SCENE IIL ARMAND , M«^e DE SENANGE
M^^ DE SENANGE.
Que viens-je d'apprendre, Monsieur?., et que signifié ce projet ?.. comment^ vous nous quittez, et par surprise. . .
ARMAND,
Moi, Madame. . . qui vous a dit?. •
M^c DE SENANGE.
Madelaîne elle-même , à qui vous aviez donné des ordres pour votre départ.
ARMAND
Il est vrai que des affaires me rappellent à Paris .
M^^ DE SENANGE.
Vous me ferez bien le sacrifice d'un jour, pour que je puisse au moins vous présenter à mon oncle et à notre ociélé , qui vous plaira , j'en suis sûre.
Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad Brussel
ARMAND
J'en doute, Madame.
Air : .Taime Henriette (d'Une Heure de folie).
Je n ai jamais cherché la solitude :
Mais avec vous je me trouvais si bien ; De tous vos goûts j^avais fait une étude , Et votre esprit semblait s^unir au mien. Fuyant le bruit , dans une paix profonde, Je veux garder des souvenirs si* doux ; Je serais seul in milieu du grand monde , Et je m'en vais pour rester avec vous.
D'ailleurs J Madame, je n'aime pas la société, car je sens que je suis peu fait pour y briller.
M"»e DE SENANGE.
Il me semble que vouxs vous défiez beaucoup trop de vous-même. . . je dois vous rassurer et vous apprendre , puisque vous 1 ignorez, que quand vous voulez, Monsieur, vous êies fort aimable .
ARMAND
Quoi! Madame , c'est là votre avis?
M™e DE SENANGE .
Permetlez. . . je puis me tromper; et c'est pour élre plus sûre de mon opinion, que je veux consulter celle des autres... j'ai idée qu'elle sera conforme à la mienne; mais encore faut-il voir ... et vous ne pouvez me priver clu plaisir d'entendre approuver mon jugement. . . Ainsi, voilà qui est dit? n'est- il pas vrai? vous restez ?
ARMAND
Puis-je vous résister!., {à part.) Au fait, je trouverai peut-être d'ici à demain, Toccasion de me déclarer... (Jiaiif.) Vous avez reçu plusieurs lettres de Paris. . . quelle nouvelle y a-t-il ?
M"ïe j)E SENANGE.
On parle encore du duel du jeune Versac avec M. de Saiiif- André. . . ceUe mauvaise tête dont vous avez sans doute enten(^u parler... Heureusement M. de Versée est tout-à fait rétabli ; et j'en suis charmée, car j'y prenais grand intérêt.-., vous savez qu'il est un peu de nos parents.
ARMAND
Je ne m'étonne plus alors de la haine que vous portez
à son adversaire.
M^^ DE SENANGE, en riant.
Oh! je le délesterais même sans cela... D'abord ce doit être un fort mauvais caractère ; mais ensuite , il est impossible que ce ne soit pas un sot... un homme qui n'a d'esprit que Tépée à la main . . . qui soutient un argument par un défi ; et qui répond à une bonne plaisanterie par un coup de pistolet;., vous conviendrez que cela doit tuer la conversation ; et qu'il n'y a pas moyen de vivre avec un homme comme celui-là .
ARMAND
J'ai cependant entendu dire qu'il n'avait jamais provoqué personne , et qu'en toute occasion , il n'avait fait que se défendre .
M"'^ DE SENANGE.
Aussi souvent!. . cela me paraît difficile.
Air : Du partage de la richesse.
Tout agresseur ne veut que se défendre; Aussi voyons-nous tous les jours Mainte coquette et ge'mir , et prétendre Qu'elle ne peut se soustraire aux amours. Toujours par eux elle fut provoquée , Mais je me dis, sans vouloir Toutragcr, Lorsque Ton est si souvent attaquée.
C'est que peut-être on aime le danger.
ARMAND
Le danger... le danger..* Certainement on ne court pas au-devant... mais c'est que vous ne savez pas, Madame , qu'il est des circonstances où l'homme le plus tranquille, le plus flegmatique, n'est pas maître d'un premier mouvement. . . le monde n^est plein que de gens qui vous impatientent, qui vous contrarient... on ne vous fait pas injure, à vous personnellement, il est vrai. . . mais faut-il laisser outrager la vérité ? ou insulter les personnes qu'on connaît?. . Et par exemple, Madame, (si toutefois la chose élail possible) si l'on osait attaquer votre caractère ou votre personne. . . pourrîcz-vous bîâaicr un ami qui vous défendrait, même au prix de son sanis^ ?
M^e I)E SENAISGE.
Eh! mais, M. Armand, je ne vous reconnais pas. . . vous dont j'admirais le calme et le sang-froid
ARMANI).
C'est que toute injustice me révolte. . . et si vous aviez vu une seule fois M. de Saint-André.
( lo )
M«^« DE SENANGE.
N'en parlons plus, je vous prie. . . l'action la plus sage que j'aie faite , est de refuser de l'épouser. . . et si celui que mon oncle me destine doit lui ressembler, je vous promets bien. . .
ARMAND
Comment, Madame , Monsieur votre oncle !. .
M™^ DE SENANGE.
Eh! mais, qu'avez-vous donc?
ARMAND
Ce que j'ai , Madame , ce que j'ai !. . Ah ! si vous saviez . . . si vous pouviez soupçonner... mais, jamais je n'oserai vous révêler un pareil secret.
M«»e DE I^L'NANGE.
Vous auriez un secret à me confier?, .à moi ?. .Eh ! mon Dieu, parlez vite.
ARMAND
Quoi! vraiment... vous le voulez ?.. Ehibien! Madame ... ^^"4^