‹ ParsifalChapitre 9 sur 22 · LE DEUXIÈME CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE DEUXIÈME CHEVALIER

L'un bond la sauvage descend!

si précipite sur la scène, presque chancelante. Vêtements étranges, relevés liant : ceinture on peau

"in. pendant très bas ; cheveux noirs, rlottan: -n tresses désordonnées : peau bronzé : yeux perçant; i l noirs, laissant échapper parfois des éclairs farot:ches . mais le plus souvent le regard est terne et d'une fixité morne. Elle se précipite sur f et le force à accepter un petit flacon en <

KUNDRY

Tiens ! prends ça !

baume '

GURNEMANZ

D'où ceci te vient-il ?

KUNDRY Le bien plus loin que tu 'as pensé...

Si ce baume est vain, Il n'est plus rien, en Arabie.

Pour son salut.

Qu'on nie laisse... je suis lasse!

lette

Amfortas sur sa litière (Monnaie).

! ol. Un 'Mil,;:. d'él :

liers, portant .t escortant la litière sur laquelle Amfortas est étendu, s'avance de la gauche. Gurm i s'est immédiat, nient dirigé vers les arrivants.

GURNEMANZ

II vient, ses serviteurs le portent.

— Hélas! Comment voir sans tristc.-se,

Dans toute sa vigueur virile.

Le chef d'une si fière race

Par la souffrance ainsi vaincu.

Aux écuyers gui portent la litière.

Prudence!... Là... le roi gémit.

Les écuyers s'arrêtent et déposent la litièn AMFORTAS, se s,, ni, vaut un peu.

Là !... bien !... merci !

Reposons-nous"!

Après l'horrible nuit, le calme frais des bois! Du lac sacré, que l'onde aussi me calme! — Le mal hésite, L'affreuse nuit s'éclaire ! — Gawânn ?

LE DEUXIÈME (ilK\

Sire, Gawânn est parti; Voyant que sans vertu, les sucs de tous ses simples

Décevaient ton espoir.

Pour chercher mieux, il a repris sa course.

AMFORTAS

Sans ordre? — Que le eiel l'absolve D'enfreindre ainsi la loi dri Gr.il ' Malheur à lui, le téméraire, Aux reis île Klingsor s'il est pris.

Que nul ne trouble plus la trêve!

J'attends celui qu'envoie l'oracle:

« Par la souffrance », n'est-ce pas?

GURNEMANZ Ainsi tu nous l'as dit...

AMFORTAS

k Le simple instruit, n Je crois le reconnaître...

La mort, en qui j'espère!

GURNEMANZ, lui tendant le 'flacon. Mais, d'abord, essaie eneor ce baume.

AMFORTAS, examinant le flacon.

D'où vient ce singulier flacon ?

GURNEMANZ

De l'Arabie il fut pour toi rapporté.

AMFORTAS

Et ipii l'apporte .'

GURNEMANZ, montrant Kumlry.

Voici... la femme est là!

Hé, Kundry! viens!

Kundry refuse et reste u terre. AMFORTAS

Ah! Kundry!

Que je te remercie!

Ton zèle est toujours sûr.

Allons, ton baume j'en ferai l'essai.

Comme un merci à ta constance.

KUNDRY, inquiète, s'agitant avec véhémence à terre.

Merci? Ha, ha!

Quel bien attendre !

Non! non! va-t'en au bain!

Amfortas donne le signal du départ ; le cortège s'éloigno vers le fond. Gurnemanz le suit du regard avec trisx tesse. Kundry reste couchée à terre. Les écuyers vont et Tiennent

LE TROISIÈME ÉCUYER, a Kundry.

Hé! pourquoi comme une bête te vautrer là!

KUNDRY

Les bêtes sont ici sacrées!

LE TROISIÈME ÉCUYER

Oui ! mais si, toi, tu l'es, Nous n'en sommes pas certains!

LE QUATRIÈME ÉCUYER

Avec ses sues inaudits, La gueuse achèvera, bien sûr, notre maître!

GURNEMANZ

Hum! Vous a-t-elle nui jamais? —

(juand nul ne sait ici Comment envoyer un pressant message

A nos compagnons d'armes Qui luttent, là-bas, au loin, — Qui, avant que vous y pensiez Part, et vole, et bientôt revient Sa tâche faite avec bonheur!

Qui la nourrit? Ce n'est pas vous.

Rien entre vous n'est commun.

Mais vienne un danger, toujours à point Sun zèle lui fait fendre les airs.

Et sans rien demander jamais!

Je trouve que pour nuire C'est se rendre bien utile!

LE TROISIÈME ÉCUYER

Son cœur nous hait !

Vois donc son regard railleur sur nous fixé!

LE QUATRIÈME ÉCUYER

On la dit païenne, sorcière aussi.

GURNEMANZ

Oui! une maudite, assurément.

Qui, de nouveau, revit ici Pour expier une autre vie Là-haut, peut-être, non pardonnée.

Si pour mieux taire pénitence A nous-mêmes elle rend service

Elle a raison !

Le bien qu'elle lait.

S'il nous sert, la sert aussi.

LE TROISIEME ECUYER

Mais n'est-ce pas pour ses péchés Que tant de maux nous ont frappés?

GURNEMANZ, songeur.

Oui, bien souvent, quand elle est loin d'ici Sur nous s'abat un grand malheur.

Longtemps je la connais, Et Titurel bien plus encore. — Là-haut, lorsqu'il bâtit ce temple, Au bois il la trouva dormant Inerte et sans chaleur.

Ainsi je la trouvai moi-même Après ce jour infortuné Où le Mauvais qui vit dans la lande Si durement nous éprouva. —

A Kundry.

Hé, toi, parle, réponds !

