SAC
pareil au fétus, il aurait conservé sa capacité gregatim haberi et celle, dans le plan juridique, de gregem supplere, au sens technique du mot. Ainsi que nous l'avons vu, celte conception ne répondait pas aux réalités de la vie économique et du commerce juridique. À
Notre fragment permet de saisir cette subtile pensée d'Ulpien, qui distingue dans la vie réelle l’unité d’une espèce et l'individualité. L'individualisation absolue de l'esclave dans le commerce juridique fut la conséquence de cette conception qu’il a saisie par intuition. Cette phrase confuse à première vue : neque in fructu hominis homo esse potest, n'est que l'expression de cette conception. Ce qui prima facie semble une malheureuse confusion entre deux ordres de choses différents — la conception philosophique de la nature humaine, d’une part, et les dispositions positives qui la traduisent dans le plan juridique, a empêché les érudits de tirer du fragment les conclusions qu'il comporte. A strictement parler, il n’y a pas ici de confusion, mais seulement l'emploi équivoque d’un terme : les propositoins HAC RATIONE, etc., se rapportent non à homo dans la conception philosophique de Brutus, mais à HOMO SERVIENS (qui reste tout de même Homo) comme élément des rapports juridiques (1). La faute en est à cette citation recherchée de Brutus. Il n'est pas rare qu'Ulpien procède de la sorte.
3 Il nous reste, maintenant, à revoir le texte afin de nous rendre compte dans quelle mesure son ensemble duquel nous avons pu tirer ces conclusions a été composé par Ulpien à l'aide d'éléments antérieurs. L'idée qu’il exprime est-elle ori-
(1) V. plus bas, 8 18.