SCENE YL
Les Précédens , DE LA DURANBIERE , en habit hleu , pantalon blanc , une cravache à la main , et d^ énorme g moustaches.
DE LA DURANDIERE.
Eh bien ! qu'on lui donne quelques écus , et que cela finisse!... Tiens, voilà ma bourse... Mon cher capitaine, et vous belle Dame, j'ai bien Ihonneur d'être le vôtre dans toute Tacception du mot.
M. DE GERVAL.
Eh! mais, mon cher de la Darandière... qu'avez- vous donc ?
DE LA DURAÎÇDÏERE.
Des faquins de voituriers qui ne voulaient pas se ranger... et je les ai accrochés de la belle manière.. . Imaginez-vous quils n'étaient pas encore contens, et que j'ai été obligé de leur couper la figure avec ma cravache.
M. DE GERYAL.
Mais cet argent dont vous parliez ?
DE LA DURAl^DIERE.
C'est qu'ils se fâchaient... quoique battus... et vous savez que nous autres , après la victoire... Moi, j'ai naturellement de l'estime pour mes ennemis; et j'ai estimé ceux-ci une dixaîne d'écus... ce n'est pas cher... et puis l'argent ne me coûte rien. . Targent... l'argent... qu'est-ce que cela .f* .. . A -propos, M. votre oncle, en nrinvlîant à dîner aujourd'hui diez vous , m'a fait espérer que je^p^rrais voir votre propriété.. Ce que j en ai aperçu, en la traversant , m'a paru très-beau... très-beau... de la vue... des bois... et du gibier beaucoup. — Je n'ai pu résister à ^ tentation de tirer un lièvre au passage... j'avais , dans ma chaise de poste, un pistolet chargé à balle. (// rit.) Ah ! ah ! ah!
M DE GERVAL.
Et VOS l'avez touché ?
DE LA DURANBIERE.
Du premier coup N . . j'ai , aujourd'hcfî , la maîn fatale . . . vrai; je ne voudrais pas ce malin a^'oîv une affaire .. je serais sûr d'un malheur... il est vrai que la grande habitude... Vous me pardonnez, belle Dame , d'avoir chassé sur vos terres... nous autres garçons, cela nous arrive quelquefois... les maris nous le reprochent... mais on ne risque rien, tant qu'on n'est pas soi-même propriétaire.. (// rit) Ah! ahl Nous disons donc que c'est ici le salon?
M™^ DE SENAISGE.
Oui , le petit salon de travail... Mais mon onctt^jpe vous a pas dit^ Monsieur, que j'avais changé d'idée, erafie, dans ce moment, je ne pensais plus à vendre. ^ a
DE LA. DURANDIEÇE. \ \
J^entends... un caprice... c'est trop juste... une joIi<# femme doit en avoir, et Madame profile du privilège. — Cela ne m'empêche pas de rendre justice à la manière dont tout cela est distribué et décoré. . . Nous avons là une bibliothèque qui ressemble à la mienne... je vois là deux ou trois relieures qui mç semblent bien belles !
* m.^^. DE SENAÎStQE.
Ce sont mes auteurs favoris !
DE LA DURANDIERE.
Ah! ah! oui; Lafontaine . . . je sais ce que c'est... c'est pour lesenfans, n'est-ce pas ? Il entendait bien la fable... il la faisait fort bien... fort proprement... on n'est plus la dupe aujourd'hui de ses allégories... on en a la clef., .ses cof beaux, ses renards, ses singes... tous personnages du temps... Comme ce luron-là faisait parler les bêles !.. (// rit.) Ah! ah!
M*"«. DE SENANGE.
Et mais, quelquefois encore.. ^ %
DE LA DURATS[DIERE. '
C'est ce que j'allais vous dire... Molière... fier homme encore, celui-là... sévère, sévère! Corneille... oh! oh! Corneille... fort, fort! Racine... tendre, tendre... faisant la tragédie d'une manière fort agréable !... Vous avez-là , Madame , un très-bon choix de livres.
M"^^ DE SENANGE.
C'est un éloge qui fait plaisir, surtout donné par un homme de goût.
Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad BrusseJ
DE LA DURANDIERE.
Oui ., . c'est vrai que j'en ai , et je ne sais pas trop commeni cela m'est venu , . Toujours à l'armée , où j'occupais , j'ose le dire, un po&te cssentieL
^* Mne. DE SENANGE.
Monsieur é{;^it offirier -générai !
DÈ/LA DURATSfDIERE.
Mieux qiïe ^ela... ^J'étais fournisseur... Certainement, c'est une belle Ahosejp^e la victoire ; mais...
'de Turenne,
Il faut que la victoire dine, Si Ton en croit plus d'un témoin, Sans les trésors de ma cantine Les v^riqueurs n'iraient pas plus loin.
'Ainsi j'alimentais ici. r glore, .De iiQsjsoidals nourrissant la valeur, ^Je fus laminé par eux au champ d'honneur fJRest^iil^ateur de4a^ victoire.