Dans quels parages rôdais-tu Quand fut ravie, au Roi, la lance.'

Kundry reste muette et sombre.

A notre aide tu ne vins pas.

KUNDRY

Je... n'aide... pas.

LE QUATRIÈME ÉCUYER

Vous l'entendez !

LE TROISIÈME ÉCUYER

Mais si vraiment son zèle est sûr La lance qu'elle la rapporte ici !

GURNEMANZ, sombre.

C'est autre chose!

Nul ne le pourrait. —

Avec une grande émotion.

0 merveilleuse et sainte lance!

Te voir tombée aux mains du réprouvé!

Se perdant dans ses souvenirs.

Cette arme au poing, Amfortas, téméraire!

Qui t'aurait pu défendre D'atteindre l'infidèle? — Tout près du but, il se perdit, hélas : Séduit par une femme, Terrible et belle.

De ses caresses il s'enivre.

La lance à ses mains échappe.

— L'n cri de mort ! —

— Vers lui, je cours.

Mais Klingsor, déjà loin, riait!

La sainte lance, il la tenait ! —

— «Tout en luttant, du Roi je sers la fuite, ( lai une plaie Au côté le brûle-,...

La plaie, hélas, qui ne se ferme pas!

fee premier et le deuxième écuyer reviennent du lac. LE TROISIÈME ÉCUYER

Tu connaissais Klingsor?

GURNEMANZ, évitant de répondre et s'adressant

aux deux écuyers qui reviennent du lac

Eh bien, le maître?

LE PREMIER ÉCUYER

Le bain agit.

LA PETITE ILLUSTRATION

,i 1.11 \ii.\ii m i:vi-:iî Le baume l'a calmé.

GURNEMAN'Z, .. part, après un silence. Lu plaie, bêlas! qui ne se ferme pas. LE TROISIÈME ÉCUTEB

Au troisième et au quatrième écuyer, déjà assis sous le grand arbre, aux pieds de Gumemanz, viennent se joindre les deux autres.

Mais, père.' dis-nous ce que tu sais.

Tu connus Klingsor, comment cela ?

GURNEMANZ

Titurel. le saint héros.

L"a mieux connu.

Au temps où le royaume de la foi Craignait l'assaut de l'infidèle, Vers lui, par une grave et sainte nuit. Jadis, il vit descendre les anges.

La coupe auguste où but le Christ

Pendant la Cène, Le vase saint, le noble et pur calice Qui, sous la croix, reçut le sang de Dieu.

Et puis, la lance aussi

Qui le fit jaillir, Ces gages précieux du don divin, Les anges les remirent à notre Roi.

Pour eux fut élevé ce temple saint.

Vous savez bieu qu'à son service Aucun pécheur ne peut prétendre:

Qu'il n*est donné qu'aux justes De s'unir, comme frères, Aux frères dont le cœur et l'œuvre sainte Du Grâl reçoivent l'assistance.

— Or, celui-là, dont vous parlez,

En vain, Klingsor S'efforça de se joindre à nous.

Là-bas, la lande lui servait d'asile.

Plus loin s'étend la terre des païens.

Là, j'ignore quels ont été ses crimes.

Il s'amenda pourtant

Oui, saint, il voulut l'être:

Mais ne pouvant en lui tuer toute luxure Klingsor se mutila le corps l'ensant ainsi se rendre pur.

— Honteusement, il fut chassé d'ici.

Sa rage alors contre nous se tournant, A la magie il eut recours

Pour mieux se venger de nos mépris,

Et voici comment :

La lande, il en fit un parc magique:

Il y fleurit d'étranges femmes; Les chevaliers du Grâl,

Il les attire Vers ces délices infernales.

Ceux qu'il séduit sont ses esclaves.

— Des nôtres combien s'y perdirent !

— Quand Titurel cédant au poids de l'âge Transmit à son fils la couronne.

Amfortas n'eut plus de repos

Qu'à ce fléau il n'eût mis fui.

Le reste vous est bien connu :

La lance, c'est Klingsor qui la tient.

Par elle il peut blesser les saints eux-mêmes.

Du Grâl, l'infâme rêve la maîtrise!

Pendant Le récit, Kundry a paru pleine d'agitation et s'est retournée plusieurs lois, furieuse et inquiète.

,1 Ql iti:ii ni | I. 1 EH

Reprenons donc la lai ce j qui la prit !

LE TROISIÈME ÉCUYEB Qui le ferait, honneur el gloire à lui!

GURNEMANZ, âpre- un silence.

Devant l'autel abandonné,

A deux genoux, un jour, Amfortas

implore grâce, fou d'angoisse.

Soudain, d'un doux éclat.

Le Grâl s'embrase :

Par un mirage saint,

Alors, en traits de feu, Visiblement, ces mots sacrés parurent : il Par la souffrance un simple instruit

Doit venir; espère en lui. »

Les quatre éeuyers répètent l'oracle, profondément émus. Des rives du lac partent les cris el les appels des chevaliers et des éeuyers. C.urnemanz et les quatre éeuyers sursautent et se retournent, effrayés.

LES ÉCUYERS el LES CHEVALIER

Là! là! Ho! ho!... Ah!

Sus au coupable !

Un cygne sauvage vole péniblement du côté du lac : il est blessé ' i se soutient à peine.

GURNEMAXZ

Quoi donc ?

1,1. S QUATRE ÉCUYERS, l'un après l'autre.

Là ! Voyez ! Un cygne blanc !

Voilà qu'il tombe !

LES CHEVALIERS et LES ÉCUYERS, accourant en scène.

Ha! honte! honte!

GURNEMANZ

Qui l'a tiré .'

Apres 'avoir volé péniblement, le cygne tombe lourdement. Le deuxième chevalier lui relire la flt'che Je la poil

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