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Sokolovski développe une idée très intéressante sur l’entrecroisement des deux principes métaphysiques dans la question de la physiologie de la génération des animaux qui, ensemble, conditionnent la présence des éléments d'unité, d'identité et de croissance par rapport à la substance qui se reproduit, c'est-à-dire des éléments essentiels à la conception philosophique des fruits. Mais quel intérêt ces idées présentent-elles, pour l’exégèse du fragment, l’auteur ne l’explique pas. 11 se peut que Brutus ait en vue quelque chose de semblable, nous n’en savons rien, mais pour Ulpien, nous ne le croyons pas (1). Il prend en hâte du Digeste de Celse la formule de Brutus, et en la citant, expose sa propre théorie (2). Sokolovski n’a pas abordé les textes tels quels. Il a omis le paragraphe deux très important pour comprendre le sens du fragment entier. I] voulait à tout prix adapter les textes à la théorie préconçue. Ce n’est qu'après avoir mené jusqu’au bout son exposé, inutile hoc loco, de la philosophie stoïcienne (en suivant l'erreur de Cicéron) qu'il exprime la juste pensée du rôle qu'avait joué l'idée de la chose composée (Sachgesammtheit) et en premier lieu du troupeau, dans la solution du problème dans le sens de l'inclusion de fétus pecoris dans la catégorie des fruits ; mais, cette pensée, il l’obseurcit par des complications artificielles (en poursuivant l'exposé de la doctrine stoïcienne) : le troupeau produit l’accroissement substantiel grâce aux conditions naturelles. Cet accroissement possède les indices de l’homogénéité et de l'identité
(4) Du moins dans ce sens qu'ils intéressent nous autres romanistes modernes. V. nos 88 7, 8.
(2) V. notre $ 8, Roby !. c., p. 241 croit lui aussi que l'argument du fr. 68 est propre à Ulpien, mais il ne donne pas les raisons de son hypothèse, 3
(einheitlich und gleichartig) et peut être séparé d’une façon déterminée de la substance, sans en entraver la croissance dans l'avenir, Les sources qui décident dans ce sens voient dans le partus pecoris, en premier lieu, les produits du troupeau entier. L'auteur s'arrête sur cette juste remarque, sans avoir tiré les conclusions que le texte pourrait bien lui suggérer, cela, parce que l’auteur a pris ses idées non pas dans les sources maïs dans les doctrines courantes. Les textes ne lui ont rien révélé. Il ne les examine pas, il les cite pour confirmer sa doctrine.
I est remarquable que l’auteur a omis le fr. 27. Nouvelle preuve qu'Ulpien ne réussit pas à attirer sur lui l'attention de l’auteur. Dans ce sens sa méthode d'étudier les fondements de la règle ne diffèrent en rien de celles de Gôppert et de plusieurs autres romanistes qui s'occupaient du même problème. Seulement, pour ces derniers, à la base de raisonnement se trouve une idée métaphysique d’une grandeur abstraite des exigences de la vie économique qui exercent l'influence et qui font modifier les normes juridiques, tandis que pour Sokolovski cette grandeur est remplacée par celle de la philosophie grecque qui est conçue, comme une entité possédant la plénitude de réalité d’une chose appartenant au monde empirique. Cetta influence s'exerce, semble-t-il, par l'intermédiaire des mediums absolument identiques — les furisconsultes qui s'appellent Gaius, Scévola, Ulpien, etc. Tant qu'il s’agit du problème de partus ancillae ce n'est que par leurs noms qu'on les distingue. On est, de la sorte, hors la possibilité de voir le texte et de l’analyser tel qu'il est. La théorie dogmatique préconçue éteint le sens historique, et la réalité vivante dont vibrent les fragments s'étouffe,
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Théories ne rentrant pas dans les deux groupes. Théorie de Petrazicki, fr. 31 8 4 D. s m. 24. 3. Julianus lib. XVIII Dig.
Nous commençons la revue des auteurs qu’on ne peut pas ranger parmi les représentants d'un groupe ou de l’autre par la critique de la belle théorie de Savigny (1) qui parle de la règle à propos de l'effet de la litis contestatio sur le changement possible de l’étendue de la prestation par rapport à l’objet primitif du litige.
Le critère de fruits gît, selon lui, dans la régularité avec laquelle telle chose porte ses fruits, en conformité avec les lois de la nature. Cette conception devient importante juridiquement parce que la périodicité des fruits est le fondement principal (unique quelquefois) de leur valeur écono- ” mique. IL existe des produits dont la valeur naît des tran- ” sactions juridiques et qui n’ont rien à voir avee les lois de la nature. Ils ont d'ailleurs acquis les traits juridiques des produits de la première catégorie, c’est-à-dire la nécessité de la présence d’une autre unité économique de laquelle dépend la possibilité même de les acquérir, et la périodicité, avec laquelle est liée la probabilité de leur réalisation. Sont classés, comme acquisitions fortuites, tous les produits d'une
(4) System des Rômischen Rechts. T. V., p. 404 sqq.
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chose qui, dénués de ces traits, et surtout de celui de la périodicité, en tant qu’elle constitue le motif prédominant de la possession de cette chose, dont on attend des « fruits ». Le partus ancillae rentre dans cette catégorie.
