force et vaillance.
Fermes et torts.
Face ;i la mort.
Répandez les œuvres saintes!
LES CHEVALIERS, l'autre moitié.
Buvez ce vin; en vous qu'il soi.
Le sang ardent de vos veines; Restez unis et que la foi Dans les saints combats vomS soutienne!