I faut remarquer que le motif prédominant pour posséder armentum ou iumentum, n'est nullement le désir d'obtenir la progéniture, parce que les espèces (les chevaux par exemple) sont destinées à des fonctions économiques parfaitement déterminées et qu’on les entretient justement pour ces fonctions-là (1) et tout de même leurs fétus sont les fruits. Cependant, ceteris paribus, le moment de la régularité, de la possibilité du calcul, etc. subsiste. La conception de Savigny pourrait paraître plus claire que celle de Gôppert, justement parce qu'il évoque la périodicité, comme l'élément essentiel de la notion de fruits et non pas l'activité appliquée à la chose pour les acquérir. Cependant sa théorie est assez Ioin des textes. En effet, à la page 105 se trouve une note qui trahit le génial fondateur de l'école historique en prouvant qu’il n’a pas saisi le fond des fragments. « Quoiqu'il en soit, écrit-il, du point de vue des rapports naturels (nach natürlicher Betrachtung) les enfants de l’esclave se trouvent envers la mère, dans la même relation que les petits des animaux. » Voilà une question qui mériterait d'être approfondie, lorsqu'il s’agit des idées des Anciens, en général, et, en particulier du contenu de notre fr. 68. I} serait plus prudent de dire « nach natürlicher Betrachtung UNSERER Zeit », mais
(4) Cf. fr. 38, 8 7, D. 21. 1. Ulpianus, lib. I ad. Ed. Aed.. cur. Sed enim sunt quaedam, quae in hominibus quidem morbum faciunt in iumentis non adeo utputa si mulus castratus est, neque morbi neque vitii quid babere videtur, quia neque de fortitudine quid eius detrahitur, neque de utilftate, cum ad generandum nunquam sit habilis.
alors il faudrait aborder le problème historiquement, et tàcher de soulever l'écorce des textes conservés, pour pénétrer jusqu'à l’idée qu’elle enveloppe. Savigny ne s'appuie que sur le fr. 27. Il n’est pas parvenu à sentir le souffle de la vie qui donna naissance au critère de la règle du fr. 68. Etant donné la fréquence des cas de la possession de familiae nombreuses et l’usage de favoriser le concubinat uniquement pour faire augmenter le nombre des naissances, il faut admettre que les acquisitions qu'en tirait le propriétaire avaient un caractère plutôt régulier que fortuit, ce que nous avons déjà remarqué dans le $£ 4 On pourrait croire, de la sorte, que notre fragment était plutôt l'expression d'une conception plus profonde et plus raffinée.
Nous pourrions omettre la suite de la note « f » si, dans son acuité polémique et dans son caractère vraiment étonnant de généralité superficielle (compréhensible seulement dans re milieu de l'idéalisme romantique de l'Allemagne du commencement du xix° Siècle) ne s'était pas manifesté le défaut général de la conception ou plutôt de l'intuition, et si la confusion des mesures, que le langage calme du texte de l'étude laisse à peine apercevoir ne s'y était pas entièrement déwoilée. Ce que l’auteur ne dit pas explicitement dans son texte, à savoir qu'il y avait une raison d'ordre éthique dans les fragments 28 et 68, qui ne sont même pas cités dans le texte, il le déclare ici subitement et bien que d'une façon implicite, néanmoins tout à fait clairement : « et telle était l’idée des Romains, alors qu’ils ignoraient encore complètement le christianisme [sic ! au commencement du m° siècle ? !]. Les babitants chrétiens des Etats de l'Amérique du Nord qui admettent l'esclavage ont apparemment d'autres opinions et d'autres mœurs. »
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Passons à la théorie de Petrazicki, qui occupe, dans la dittérature une place à part. DIE LEHRE vOM EINKOMMEN est l'unique monographie qui tienne compte des particularités des textes inaperçues ou incomprises d’autres romanistes. Le remarquable savant extrait des textes concernant la règle presque tout ce qu’ils nous peuvent offrir pour l'intelligence des relations économiques auxquellés avaient affaire les juris- <onsultes, comme base du commerce juridique. Dans ce sens, éhacun des textes conserve sa propre individuelité, Cette opinion, que la sentence de Brutus prouve que les jurisconsultes romains partageaient les idées morales de la philosophie astoïcienne et même que cette philosophie avait produit sur eux son action ennoblissante (cé qui donna lieu aux reproches que leurs nobles vues restèrent de belles phrases en désharmonie avec l'institution de l'esclavage) amène, chez Pauteur une rémarque ironique : « Si Brutus et les autres veteres avaient pu entendre au Hadès ces commentaires de leurs opinions, cela, malgré la tristesse du lieu, aurait provoqué chez eux une grande hilarité (p. 227) ». « De la phrase, poursuit-il — absurdum enim videbatur hominem in fructu esse — on ne peut conclure rien d'autre sinon que les Romains ne mangeaient pas leurs esclaves. À ceci se borne sa portée pour l'intelligence des opinions des Romains sur l'esclavage. » Ce passage est précieux comme une sains réaction contre les conceptions vraiment « médiévales » eur l'influence de la philosophie sur le droit (1) conceptions dénuées de vie et ne faisant qu’entraver l'étude des données réelles du
(4) Nous ne voulons pas nier que telle fdée philosophique a pu laisser son empreinte sur la conscience du jurisconsulte, C’est une nuance, mais de l’ensemble de nuances on peut arriver à la pénéfration de sources. L'instrument de la méthode devient plus fin de la sorte. :